Système de santé - Un chercheur démonte le « château de cartes »
Mots clés : GRIS, CSN, Système de santé, Québec (province)
« Le système public prodigue des soins de meilleure qualité que le secteur privé »

Photo: Jacques Nadeau
«Un vide abyssal.» «Un château de cartes.» «De la pensée magique.» M. Contandriopoulos ne mâche pas ses mots lorsqu'il parle des propos des partisans de la privatisation. Selon lui, il n'y a pas un argument qui tient la route. «Ainsi, on prétend que notre système coûte trop cher. Si on le privatise, les coûts totaux continueront à être défrayés par les Québécois. On n'allégera pas le fardeau public. La seule différence est que les personnes les plus fortunées pourront obtenir des services plus rapidement.»
Il serait également faux de prétendre que les coûts du système de santé sont «hors de contrôle». «Comparativement au produit intérieur brut, les dépenses publiques de santé sont plutôt stables, fait-il observer. Elles occupent plus ou moins 7,5 % du PIB depuis 20 ans. Ce qui a augmenté, c'est la part qu'occupe la santé dans le budget total de l'État, soit environ 43 % maintenant. Cette augmentation s'explique facilement par le fait que l'État coupe dans tous les secteurs sauf en santé.»
Le chercheur dénonce une autre «absurdité». «On demande aux Québécois s'ils sont prêts à payer 100 $ par année pour avoir un médecin de famille. Évidemment, tout le monde le serait. Dans un contexte de pénurie de main-d'oeuvre, où irons-nous le chercher, le médecin?» Il remet aussi en question la pertinence d'imposer un ticket modérateur. «Non seulement celui-ci ne contribue pas à renflouer les coffres de l'État, mais il a aussi des effets néfastes, explique M. Contandriopoulos. Il diminue autant les soins nécessaires que les soins superflus, ce qui se répercute sur les coûts globaux de santé en bout de ligne.»
Une question d'intérêts...
Ouvertement en faveur d'un système de santé public, le chercheur affirme que les études scientifiques arrivent toutes aux mêmes conclusions. «Le système public est le plus efficace, indique-t-il. Il prodigue également des soins de meilleure qualité que le secteur privé.»
Selon lui, il est aussi prouvé que les coûts de la santé sont mieux contrôlés lorsque le système est public.
«Le gouvernement dispose de tous les leviers pour faire face aux groupes de pression. Il peut contrôler les salaires des professionnels et répartir l'offre de services et de soins à travers la province. Il en va de même pour les médicaments et les technologies médicales.»
... et de gros sous
Pourquoi alors vouloir privatiser le système? «Ce n'est pas un débat scientifique ni idéologique, c'est un débat d'intérêts», précise-t-il. Selon lui, les acteurs qui poussent dans cette direction sont nombreux. «Les assureurs, les think tanks de droite comme l'Institut économique de Montréal et certains médias présentent le privé comme la solution miracle parce qu'ils ont intérêt à ce que cela se fasse.»
Le chercheur explique qu'il y a de grosses sommes d'argent en jeu. «Le système de santé québécois coûte 20 milliards de dollars par année. Les assureurs font environ 10 % de profit sur leur chiffre d'affaires. Pour eux, un marché de 20 milliards de dollars représente un profit potentiel de deux milliards de dollars. De leur côté, certains médecins voient dans la privatisation un moyen de gagner le même salaire que leurs homologues américains, soit un million au lieu de 300 000 $ par année.»
La note sera salée
En 2005, l'arrêt Chaoulli a ouvert une brèche importante dans le système public. Dans ce jugement, le tribunal dit que les Québécois peuvent dorénavant souscrire une assurance privée pour payer les soins médicaux privés. Depuis ce jugement, on se demande s'il faut élargir la couverture des régimes privés d'assurance maladie et leur permettre d'assurer les soins déjà couverts par le régime public. Ceux-ci couvriraient les soins prodigués dans des cliniques privées qui se développeraient en parallèle avec le système public.
Les partisans de l'assurance maladie privée avancent qu'on soulagerait ainsi le système public. Que faut-il en penser? «Bon nombre de personnes croient à tort que cela va leur coûter 50 $ d'assurance pour avoir des services auxquels elles n'ont pas accès actuellement, précise M. Contandriopoulos. C'est faux. On se dirige vers un système où cela coûtera des milliers de dollars par année.»
La raison? «Actuellement, les frais de santé d'une personne coûtent en moyenne de 2000 à 3000 $ par année au gouvernement du Québec, explique l'expert. Il faudra donc assumer ces coûts. Pour une famille de quatre personnes, cela représentera 12 000 $ par année.»
Ce n'est pas tout. D'après lui, les coûts du système exploseront. «Si on privatise partiellement, les professionnels seront payés plus cher qu'ils ne le sont actuellement, dit-il. Et il y aura une duplication des services. Chaque hôpital voudra attirer les patients en fonction de son offre technologique. Notre système de santé deviendra l'un des plus coûteux de la planète. Nous rattraperons la Suisse et les États-Unis. Tout cela, il faudra le payer. S'il faut prévoir une protection de base en cas de maladie ou d'hospitalisation, il y aura impact sur les régimes de convention collective et sur la compétitivité des entreprises.»
Sans compter qu'un tel système serait inéquitable. «Les personnes les plus démunies, les personnes âgées et les personnes très malades ne pourront pas être assurées, conclut-il. Enfin, on aggravera également la pénurie de main-d'oeuvre dans le système de santé public, ce qui allongera les délais d'attente des établissements publics.»
De l'avis du chercheur, il n'y a donc rien de bon à espérer de la privatisation du système de santé public. Voilà autant de questions sur lesquelles se pencheront les congressistes de la CSN.
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Collaboratrice du Devoir
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