Le CHUM laissera la place Chénier intacte

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Kathleen Lévesque
Édition du mercredi 07 mai 2008

Mots clés : hôpital, place Chénier, CHUM, Montréal

Empêtrées depuis des semaines dans une controverse historico-patriotique, la Ville de Montréal et la direction du CHUM abandonnent l'idée de construire le centre de recherche du futur hôpital universitaire en empiétant sur la place publique offerte au XIXe siècle par Louis-Joseph Papineau, a appris Le Devoir.

À la suite d'intenses discussions, le CHUM a fait parvenir hier à la Ville une courte lettre signifiant qu'il revenait au scénario original. Le concept qui prévoyait un édifice de 18 étages aux abords de l'arrondissement historique du Vieux-Montréal pourrait toutefois être corrigé à la baisse, soulignait-on hier au CHUM. La décision du nombre d'étages dépend entièrement de Montréal, qui aura à déterminer ce qui est acceptable sur le plan réglementaire.

Ce tâtonnement pourrait représenter une facture supplémentaire d'au moins 17 millions de dollars pour le CHUM. Cette somme correspond aux 17 derniers mois au cours desquels les professionnels du CHUM, dont les architectes, ont travaillé sur un nouveau scénario qui aurait fait disparaître la partie ouest du square Viger connue sous le nom de place Chénier (la statue du patriote Jean-Olivier Chénier y trône). Ce sont donc 17 mois de retard puisque les mêmes professionnels devront maintenant détailler les esquisses de la première hypothèse de travail. Et comme l'indiquait récemment Clermont Gignac, directeur exécutif de la modernisation du CHUM, du CUSM et de Sainte-Justine, chaque mois de retard génère des coûts supplémentaires d'un million.

À cette somme, il faut ajouter les honoraires des professionnels qui planchent depuis décembre 2006 sur une nouvelle version du projet. Selon les informations obtenues par des sources proches du dossier, il s'agirait d'environ 800 000 $. Au bureau de M. Gignac, qui est responsable du budget de la modernisation des trois hôpitaux universitaires de Montréal, on refuse de donner de tels détails. On se borne à expliquer que les honoraires professionnels pour le CHUM représentaient 3,2 millions de dollars au 31 mars 2007 et qu'en date de février dernier ils s'élevaient à 9,6 millions.

À la Ville de Montréal, le conseiller municipal André Lavallée, répondant politique du dossier du CHUM au sein du comité exécutif, rejette toute responsabilité quant à une quelconque erreur stratégique bien que la proposition d'empiéter sur la place Chénier émane de la Ville.

«Tout le monde était d'accord. C'est une proposition faite de bonne foi», s'est défendu M. Lavallée, qui insiste pour dire que les retards ne peuvent être imputés à Montréal, qui «a agi bien plus rapidement que le gouvernement du Québec dans ce dossier».

Or ce dernier reconnaît que l'option d'étendre la construction du centre de recherche sur la place Chénier aurait obligé la reprise de tout le processus d'approbation de projet puisqu'il s'agissait d'un nouveau projet. Il semble que les fonctionnaires qui accompagnent le CHUM dans ses différentes étapes réglementaires municipales avaient omis d'expliquer l'impact de ce choix.

«C'était une obligation légale. Il fallait retourner en audience devant l'Office de consultation publique de Montréal pour changer la désignation de la place publique, a expliqué André Lavallée. Dans le meilleur des cas, il ne pouvait y avoir de décision au conseil municipal avant septembre ou octobre.»

Le directeur du CHUM 2010, Sylvain Villiard, soutenait encore la semaine dernière qu'il avait depuis l'été dernier une entente de principe avec Montréal par laquelle le CHUM se portait acquéreur de la place publique pour la construction du centre de recherche. Pour tenter de contourner le problème de la disparition de la place publique, le CHUM avait proposé d'intégrer une cour intérieure avec la statue de Chénier.

Tout allait pour le mieux, mais c'était sans compter sur le mécontentement des descendants de Papineau, qui sont montés aux barricades. Le don de leur ancêtre à la Ville de Montréal en 1818 doit être respecté, arguaient-ils. Lundi, la famille a rencontré la direction du CHUM.

André Lavallée a fait valoir qu'il n'y avait rien d'étonnant à ce que Montréal propose de changer la vocation de la place publique. «Personne n'a pris ces questions à la légère, a-t-il assuré. La statue de Chénier s'est promenée trois ou quatre fois. La place publique a surtout servi de stationnement pendant des décennies, dont personne ne se souciait. Il y a le passé et il y a l'avenir. Et là-dessus, tout le monde s'entend pour dire qu'il faut refaire le square Viger, qui est une erreur dans l'histoire de Montréal. C'est une place bétonnée et clôturée», a affirmé M. Lavallée.

Le centre de recherche constitue la première étape du vaste projet du CHUM. Il doit être construit selon la formule de partenariat public-privé (PPP), ce qui implique que le CHUM devra obtenir une révision architecturale de son projet lorsque le partenaire privé sera choisi.


Vos réactions


Et le carré Viger ? - par jean-marie francoeur
Le mercredi 07 mai 2008 10:00

Que d'incompétents !!! - par Valdor Lagacé-Gallant
Le mercredi 07 mai 2008 08:00

Chou pour le CHUM et le PLQ - par Gilles Bousquet
Le mercredi 07 mai 2008 07:00

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