Evo Morales sous pression
Mots clés : Evo Morales, Santa Cruz, crise politique, Gouvernement, Bolivie (Pays)
Le référendum de Santa Cruz relance la crise politique qui sévit depuis l'élection du président

Photo: Agence Reuters
D'après les résultats disponibles hier, le oui l'aurait emporté avec environ près de 85 % des voix. Un succès massif pour les dirigeants de Santa Cruz engagés depuis plusieurs mois dans un bras de fer avec le gouvernement. Mais le taux d'abstention atteindrait entre 30 % et 40 %.
Les autorités relativisaient hier la portée de ce référendum, jugé «illégal et anticonstitutionnel» par le chef de l'État qui a lancé un timide appel au dialogue.
Évoquant le taux d'abstention Morales a lancé: «Ce référendum sur le statut d'autonomie est un échec total. Entre l'abstention, le vote «non» et le vote nul, on arrive à 50 % de rejet du projet.» La réaction présidentielle, et la «résistance» au scrutin organisée par les partisans du gouvernement démontrent en tout cas que l'émancipation de Santa Cruz est loin d'être acquise.
Les États-Unis ont pour leur part appelé hier à l'unité de la Bolivie, appelant le gouvernement et l'opposition à résoudre leurs différends par un dialogue pacifique, après la tenue du référendum.
Une région nantie
Poumon économique du pays, la région de Santa Cruz, dotée des principaux gisements de gaz, dénonce la nouvelle Constitution défendue par M. Morales qui prône une plus grande redistribution en faveur des communautés défavorisées. Mais Santa Cruz s'est-elle réellement réveillée plus autonome aujourd'hui qu'elle ne l'était avant le scrutin?
Deux importants dossiers sont au coeur du débat dans ce pays le plus pauvre d'Amérique du Sud: l'administration des terres et celle des revenus financiers générés par la vente des richesses naturelles locales, notamment du gaz. Pour le gouvernement, le mouvement autonomiste ne serait que le cache-nez d'une oligarchie régionale, essentiellement composée de grands propriétaires terriens, qui ne lutterait que pour leurs intérêts strictement privés
Président du comité pro-Santa Cruz, une influente organisation patronale, Branko Marinkovich, un des plus importants propriétaires terriens du pays, a affirmé que le gouvernement avait «l'obligation légale et morale de respecter le vote».
Selon le politologue bolivien Carlos Cordero, le résultat du référendum «réduit la marge de manoeuvre du gouvernement de M. Morales». «Autant il peut contester sa validité légale, autant il lui sera difficile de ne pas reconnaître la ferveur populaire qui s'est manifestée», a expliqué cet expert, professeur à l'Université San Andres de La Paz.
L'armée reste fidèle
Avant le référendum, l'armée bolivienne, fidèle au président, avait averti qu'elle ne permettrait pas l'application d'un statut constituant un «danger grave pour l'intégrité du pays». Le gouvernement avait également démontré son autorité et son pouvoir, en gelant brièvement les comptes de la province rebelle, en guise d'avertissement provisoire.
«Le chemin vers l'autonomie est encore long», a lui-même reconnu le gouverneur Ruben Costas. Comme avant la tenue du référendum, le pouvoir central et les régions autonomistes campent sur deux positions antagonistes. Du coup, la Bolivie pourrait expérimenter dans les prochaines semaines au mieux un blocage de ses institutions, au pire de fortes tensions séparatistes susceptibles de générer de nombreuses violences.
Dans trois autres régions du pays, sur les neuf que compte la Bolivie, des référendums sur l'autonomie ont déjà été convoqués dès le mois prochain.

