Les 1000 yeux du docteur Mamet

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François Lévesque
Édition du samedi 10 et du dimanche 11 mai 2008

Mots clés : David Mamet, Redbelt, Cinéma, États-Unis (pays)

Mettant en scène une discipline qu'il affectionne particulièrement (il est lui-même ceinture bleue en jiu-jitsu), David Mamet creuse une fois encore le sillon qu'il connaît mieux que personne, celui de l'être innocent confronté à une sombre machination aux ramifications presque tentaculaires.

Mike Terry est un entraîneur de jiu-jitsu vivant humblement selon le code des samouraïs, au grand dam de son épouse, Sondra. Par une série d'incidents sans lien apparent, Mike se voit contraint de participer à une compétition, concept qu'il réprouve, afin de payer dettes d'honneur et d'argent. Ses deux beaux-frères sont du nombre des promoteurs de l'événement télévisé, dont les enjeux réels sont beaucoup plus importants que ne le soupçonne Mike.

Acteur troublé, agent beau parleur, avocate traumatisée, anciennes accointances apparaissant à chaque tournant, les rencontres impromptues se multiplient à mesure que les fils de la toile d'araignée font leur oeuvre.

Cet univers de duplicité et de faux-semblants est sans conteste celui de David Mamet, scénariste et cinéaste estimé. Les «apparences», «enjeux réels» et autres «toiles d'araignée» sont l'apanage du dramaturge primé (lauréat en 1984 du Pulitzer pour Glengary Glen Ross, pièce qu'il scénarisera huit ans plus tard). À tel point que pourrait figurer dans le dictionnaire des noms communs, à côté du terme «roublardise», la photo du réalisateur, et auteur, de House of Games et de The Spanish Prisoner. Et Redbelt s'inscrit résolument dans la continuité de ces oeuvres. Un peu trop, serait-on tenté de dire.

Mettant en scène une discipline qu'il affectionne particulièrement (il est lui-même ceinture bleue en jiu-jitsu), Mamet creuse une fois encore le sillon qu'il connaît mieux que personne, celui de l'être innocent confronté à une sombre machination aux ramifications presque tentaculaires. Dans ce cas-ci, le larron est fana de pureté, de noblesse; pureté d'âme, noblesse d'intention. Heureusement que Chiwetel Ejiofor joue de justesse et de charisme, car le personnage qu'il doit défendre, tel qu'écrit par Mamet, n'est jamais terriblement crédible. Certes, il vit selon un code ancien et le film lui-même est d'inspiration noir, donc forcément rétro dans l'approche: on saisit l'idée. Hommage ou exercice de style, reste que l'entreprise exhale un agaçant parfum de désuétude.

Cela dit, les fans y trouveront sans doute leur compte, et ce, même si les fourbes sont identifiés sitôt présentés. C'est que, comme toujours chez Mamet, le parcours sinueux prime sur la chute du récit, elle-même presque accessoire et, ici, plutôt improbable dans son exécution. Or les méandres du scénario, les fils de la toile d'araignée, font mouche (s'cusez-la). Même si on les voit un peu pendouiller par moments.

L'une des marques de commerce de Mamet est la solidité de ses dialogues, réalistes mais fins et, surtout, très rythmés. Ceux-ci ne déçoivent pas mais ne sont pas davantage mémorables. Pour livrer ces lignes soigneusement écrites, l'auteur s'est assuré les services d'une distribution hétéroclite où pointent à l'arrière-plan son épouse Rebecca Pidgeon (The Winslow Boy, Heist) et son «régulier» Joe Mantegna (House of Games, Homicide). À l'avant-scène, Ejiofor est, il faut le répéter, remarquable, mais l'est tout autant Emily Mortimer (Dear Frankie, Lars and the Real Girl) dans un rôle plus discret. Alice Braga et Tim Allen, ce dernier ratant le coche du contre-emploi, sont crédibles mais ne se démarquent pas vraiment.

Bref, Mamet a fait mieux, mais un Mamet moyen vaut mieux que pas de Mamet du tout. Mais ça, vous le saviez déjà.

Collaborateur du Devoir

***

Redbelt

Écrit et réalisé par David Mamet. Avec Chiwetel Ejiofor, Emily Mortimer, Alice Braga, Joe Mantegna, Tim Allen, Rebecca Pidgeon. États-Unis, 2008, 99 min.


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