Le Vanuatu

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Marie-Morgane Le Moël
Édition du samedi 10 et du dimanche 11 mai 2008

Mots clés : Port Vila, Tourisme, Vanuatu (pays)

Dans ce pays du bout du monde, on plonge au milieu des coraux ou on grimpe sur des volcans. Et on sirote une drôle de boisson...

À Tanna, dans de petites huttes face à la mer, on déguste des plats de poisson grillé pour 250 vatus (2,50 $).

Difficile de savoir quelle langue adopter au Vanuatu. Ce pourrait être le français ou l'anglais, selon votre interlocuteur. À moins que celui-ci ne préfère le bichlamar, une langue qui permet aux quelque 210 000 habitants de l'archipel de se comprendre, eux qui parlent plus de 110 idiomes. Après plus de 70 ans de double administration coloniale -- ce fut l'étonnant condominium franco-britannique des Nouvelles-Hébrides --, le pays a acquis son indépendance en 1980 mais le bilinguisme est resté. Et dans les rues de la capitale, Port Vila, les panneaux sont en anglais ou en français tandis que dans les bistrots on commande un flat white, ou café au lait.

Port Vila -- Toute ressemblance avec le Québec s'arrête là. En effet, dès l'arrivée, la chaleur moite saisit: nous sommes entre l'équateur et le tropique du Capricorne, au nord-est de la Nouvelle-Calédonie et à 2500 kilomètres de Sydney. Autant s'y faire rapidement: durant la saison humide (de novembre à avril), la sueur devient une seconde peau.

Au sud d'Efaté, la plus animée des 83 îles de l'archipel, la capitale étire ses rues à fleur de lagon. Point de départ de tout périple au Vanuatu, Port Vila est une des deux seules villes du pays avec Luganville, sur l'île de Santo. Avec 40 000 habitants, ce n'est pas un grand centre urbain mais l'animation y est constante, en particulier au marché.

C'est là que les femmes viennent vendre bananes, mangues ou noix de coco pour quelques centaines de vatus, soit quelques dollars. On y concocte également des plats locaux, dont le «poulet fish», un poisson savoureux «au goût de poulet», dit-on. Juste à côté, une navette vous emporte vers Iririki, petite île coquette à quelques brasses du port.

Entre les sports nautiques et la plongée à la seule poste sous-marine au monde (vous avez bien lu), les activités ne manquent pas à Vila, où les touristes affluent désormais. Toutefois, il est plus intéressant de s'éloigner un peu. La grande route d'Efaté -- si cabossée qu'y circuler autrement qu'en 4X4 tient de la mission impossible -- serpente autour de l'île au milieu d'une végétation luxuriante.

Le Vanuatu est pauvre, très pauvre. Cela n'empêche pas les Ni-Vanuatu, sur le chemin, d'adresser aux passants des sourires amicaux. Les habitants seraient d'ailleurs les plus heureux au monde, selon le classement d'un institut britannique en 2006. Depuis des siècles -- on a retrouvé des traces du peuple Lapita datant de 3200 ans --, la population mélanésienne a en tout cas réussi à survivre grâce à un système social élaboré, privilégiant entraide et échanges au sein des clans. «Nous sommes résistants. Si nous avons réussi à vivre aussi longtemps, c'est que notre système traditionnel fonctionne très bien», affirme avec fierté Selwyn Garu, du Conseil national des chefs.

Puisque tout le monde sourit, on s'y met aussi. Un signe de la main par-ci, un autre par-là, la reine Elizabeth II ne ferait pas mieux. Le long de la côte, quelques petits villages faits de huttes de bambou et de bâtiments en dur percent la forêt tropicale alors que les plages idylliques se laissent entrevoir. Une baignade ne vous rafraîchira qu'à moitié: l'eau est chaude, à plus de 31 °C par moments. Une température idéale, en revanche, pour passer des heures à observer, avec masque et tuba, les coraux roses et violets de Honeymoon Beach, sur la route de Pango.

Efaté est séduisante, «mais je préfère de loin la vie à Tanna», confie Joël Niluan, venu gagner sa vie comme jardinier dans la capitale. Sur les conseils des «locaux», direction Tanna, donc, au sud de l'archipel, à une heure de vol. Découverte par le navigateur James Cook en 1774, l'île s'est embrasée en 1980, les partisans de l'indépendance affrontant les pro-gouvernement. Désormais, Tanna baigne dans le calme: à Lenakel, le village principal, la journée s'étire doucement, et si vous demandez à votre hôte à quelle heure le repas est servi, il pourrait bien vous répondre ceci: «Quand il sera prêt.» Une réponse somme toute.

Dans le village coutumier d'Ipai, un guide local nous accueille en costume traditionnel. Ne soyons pas dupes des démonstrations: les villageois ont cessé depuis longtemps de frotter des morceaux de bois pour faire jaillir le feu. Malgré tout, l'expérience vaut pour la dégustation du laplap, le plat national, sorte de beignet de manioc ou de taro râpé. Sur la place du village, hommes et femmes chantent, dansent et martèlent le rythme sur le sol. Leur gaieté est palpable, le moment, magique.

Il serait dommage de manquer le terrible Yasour qui rugit à l'est de l'île. Le Vanuatu compte pas moins de neuf volcans actifs et le plus accessible se trouve ici. On s'approche en voiture du «vieil homme», dans l'idiome local, jusqu'à 150 mètres du cratère. Idéal pour se faire quelques frayeurs... dont on se remettra avec un verre de kava. Originellement utilisé lors des cérémonies traditionnelles, le kava vient de la racine de piper methysticum, broyée et mélangée à de l'eau. Signalés par de petites loupiotes, les kava bars ont éclos depuis l'indépendance. Dans des huttes faiblement éclairées, on se retrouve donc à goûter ce soporifique puissant. Entre hommes surtout, car le kava fut longtemps totalement interdit aux femmes. «À Tanna, encore maintenant, elles ne doivent pas voir comment on le prépare», explique Rémi Cali, le président de la province. À la première coquille, la langue s'engourdit comme après une piqûre chez le dentiste. À la deuxième, les nerfs se relâchent. La troisième coquille... est celle de trop pour le nouveau venu qui, bercé par les bruits de gorge des autres consommateurs -- le goût est plus que discutable --, pourrait bien avoir l'estomac en berne au cours des 48 heures suivantes. Modernité oblige, la poudre de kava peut désormais être achetée en sachet. Pour rapporter autre chose que des coquillages en souvenir...

***

En vrac

- Les vols Montréal-Port Vila commencent à environ 2500 $CAN. Situé à plus de 30 heures d'avion, le Vanuatu peut être inclus en complément d'un voyage en Australie ou en Nouvelle-Zélande.

- Pour une visite n'excédant pas 30 jours, les ressortissants canadiens n'ont pas besoin de visa; un passeport valide pendant six mois après la date de retour suffit, avec un billet de retour. En cas de transit par l'Australie, il faut demander une autorisation de voyage électronique (ETA).

- Le paludisme étant répandu dans les îles, il est conseillé de prendre un traitement préventif lors de son séjour et de se munir de lotions antimoustiques.

- L'hébergement est de tout type. On peut dormir dans des guest houses au confort de base pour 15 à 20 $ ou dans des centres hôteliers à 130 $ la nuit. Ces derniers ont très souvent de belles piscines et des restaurants fantastiques. Pour se renseigner, on peut consulter l'Office de tourisme en ligne, accessible en français: www.vanuatutourism.com/vanuatu/export/sites/VTO/fr/index.html.

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Collaboration spéciale


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TRADUCTION DU SACRET POULET FICH MDR - par Xerri Yves (yvesxerri@neuf.fr)
Le lundi 12 mai 2008 07:00

Le Vanuatu pas si pauvre - par Vince Boz
Le samedi 10 mai 2008 13:00

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