Il est minuit moins cinq, Mme Clinton
Mots clés : démocrate, Hillary Clinton, Barack Obama, Élection, Primaire, États-Unis (pays)
Barack Obama remporte une victoire décisive en Caroline du Nord et menait une lutte serrée en Indiana

Photo: Agence France-Presse
Son éclatante victoire en Caroline du Nord et la lutte extrêmement serrée en Indiana font faire à M. Obama un pas important vers l'investiture et rendent son avance quasi insurmontable au chapitre des délégués contre la sénatrice de New York. Mme Clinton, qui a clairement affiché sa détermination à poursuivre la bataille, a pris la parole hier soir à Indianapolis, M. Obama à Raleigh où, dans un discours triomphant, il appelé à l'unité du parti et attaqué les positions du candidat républicain John McCain.
«Oui, des deux côtés, certains se sont sentis blessés, oui, chaque camp veut désespérément la victoire de son candidat», a-t-il dit, avant de lancer un appel à l'unité des démocrates «parce que nous sommes tous d'accord [...] qu'on ne peut pas se permettre de donner à John McCain la chance de remplir le troisième mandat de la présidence Bush.»
Les yeux auront surtout été tournés hier soir vers l'Indiana. Pour survivre politiquement, l'ancienne première dame des États-Unis avait besoin de gagner au moins dans cet État. Avec 91 % des voix dépouillés, elle menait par seulement 51 % contre 49 %, alors que les résultats provenant de districts pro-Obama tardaient à être dévoilés. Si elle demeure à la traîne face à Obama, -- qui l'a emporté par 57 % contre 43 % en Caroline du Nord -- pour ce qui est du nombre des délégués qui choisiront le candidat démocrate lors de la convention du parti en août, sa victoire en Pennsylvanie, il y a deux semaines, a revigoré sa campagne. «Nous continuons à pleine vitesse vers la Maison-Blanche», a-t-elle déclaré hier soir.
Pour Barack Obama, qui était donné favori en Caroline du Nord par la grâce de l'important électorat noir, les résultats de l'Indiana allaient mesurer les séquelles de la polémique qui a éclaté autour des déclarations incendiaires de son ancien pasteur, Jeremiah Wright (à savoir, notamment, que le 11-Septembre était le résultat de la politique étrangère américaine). Ces déclarations ont refroidi une partie de l'électorat blanc de classe moyenne à l'égard de M. Obama, qui a besoin de son appui pour gagner la présidentielle de novembre face à McCain.
Devant la courte défaite présumée de M. Obama en Indiana, où la part de l'électorat formée par les cols bleus de race blanche a du poids, Mme Clinton allait continuer de soutenir que l'incapacité de son rival à l'emporter dans des États clés augure une défaite à la présidentielle s'il obtient l'investiture.
À l'issue de ces deux primaires, disaient cependant hier soir à chaud des analystes, il devient plus difficile pour Mme Clinton d'affirmer que son rival n'est pas «présidentiable». En Caroline du Nord, il aurait remporté 91% du vote noir, mais aussi plus du tiers du vote blanc, selon les enquêtes de sortie des urnes de CNN. En Indiana, 45 % de ceux qu'on appelle les «white Reagan Democrats» auraient voté pour lui, contre 55 % pour Mme Clinton.
Un total de 218 délégués étaient en jeu dans les deux scrutins, 84 en Indiana, 134 en Caroline du Nord. Avant les deux primaires d'hier, Barack Obama était en tête avec 1745 délégués contre 1608 pour Clinton, selon le décompte de l'Associated Press, et l'avait emporté dans 30 États contre 18 pour sa rivale. Chose à peu près certaine, ni l'un ni l'autre ne pourra atteindre les 2025 délégués requis pour s'assurer l'investiture, gracieuseté du complexe système de distribution des délégués à la proportionnelle.
Aussi, que M. Obama passe mal auprès des Blancs de la classe moyenne, a plaidé jusqu'à maintenant le camp Clinton, cela ne peut échapper aux superdélégués, ces 800 bonzes du parti avec droit de vote automatique au congrès d'investiture qui, à terme, devront trancher. L'envers de cet argument tient au risque de démobilisation de l'électorat noir si M. Obama se voyait au final dénier l'investiture par les superdélégués malgré son avantage quant au nombre des délégués élus pendant les primaires. Il reste maintenant six primaires et caucus à tenir d'ici le 7 juin, d'un poids mathématique secondaire. La prochaine a lieu mardi prochain en Virginie occidentale: sa démographie démocrate favorise la candidate Clinton, qui peine par ailleurs de plus en plus à financer sa campagne.
Primaire ouverte
La primaire de l'Indiana avait du reste ceci de particulier qu'elle était ouverte à tous les électeurs, quelle que soit leur affiliation politique. Le quotidien local Indy Star a d'ailleurs constaté une forte participation dans des bureaux de vote traditionnellement très républicains.
Ainsi, on s'attendait à ce que beaucoup d'électeurs républicains aillent voter dans l'espoir que leur choix soit ultimement utile à l'élection de M. McCain. Le polémiste ultraconservateur Rush Limbaugh, dont les chroniques sont diffusées sur de nombreuses radios, a appelé les républicains à voter pour Hillary Clinton afin de prolonger le combat dans le camp démocrate. Il a baptisé cette initiative «opération Chaos». «Allez voter en masse. Votez pour Mme Clinton», a-t-il dit à ses auditeurs.
Hier soir à Indianapolis, Mme Clinton a par ailleurs continué de marteler qu'il faudra prendre en compte les primaires du Michigan et de la Floride, qu'elle considère avoir remportées, dans le décompte final des délégués. Il faudra qu'en juin, a-t-elle déclaré, «si ce n'est pas encore fait, on règle le problème de la Floride et du Michigan -- ce sont des élections légitimes, des gens se sont déplacés pour voter».
En raison d'un différend de calendrier entre les instances locales et la direction nationale du Parti démocrate, les résultats en Floride et au Michigan n'ont pas été reconnus. Mme Clinton, après avoir fait campagne dans ces deux États malgré les injonctions du parti, veut faire reconnaître ces victoires, bien que M. Obama n'ait pas fait campagne en Floride et que son nom n'ait même pas été inscrit sur les bulletins de vote dans le Michigan.
Si la proposition de Mme Clinton était retenue, il faudrait 2209 délégués pour décrocher l'investiture démocrate. «C'est 2209», a dit Mme Clinton. Sans le Michigan et la Floride, il en faut 2025. Rédacteur en chef politique du site Huffington Post, Thomas Edsall affirme qu'«au moins 50 % des trente membres de la commission des statuts du Parti démocrate étant acquis à Mme Clinton, ses partisans pourraient -- quand la commission se réunira, à la fin de ce mois -- essayer de faire voter une décision consistant à reconnaître les 210 délégués de la Floride et les 156 délégués du Michigan».
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Le Devoir
Avec l'Associated Press, l'Agence France-Presse, CNN et The New York Times
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Le mercredi 07 mai 2008 11:00

