Jazz et blues - Le swing réconfortant de Duke Robillard
Mots clés : swing, Duke Robillard, Musique, États-Unis (pays)
Il n'y a pas à dire: Duke Robillard est un chic type. Chaque fois que le printemps se manifeste, il en fait autant en publiant un nouvel album. Jamais on n'est surpris mais toujours on est séduit. Car en plus d'être un type bien, il a quelque chose... comment dire? Peut-être de réconfortant. Si on a aimé l'album antérieur à l'album postérieur des albums précédents, alors on sait que l'on va apprécier le tout dernier avant même de l'avoir écouté. En clair, l'homme a ceci de remarquable qu'il est constant.
Drôle de bonhomme car, si son univers musical est sans surprise, il ne cesse de le creuser, de l'ausculter, de le passer au tamis, de l'élaguer. Il doit avoir le culte du travail chevillé au corps, ce petit-fils de francophones partis aux States pour des raisons que l'on devine financières. Car pour être parvenu à une telle maîtrise de l'élégance et de la ponctuation rythmique, il faut tout connaître de la grammaire musicale et de l'histoire de tous les jazz, de tous les blues.
Retour sur soi
Ce Swingin Session a ceci de distinct qu'il est un retour sur soi. Sur quoi? Sur les débuts. De quoi s'agit-il? Robillard a invité le saxophoniste Scott Hamilton à se joindre à lui. Et alors? Réputé pour son sens du swing, réputé être l'héritier de Buddy Tate, de Zoot Sims et d'autres, Hamilton fut engagé par Robillard au milieu des années 60, lorsque ce dernier était le patron de la formation qu'il avait fondée, soit le Roomful of Blues. Tant qu'à être dans le passé, restons-y quelque peu car il est au coeur de ce nouvel album.
Plutôt que de se joindre à un groupe existant, on est toujours dans les années 60, plutôt que de faire ce que Paul Butterfield, John Hammond, Mike Bloomfield et Charlie Musselwhite faisaient alors, soit se greffer aux blues de Chicago et du Mississippi, Robillard avait fait le pari de ramener à la vie une esthétique tombée en désuétude. Celle chère à Jay McShann et surtout, surtout, à T-Bone Walker.
Autrement dit, au lieu de coller à l'air du temps où la guitare dominait, il a opté pour la fusion des six cordes avec les saxos et les trompettes. Non seulement ça, il s'est appliqué à enregistrer, à produire des figures de proue du swing. On pense évidemment à Jay McShann. Simultanément à Robillard, Hamilton amorçait un parcours parallèle. Après avoir quitté le Roomful, ce saxophoniste s'est appliqué lui aussi à dépoussiérer le swing à une époque où le free-jazz et le jazz-fusion étaient rois. Paru au milieu des années 70 sur étiquette Concord, le premier disque de Hamilton rappelait à qui l'avait oublié que l'art développé notamment par les saxophonistes du Count Basie Orchestra méritait plus d'attention.
Cela rappelé, voici donc que Robillard et Hamilton se sont acoquinés pour nous servir cette session de swing en compagnie de Bruce Katz au piano et à l'orgue, de l'excellent Doug James au baryton, de Gordon Beadle au ténor, de Carl Querfurth au trombone, de Dave
Ballou à la trompette, d'Al Basile au cornet, de Mark Teixera à la batterie, ainsi que de Marty Ballou à la contrebasse, quand ce n'est pas Jessie Williams ou John Packer.
L'album est fait de ces airs qui firent la fortune des moyennes formations dans les années 30 à 50. Il est au diapason de cet art ancien fait de fluidité, de simplicité, de notes joyeuses. Robillard et ses amis collent... comment dire? Le jeu de chacun se confond avec une extrême finesse. C'est ondulant, chaloupé, enveloppé. Ce n'est jamais pesant ou agressant. Ils ont un culte du plaisir de l'auditeur comme du leur qui force l'admiration.
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La semaine dernière, la palme de l'aubaine revenait aux magasins Archambault et non à HMV. Cette semaine, c'est tout le contraire. Chez HMV, le Swingin Session est vendu à 20 $ alors qu'Archambault l'a mis en vente à 28 $. L'un comme l'autre avaient plusieurs copies. Dernière précision: HMV vend tous les autres Robillard sur étiquette Stony Plain à 20 $. Dernier conseil: on vous recommande fortement l'achat des autres Robillard: World Full of Blues, New Blues For Modern Man, The Explorer, Living With The Blues, Explorer et surtout, surtout, Duke's Blues. Une merveille.
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En coulisses
Les animateurs de la Casa del Popolo et de la Sala Rossa méritent vraiment trois coups de chapeau. Parce que tenir le coup en prenant le risque d'inviter des artistes parfois exigeants, souvent décapants, tient du sport extrême. Mettre Roscoe Mitchell à l'affiche plutôt que les vedettes imposées aux radios et aux festivals par les mastodontes du milieu relève de la gageure.
Toujours est-il que ces activistes culturels ont dévoilé les noms des musiciens qui se produiront dans le cadre de leur festival, qui se poursuit tout au long du mois de juin. Parmi eux, on a retenu les présences du tromboniste Roswell Rudd, qui sera accompagné du bassiste Mark Dresser. Rudd... Bonté divine, c'est une grande nouvelle! Savoir que ce complice d'Archie Shepp à l'époque de Mama Too Tight sera de la partie, c'est à retenir mille fois plutôt qu'une.
Il y aura également le Sun Ra Arkestra, le trio Hard Cell formé du saxophoniste Tim Berne, du batteur Tom Rainey et du claviériste Craig Taborn, le saxophoniste Roscoe Mitchell, qui aiguise les notes comme pas un, et le trio très british et très avant-gardiste de Paul Lytton, Barry Guy et le saxophoniste Evan Parker. On reviendra longuement sur cette fête musicale la semaine prochaine.
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Ça tombe bien. Dans sa dernière livraison, le mensuel JazzMan propose un entretien avec Evan Parker. Concernant la re-création du trio qui sera sur la scène de la Sala Rossa, Parker explique: «Ma principale préoccupation était de faire revenir Barry Guy à la musique improvisée, car il se consacrait depuis plusieurs années presque exclusivement à la musique baroque [...] Nous voulions reprendre contact avec le public, avec une musique plus familière pour les clubs et festivals de jazz [...] L'idée était aussi de voir ce qui était possible dans une tradition plus free jazz.»
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Autre bonne nouvelle de la semaine: le saxophoniste Damian Nisenson propose un nouvel album sur l'étiquette Dame/Ambiances magnétiques. Il a été enregistré en public avec notamment Pierre Tanguay à la batterie. Et alors? Le lancement aura lieu ce soir au Club-restaurant Dièze Onze, situé au 4115-A de la rue Saint-Denis. Téléphone: 514 223-3543. Une fois certain qu'il sera distribué en magasin, on en causera.
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