Vitrine du disque
Mots clés : Schubert, Cliché Hot, Hard Candy, Musique, Québec (province)
Pop - Hard Candy, Madonna, Warner - Le harnachement de lutteuse Grand Prix ressemble à la panoplie sado-maso d'il n'y a pas si longtemps. Les chansons rappellent irrésistiblement la Madonna première époque, ou alors l'une ou l'autre de ses incarnations des années 90, et les fans dans le monde entier jouent à relier les numéros entre eux, de l'emprunt à la source. Miles Away? On dirait... on dirait... Me demandez pas ça à moi: après Papa Don't Preach, je mêle titres, looks et controverses diverses. Ce que j'entends, c'est que même les jeunes gens à la mode réquisitionnés pour l'occasion -- Timbaland, Justin Timberlake, Pharell Williams et consorts -- semblent s'évertuer à recréer la Madonna de leur petite enfance. Le plan de match est clair: on ne peut ravaler les façades à l'infini, alors autant prendre les devants et se réapproprier au présent son passé. À mes vieilles oreilles, ce n'est pas une mauvaise idée: She's Not Me, par exemple, renvoie à la meilleure pop sucrée des débuts. Tout ça met idéalement la table pour la tournée mondiale Sticky And Sweet, qui s'arrêtera, on le sait depuis hier, au Centre Bell le 22 octobre. - Sylvain Cormier
Trop hip-hop pour le grand public acadien, trop «exotiques» pour certains Québécois, les Néo-Écossais de Radio Radio combattent les stéréotypes. Le groupe, à la longue expérience de scène dans sa terre natale, offre son premier album complet dans une formule en quatuor. Le rap influencé par le chiac et saupoudré d'anglais de Cliché Hot est clairement concocté pour faire la fête. Les rythmes à la fine pointe du hip-hop teinté d'électro célèbrent la vie, l'amour et l'Acadie, avec parfois certains des clichés que cela comporte. Quelques pointes plus politiques agrémentent un flot marqué par une énergie forte d'une longue pratique du hip-hop. Acerbe et unique, Radio Radio marque ainsi une maturité musicale inégalée, aidé par une réalisation impeccable. Connu de quelques initiés au Québec depuis quelque temps déjà, le groupe est maintenant tout équipé pour conquérir ce grand marché francophone. Le très dynamique spectacle de Radio Radio est présenté ce soir au Scanner de Québec et demain au Zoobizarre de Montréal. - Étienne Côté-Paluck
Classique - Schubert, Messe en mi bémol majeur D. 950. Trois nouvelles versions: Morten Schuldt-Jensen (Naxos), Michel Corboz (Mirare), Richard Hickox (Chandos).
La Messe en mi bémol est la seule composition vraiment digne d'intérêt au sein du corpus de l'oeuvre sacré de Schubert. Cette messe a connu quelques très belles interprétations: Sawallisch (EMI), Abbado (DG) et Bernius (Berlin Classics), trio auquel on ajoutera la vision brucknérienne très partiale de Giulini (Sony). Le besoin n'était pas impérieux de recevoir trois nouvelles versions! Intéressante perspective cependant, puisque les trois visions sont très différentes. Schuldt-Jensen (Naxos) applique les recettes baroques et rapetisse la partition, la ravalant à une sorte de post-Bach sans âme. À l'inverse, Michel Corboz (Mirare) reste comme figé par rapport à la musique. Son interprétation est absente, passive et molle. Heureusement, Hickox (Chandos) fait souffler un vent frais sur la discographie. Avec des effectifs plus restreints mais crédibles, il enlève la chape de plomb qui pesait sur l'oeuvre. Très articulée, très transparente, cette interprétation fait jeu égal avec Abbado, dans une optique plus mordante. - Christophe Huss
Classique - Fiesta - Oeuvres de Revueltas, Carreño, Estevez, Márquez, Romero, Ginastera, Castellanos, Bernstein. Orchestre Simon Bolívar des jeunes du Venezuela, Gustavo Dudamel. DG 4777457.
On a failli attendre! Après avoir lancé le prodige Gustavo Dudamel (27 ans) de manière incompréhensible et aveugle dans Beethoven (Symphonies n° 5 et n° 7) et Mahler (5e), voici enfin chez DG le CD attendu, qui aurait évidemment dû être le premier: un programme de musique sud-américaine. D'abord, parce que lancer de jeunes Vénézuéliens dans la 5e de Beethoven sur le label de Furtwängler, Karajan, Jochum, Kubelik, Böhm, Giulini et Abbado était une connerie. Ensuite, parce qu'ils sont les ambassadeurs désignés et logiques du merveilleux et sous-estimé répertoire sud-américain. C'est sûr, Dudamel et ses troupes ne voulaient pas être «catalogués», mais les mélomanes n'avaient pas besoin de la 5e de Beethoven pour savoir que Dudamel est doué. Il défend ici «sa» musique avec subtilité (Mediodía en el llnano d'Estevez, plage 3) et un panache qui reste toujours domestiqué. Enivrez-vous des couleurs et du foisonnement de cette musique généreuse. - Christophe Huss
Swing - Épisode Trois, Sagapool, Anubis - Outside
Même lorsque, à leurs débuts, ils s'appelaient Manouche, ils se considéraient d'abord comme un groupe montréalais ouvert à de nombreuses influences. Mais plutôt que de puiser leur première inspiration chez Django, ils se sont alimentés du côté de l'Europe de l'Est. On a ensuite senti leur envie de s'étendre jusqu'aux modes moyens orientaux et latinos. Mais de vieux démons les rongeaient: ceux des musiques que les membres du groupe faisaient à l'extérieur du groupe: rock, pop, jazz et... manouche. D'où cet Épisode Trois et ce nouveau nom qui incarne paradoxalement une certaine forme de continuité dans un changement tout de même assez radical. Ici, les pièces sont d'abord écrites, même si elles laissent place à l'improvisation. Plusieurs formes de swing s'y entremêlent: jazz, manouche, tzigane et ska. L'ensemble rappelle aussi bien la fête foraine et la musique de cirque que le nu-jazz acoustique et la musique de création, avec du piano électrique Rhodes et de petits instruments qui adoucissent ou qui déconstruisent légèrement. C'est guilleret, allégorique, mélodique, remuant, parfois relaxant et très charmant. - Yves Bernard
Trad - La Bibournoise, Genticorum, Roues et Archets - Fusion III
Ils sont parmi les meilleurs de la tendance acoustique du nouveau millénaire en musique trad. Leur musique, ils la font respirer sans nécessité d'insérer des punchs partout. C'est un folk de racines empreint de chansons traditionnelles et de compositions s'inspirant des airs à danser. Trois virtuoses. Un violoniste au coup d'archet profond et précis, au scratch terreux. Un bassiste à peine funky qui fait onduler sa flûte traversière. Un guitariste folk qui peut riler. Une paire de pieds métronomiques. Trois voix qui se fondent dans de fort beaux unissons ou qui se répondent avec âme. Les trois n'ont jamais aussi bien joué que sur ce troisième disque qui incarne la continuité plus que le changement. Intensité et constance dans l'interprétation, raffinement dans la tristesse d'une complainte, airs croches presque savants, contrastes très habiles entre la lenteur d'un chant et la vitesse d'un reel, des bourdons, de la guimbarde ou du brandy pour l'effet hypnotique: Genticorum fait la preuve que la simplicité peut encore être le gage d'une grande qualité lorsqu'elle est assumée par de tels artistes. - Yves Bernard
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