L'errance
Mots clés : Agence des services frontaliers du Canada, Sheila Fraser, Gouvernement, Immigration, Canada (Pays)
Déjà critiqué pour ses frontières poreuses, le Canada perd aussi la trace des arrivants illégaux à qui il a montré la porte. Ont-ils plié bagage sans prévenir? Errent-ils au pays, passés par la trappe béante de l'espace clandestin? Impossible de le savoir, et ce, 41 000 fois plutôt qu'une!
Puisque aucun dispositif de contrôle des sorties n'est en place au Canada, nul ne peut dire combien de ces illégaux en sursis ont vogué vers d'autres rives, quittant le Canada comme celui-ci l'exigeait. Les interdits de séjour ne sont pas tous des enfants de choeur: en 2006-07, sur les 12 636 renvois constatés, 15 % étaient des criminels «présentant un risque élevé pour le Canada».
La vérificatrice tempère ses griefs d'un éloge: elle a noté des améliorations depuis son premier examen, en 2003, notamment quant au renvoi des personnes présentant les plus grands risques. Mais il demeure que les failles dévoilées dans son rapport sont à ce point imposantes qu'elles remettent en question l'intégrité même des programmes d'immigration et de protection des réfugiés.
Ces brèches concourent à envoyer un bien drôle de message, comme Mme Fraser l'a noté à juste titre: «Si les gens peuvent venir au pays et y rester illégalement, pourquoi traverseraient-ils un processus long et complexe dans le but de devenir résident permanent?» En effet! Les procédures de renvoi sont à ce point complexes et longues, et le suivi qu'on en fait s'apparente à un contrôle si nébuleux, que le Canada peut demeurer le refuge tranquille de fâcheux visiteurs qui s'incrustent dans le paysage à la faveur du temps.
Intercepté à un point d'entrée canadien, un nouvel arrivant peut rester titulaire d'un permis de séjour temporaire valide pendant des mois, voire des années, prisonnier d'un processus visant à autoriser sa procédure de renvoi. Pis encore: invité à quitter le pays quelques jours, semaines, mois ou années après son arrivée, il glissera entre les mailles du filet tout simplement parce que, note Sheila Fraser, l'ASFC ne «vérifie pas si la personne respecte les conditions qui lui sont imposées, comme de quitter le Canada avant la date d'expiration du permis»!
La leçon de la vérificatrice, servie pour une deuxième fois en cinq ans à peine sans renversement de situation, n'est pas à prendre à la légère. En laissant les radars de l'État fonctionner à moitié, le gouvernement cautionne en silence ce qu'il affirme pourtant combattre avec véhémence, c'est-à-dire le grouillant marché de la clandestinité.
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machouinard@ledevoir.com
Vos réactions
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Le jeudi 08 mai 2008 14:00
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Le jeudi 08 mai 2008 12:00
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Le jeudi 08 mai 2008 12:00
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Le jeudi 08 mai 2008 09:00
aucun dispositif de contrôle des sorties n'est en place au Canada - par jacques noel
Le jeudi 08 mai 2008 07:00

