La valeur de l'hippodrome contestée

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Kathleen Lévesque
Édition du vendredi 09 mai 2008

Mots clés : Hippodrome de Montréal, SONACC, Attractions hippiques, Municipalité, Montréal, Québec (province)

Photo: Jacques Nadeau

Avant de mettre en vente l'hippodrome de Montréal, la Société nationale du cheval de course (SONACC) et son locataire, Attractions hippiques, ont déposé une contestation de la valeur foncière de la piste de course et des bâtiments adjacents. L'organisme gouvernemental et son partenaire privé estiment que l'hippodrome, évalué à 32 millions de dollars, n'en vaudrait plus que dix.

C'est ce que révèle le dossier déposé en février dernier devant le Tribunal administratif du Québec (TAQ) et consulté par Le Devoir. Les requérants prétendent que la valeur foncière de l'hippodrome «dépasse substantiellement la valeur qui devrait apparaître au rôle». Cette contestation fait suite à une demande de révision faite auprès de la Ville de Montréal en mars 2007 et rejetée en janvier dernier. La valeur foncière de l'hippodrome de Montréal est actuellement établie à 32 075 000 $, soit 19 020 600 $ pour le terrain et 13 054 400 $ pour les bâtiments.

Une réduction substantielle de la valeur de l'hippodrome entraînerait une baisse de taxes équivalente dont profiterait Attractions hippiques, une entreprise contrôlée par le sénateur libéral Paul J. Massicotte. Vérifications faites auprès de la Ville de Montréal, le compte de taxes de l'hippodrome en 2008 s'élève à 1 265 424,39 $.

Mais cela influerait également sur l'éventuel prix de vente de ce vaste terrain. Or, comme on l'a expliqué au ministère des Finances, la SONACC est maintenue en vie seulement afin de permettre à Attractions hippiques de donner un nouvel élan à l'industrie des courses. «Avec le déménagement prévu de l'hippodrome de Montréal, la SONACC va vendre le terrain, payer ses dettes et se dissoudre», a indiqué Jacques Delorme, des Finances.

Si la SONACC et Attractions hippiques obtenaient gain de cause devant le TAQ et que la valeur de l'hippodrome passait de 32 millions à 10 millions, une vente à environ 10 millions ne couvrirait pas le remboursement de la dette de l'organisme. À l'heure actuelle, la SONACC doit 36,7 millions de dollars, dont 11 millions au gouvernement.

Avec la privatisation des quatre hippodromes du Québec, en 2006, il était prévu que la SONACC vende l'hippodrome de Montréal. Mais d'ici à ce que le nouveau dirigeant des pistes de course, Attractions hippiques, puisse relocaliser l'hippodrome dans la couronne nord de Montréal, une période de transition de trois ans lui a été accordée.

Ainsi, Attractions hippiques loue l'hippodrome pour 1 $ par année, et ce, jusqu'en décembre 2009.

En contrepartie, le locataire prend à sa charge les frais d'assurance et les taxes.

Chose étonnante, la SONACC affirme n'avoir rien à voir avec la contestation. C'est Le Devoir qui a informé le président du conseil d'administration du recours de la SONACC devant le TAQ. «Je ne suis pas au courant», a laissé tomber Florent Gagné.

Aussi, Jean Bourdeau qui dirige la SONACC à temps partiel tout en terminant un contrat pour Attractions hippiques, a soutenu qu'aucune décision formelle n'émane de l'organisme gouvernemental et aucun mandat n'a été donné à quelque cabinet juridique que ce soit.

«À ma connaissance, ce n'est pas la SONACC qui conteste mais Attractions hippiques, a précisé M. Bourdeau. La contestation ne peut être que pour la bâtisse. Elle ne vaut même pas le coût de la démolition. Mais je vois mal comment on peut contester la valeur du terrain.»

De son côté, Attractions hippiques renvoie la balle à la SONACC et refuse de faire le moindre commentaire. «C'est la SONACC qui pilote le dossier. C'est le propriétaire, et c'est à lui qu'il faut parler», a affirmé Jean-Paul Lejeune au nom du sénateur libéral Paul J. Massicotte.

Quant aux motifs de la contestation, personne n'a pu apporter de précision. «Ça vaut moins que ce qu'on dit. C'est tout», s'est borné à dire M. Lejeune.

Il reste toutefois que le site de l'ancien hippodrome Blue Bonnets est dans la mire des promoteurs immobiliers depuis des lustres. Le sénateur Massicotte connaît bien ce secteur puisqu'il a fait carrière dans l'immobilier, notamment comme p.-d.g. de la société d'investissements immobiliers Alexis Nihon.

Attractions hippiques en difficulté

Au moment de la vente, Montréal aura un droit de premier refus. En 1997, le gouvernement du Québec avait forcé la vente de l'hippodrome qui appartenait alors à Montréal, question d'appuyer l'industrie des courses. Montréal avait essuyé une perte comptable: l'évaluation municipale se situait à 40 millions et la vente s'était conclue à 15,8 millions, ce qui comprenait les bâtiments et la piste de course. L'intervention de Québec, sous l'orchestration du ministre des Finances d'alors, Bernard Landry, avait déclenché une crise politique colossale à Montréal. Le maire Pierre Bourque s'était retrouvé en position minoritaire.

Dix ans plus tard, beaucoup d'argent est toujours en jeu dans ce dossier. C'est d'autant plus vrai qu'Attractions hippiques connaît de graves difficultés financières. D'abord, les revenus provenant des appareils de loterie vidéo (ALV) installés dans les nouveaux salons de jeu (appelés Ludoplex) de Loto-Québec, qui jouxtent les hippodromes de Québec et de Trois-Rivières, ne sont pas au rendez-vous. Selon une entente conclue avec le gouvernement du Québec, Attractions hippiques empoche 22 % des profits générés par les ALV.

Aussi, Attractions hippiques n'arrive pas à trouver un emplacement afin de procéder au déménagement de l'hippodrome de Montréal. Plusieurs obstacles se dressent devant Attractions hippiques, dont la résistance populaire, l'avis des directions de la santé publique, un malaise chez certains politiciens, la protection du territoire agricole et l'opposition de certaines municipalités.

Pour tenter de se sortir de cette situation, Attractions hippiques a agi sur plusieurs tableaux. D'abord, l'entreprise a réclamé que Loto-Québec revoie l'offre de jeu dans ses Ludoplex. Loto-Québec annonçait récemment l'installation de tables électroniques de poker (Texas Hold'em). S'agit-il d'ALV? La question est soulevée par les croupiers devant les tribunaux.

Par ailleurs, en février dernier, Attractions hippiques a coupé les programmes habituels de courses et réduit de 15 % les bourses aux hommes de chevaux de façon temporaire. Mais la semaine dernière, elle est revenue à la charge et a proposé aux trois associations de l'industrie (éleveurs et propriétaires, entraîneurs, conducteurs et palefreniers ainsi que le circuit régional) de diminuer les bourses annuelles de 8,5 millions, et ce, malgré ses obligations contractuelles.

De plus, le sénateur Massicotte souhaite modifier en profondeur les courses qui mettent en vedette les poulains d'élevage québécois. Pour y parvenir, il doit obtenir l'accord de la Régie des alcools, des courses et des jeux. Or la RACJ exige qu'Attractions hippiques obtienne l'appui des associations de l'industrie qui ont unanimement rejeté l'idée.

«Notre objectif est de maintenir la viabilité de l'industrie à long terme. [...] Les hommes de chevaux sont dans le même bateau. Si on ferme les hippodromes, ils n'auront plus de job du tout», a expliqué Jean-Paul Lejeune au nom d'Attractions hippiques.


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Fermer ce commerce pourri là s.v.p. ! - par Gilles Bousquet
Le vendredi 09 mai 2008 09:00

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Le vendredi 09 mai 2008 07:00

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