Architecture - Vivre ensemble en ville

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Frédérique Doyon
Édition du jeudi 08 mai 2008

Mots clés : Maison Moriyama, CCA, Culture, Musée, Japon (pays), Grande-Bretagne (pays)

Le CCA présente deux visions de vie, l'une à Londres, l'autre à Tokyo

Maison Moriyama à Tokyo par Ryue Nishizawa. Photo: Takashi Homma

Dans notre monde mondialisé, tout semble s'homogénéiser, les marchandises comme les modes de vie. Le Centre canadien d'architecture (CCA) met cette perception à l'épreuve des visions du construit résidentiel de deux architectes réputés, le Britannique Stephen Taylor et le Japonais Ryue Nishizawa, qui a notamment conçu le New Museum of Contemporary Art de New York.

L'exposition Perspectives de vie à Londres et à Tokyo imaginées par Stephen Taylor et Ryue Nishizawa, qui tiendra l'affiche du 14 mai au 26 octobre, présente pour la première fois le travail de ces architectes en Amérique du Nord.

«C'était intéressant de voir s'il est vrai qu'habiter Londres et Tokyo, c'est vraiment la même chose, expliquait le directeur du CCA, Mirko Zardini, en conférence de presse hier. On a voulu comprendre le concept d'habiter que Stephen Taylor a développé pour Londres et celui que Ryue Nishizawa a développé pour Tokyo.»

Entre les maquettes à grande échelle, les dessins et les photographies, l'exposition aborde les questions de la densité et du développement urbains selon deux points de vue distincts à travers des résidences individuelles, des complexes multirésidentiels ou encore le plan directeur d'un quartier entier -- East End à Londres.

L'exposition étend le concept d'habiter à celui du vivre-ensemble, puisque Taylor et Nishizawa s'attardent à «la relation entre la maison, la rue et la ville, indique la conservatrice de l'architecture contemporaine Giovanna Borasi. C'est pourquoi on a choisi ces deux architectes.»

«S'il y a une homogénéisation apparente de nos façons d'habiter, en réalité on observe plutôt de grandes différences, dit-elle. L'organisation de la famille et la relation entre la famille et le quartier déterminent la forme même du construit.»

La signature de Nishizawa en modules distincts mais tout en transparence, où la frontière entre l'intérieur et l'extérieur s'estompe, montre que la notion de «privé» n'existe pas de la même manière au Japon qu'en Occident. Alors que Taylor réussit à préserver l'intimité dans la disposition des ouvertures (puits de lumière, cours intérieures et fenêtres), tout en respectant l'échelle, la densité et la mixité des fonctions du quartier londonien East End.

Les architectes ont également participé au design de l'exposition, «une autre façon de montrer leur approche», note la conservatrice.

L'architecture durable, très en vogue, ne constitue pas une préoccupation directe de ces projets, mais elle apparaît dans leur essence même, selon la conservatrice et le directeur. «La seule décision politique de Londres d'augmenter la densité urbaine touche déjà beaucoup d'enjeux de développement durable», note M. Zardini.

Si les deux métropoles restent difficiles à comparer, vu leur densité très différente (35 millions d'habitants à Tokyo contre sept à Londres), elles incarnent chacune à leur manière une nouvelle réalité mondiale: le fait que 50 % de la population vit en milieu urbain, souligne Mme Borasi. «De quelle façon va-t-on occuper les villes?», se demande-t-elle à travers cette exposition.

Une question que Montréal doit aussi se poser, croit Phyllis Lambert, à l'heure où elle multiplie les grands chantiers immobiliers. «Cette exposition arrive à un moment propice parce qu'on est en train de développer le quartier Griffintown à partir d'idées figées dans les années 60», a affirmé la fondatrice et présidente du CCA.

Dans cette optique de brassage d'idées, l'équipe du CCA a d'ailleurs conçu le microsite Internet de l'exposition (www.perspectivesdevie.org) selon les critères du Web 2.0, pour que le public puisse faire part, en affichant ses photos et commentaires, de sa vision ou de son expérience propres de l'une ou l'autre des deux métropoles.


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