Mamie-boom
Mots clés : grands-mères, Famille, Personne âgée, Québec (province)
On n'a plus les grands-mères qu'on avait

Photo: Jacques Nadeau
Mais les mamies d'aujourd'hui n'ont pas dit leur dernier mot. Elles se défendent contre les avanies du temps, revendiquent un second printemps avec énergie et talent. Et puis, on ne sait plus trop si elles sont mères ou grands-mères. J'ai une amie du même âge que moi qui a un fils de 24 ans alors que le mien n'en a que quatre. Je connais des femmes du même millésime que moi qui sont déjà grands-mères deux fois. Ça vous chamboule une péri-ménopause (ouache, le vilain mot), ça!
De mes grands-mères à moi, j'appréciais le sens de la conformité frisant le quétaine assumé, leurs gâteaux roses avec des cerises au marasquin trop rouges, leurs robes de bal dont je m'habillais pour aller à l'école, leurs permanentes crêpées qui leur donnaient un air de ruche, leurs mains ridées et ravagées par l'eau de Javel, leur façon de temporiser et de hocher la tête sans comprendre, les billets de loterie refilés en douce comme promesse d'avenir, leur clémence, leur indulgence et surtout, surtout, le fait qu'elles n'étaient pas dans le coup. C'est ce qui me rassurait le plus, je crois. Je préférais de loin lécher les batteurs du gâteau aux épices à lécher le clavier de leur ordi si elles en avaient eu un.
Une ancêtre, c'est fait pour arrêter le temps. J'ai conservé d'Alvine son livre de recettes gaspésiennes que j'ai envoyé retaper chez une relieuse. J'ai aussi insufflé une nouvelle vie au vison de Deleine chez la maître fourreuse Mariouche. Ce sont des souvenirs qui «vivent» encore à travers moi, mais jamais autant que les odeurs de Spray Net et de boules à mites que j'ai respirées dans leurs garde-robes respectifs.
Grand-mère de coeur ou de sang
On dit que les grands-mamans sont des mamans à la retraite. Et aujourd'hui, il y a davantage de grands-mamans que de petits-enfants pour assouvir leurs instincts. Et puis, il y a les grands-mères de sang et les grands-mères de coeur, celles qu'on a choisies et celles qui s'ajoutent par alliance. Il y a aussi celles qui nous quittent, à jamais irremplaçables. Mon B a perdu une des siennes à Noël dernier. Sa peine fut vive, et je sais qu'il a dû faire le deuil d'une forme d'amour inconditionnel, celui d'une grand-mère de coeur et de sang. Une grand-maman n'est jamais autant à la retraite que dans son cercueil. Et pas un père Noël au monde ne peut vous consoler de ce cadeau que la vie enlève pour toujours.
C'est pour ça qu'il faut profiter d'elles de leur vivant, tant que la courroie de transmission tient le coup. Il faut l'user à la corde.
Dans son livre Sacrées grands-mères!, la journaliste Christiane Collange, seize fois grand-mère, a exploré toutes les facettes de cette nouvelle réalité du mamie-boom. Leur espérance de vie n'a jamais été aussi bonne, leur santé exemplaire, leur mobilité acquise et motorisée, leur liberté gagnée de haute lutte. «Jamais elles n'ont été aussi libres de choisir leur manière personnelle de jouer les aînées sans être enfermées dans des rôles figés par la tradition», écrit la super-mamie.
Et la grand-maternité se vit de bien des façons. Toutes les aïeules ne sont pas pétries d'émotion devant le nourrisson qui les confine à un rôle qu'elles n'ont pas toujours envie de tenir.
Collange, qui les surnomme les «rebelles» et les «grévistes», dresse la nomenclature des excuses invoquées: habitent trop loin, travaillent trop, ont d'autres activités, préfèrent jouer au bridge ou au golf, voyagent tout le temps, se disent trop vieilles. «À bien y réfléchir, pour être une bonne grand-mère, il suffit d'en avoir envie, d'aimer les enfants et d'avoir l'occasion de manifester cette tendresse», écrit Collange. L'abnégation n'est plus au programme.
La transmission transgénérationnelle
Les grands-mamans d'aujourd'hui peuvent se sentir dépassées ou, au contraire, tenter par tous les moyens de conserver les devants, mais il ne faut pas qu'elles perdent de vue l'importance de leur mémoire et du relais qu'elles assurent d'une génération à l'autre, cheveux teints ou non, antirides ou pas, Internet ou merde: «[...] Les psychologues insistent sur l'importance de l'histoire familiale dans la construction identitaire. Les enfants ont besoin de s'inscrire dans une lignée, de s'inscrire dans une continuité», résume Collange.
«Passeuses de mémoire», «figures repères», les grands-mères racontent tant leur propre enfance que les coutumes passées, les moeurs qui changent. «Insister sur la différence des moeurs anciennes et actuelles et avouer des préférences éthiques, affectives, esthétiques», disait Françoise Dolto, qui affirmait du même souffle que les enfants adorent ces récits, surtout à partir de l'âge de cinq ans et jusqu'à la prépuberté.
En bout de piste, n'est-ce pas le plus beau rôle que celui de passeuse de flambeau? Dans son livre initiatique La Danse des grands-mères, Clarissa Pinkola Estés (Femmes qui courent avec les loups) s'intéresse à «l'archétype mystérieux et fascinant de la femme sage dont la grand-mère est l'une des représentations symboliques» et valorise ce moment de la vie où le tronc est plus important que le feuillage.
Elle la décrit comme suit: «Une grande perspicacité, une grande prescience, une grande paix, une grande expansivité, une grande sensualité, une grande créativité, une grande acuité et une grande audace dans l'acquisition des connaissances... »
Elle parle aussi d'une grande clarté de l'esprit et de la perception, de l'amour dans ce qu'il a de plus grand, d'une grande connaissance de soi et d'une sagesse qui croît en finesse au fur et à mesure qu'on l'applique.
N'ayons pas peur des mots: une grand-mère est une grande mère.
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«Elles se reprochent de ne pas savoir faire de confitures de cerises mais se flattent de correspondre par SMS avec un petit-fils qui vit à l'étranger [...]. À la fois, elle sont ravies d'êtres "modernes" et se reprochent de ne pas être des "vraies" grands-mères.» - Sacrées grands-mères!, Christiane Collange
«Les grands-mères font exprès d'être sourdes pour que leurs petits-enfants se souviennent de l'odeur de leurs cheveux quand ils leur parlaient à l'oreille.» - Carnet de notes (2001), Patrick Sébastien
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Reçu: un courriel de mon amie Francine, mère de quatre, jeune grand-mère foldingue d'une: «Mes fils me disent que de Ma Dalton, je me suis transformée en Ma!Mie! Euphorie. Quand Rosalie dit Ma!Mie!, je fonds littéralement. Une sorte d'amour que je suis incapable de nommer, que je peux juste sentir.» Et en plus, elle prend un numéro pour garder mon B! Ça, c'est de la grande-mère!
Noté: que le Théâtre de la Pire Espèce présentera Persée le mardi 27 mai à 14h dans une formule «avec bébé». Une pièce pour les grands avec les héritiers dans leur poussette, c'est une première montréalaise, si je ne m'abuse. Au Théâtre d'Aujourd'hui.
Reçu: les mémoires d'Hubert Reeves, Je n'aurai pas le temps (Seuil). L'astrophysicien nous fait partager des anecdotes de vie qu'il entrecoupe de considérations philosophiques sur la Terre mère. Quelques photos s'ajoutent au propos à la fois scientifique et personnel. Un beau cadeau pour les grands-mères qu'on célébrera aussi dimanche.
Programmé: mon magnétoscope pour enregistrer le documentaire sur l'artiste français Gustave Courbet, Les Origines de son monde. La mamie de mon B, peintre à ses heures, a adoré ça. Ce dimanche, 11 mai, à Artv, 19h30. Cadeau de la fête des Mères, à l'origine du monde.
Fait: la connaissance d'Adèle Lauzon la semaine dernière à la Société des arts technologiques (SAT). La journaliste de 77 ans publie ses souvenirs dans Pas si tranquille chez Boréal ces jours-ci. Cette défricheuse a rencontré Fidel et le Che; elle a été responsable des questions de politique internationale à La Presse. J'adore son écriture incisive et élégante, d'un autre siècle: «Ugo m'a toujours fait une cour assidue mais qui ne m'émouvait nullement, bien qu'il eût l'allure d'un prince de la Renaissance italienne. Il était un érotomane cérébral, dépourvu de toute passion. Il tentait de me séduire en m'expliquant, à l'aide d'un vocabulaire très littéraire, l'urgence pour une femme de mon âge (j'avais 37 ans) de faire l'amour, avant que les années ne la flétrissent. Croyant me tenter, il m'avait même offert de séjourner à Capri. Mais ni la peur de l'outrage des ans ni l'attrait de Capri n'éveillèrent en moi la moindre velléité d'avoir une aventure avec lui.» Pour tous ceux qui ont vécu de près la seconde moitié du XXe siècle, refaire le voyage de façon anecdotique ne manque pas de piquant.
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Joblog - Et je t'ai trahie pour une prison d'amour et sa belle geôlière
Le magazine Philosophie met le doigt sur un bobo bien moderne: la difficile conciliation entre amour et liberté, deux religions qui dictent les comportements spécieux de l'époque. Aimer au temps de l'individualisme est «la forme contemporaine du drame amoureux».
On se shoote à la liberté dans une veine et avec l'aiguillon de l'amour dans l'autre. Des junkies sans méthadone, et la pharmacie est fermée.
Si l'amour nous apparaît comme un remède à la solitude et à notre besoin de consolation, «il s'est toujours présenté comme un problème davantage que comme une solution». Et le dilemme consiste à vouloir faire coïncider deux aspirations contraires: amour et liberté.
Accro à Simone (notamment), Sartre écrivait: «L'amant ne désire pas posséder l'aimé comme on possède une chose: il réclame un type spécial d'appropriation. Il veut posséder une liberté comme liberté.» Pour l'amant de Beauvoir, c'est dès le départ que les choses se gâtent puisque l'amour, comme la plupart des relations humaines, n'est guère compatible avec la liberté.
Pour Lévinas, qui réfute le pessimisme de Sartre, l'amour est le tremplin de la liberté. Selon lui, l'amour «libre» vise une impossible fusion entre deux individus et devient par le fait même leur unique planche de salut. Pour le philosophe, la caresse effleure sans saisir, maintient l'absence inhérente à toute présence, surfe sur l'infinie liberté de l'humain et ressemble à une jolie métaphore de l'amour libre. Je suis preneuse.
La saison de la bile
Je me suis étouffée de rire en écoutant mon copain Francis Legault en direct de Canton à C'est bien meilleur le matin cette semaine. Il a avalé un cocktail de bile de serpent et d'alcool de riz même si ce n'est pas «la saison». Ça fait plus de 20 ans que je le fréquente et qu'il ne boit que du Coke diète en toute saison.
Mais le plus beau, c'est sa conclusion: «Après sa mort, un serpent, est-ce que c'est très rancunier?»
J'ai hâte qu'il rentre au pays, çui-là. Je m'en ennuie. Il est bien trop débridé pour les bridés.
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Vos réactions
Pourquoi avoir peur de la réalité..? - par Fernande Trottier
Le vendredi 09 mai 2008 11:00

