Miroir, miroir...

Réduire le texte Agrandir le texte Envoyer cet article Imprimer cet article Commenter cet article Fil RSS Droits de reproduction

Marie-Andrée Chouinard
Édition du lundi 05 mai 2008

Mots clés : Éducation, Québec (province), décrochage, Québec (province)

Vus d'ici, les élèves québécois riment avec catastrophe. Difficultés, retards, échecs, décrochage: la note générale laisse un goût amer. Curieusement, vus d'ailleurs, nos petits cancres s'élèvent au rang de conquérants, dominant littéralement les classements. Miroir, miroir, qui dit vrai?

Lorsque l'on se regarde, on se désole. Lorsque l'on se compare, on se console. Voilà une maxime qui colle aux résultats en lecture, mathématiques et sciences obtenus par des élèves québécois. Soumis au Programme pancanadien d'évaluation (PPCE) orchestré par le Conseil des ministres de l'Éducation du Canada (CMEC), nos disciples âgés de 13 ans ont brillé.

Voguant contre une impression générale de morosité, les Québécois testés au printemps 2007 ont fracassé tous les records et déclassé les autres provinces canadiennes. Un autre «mystère» Québec?

Pour le président du CMEC, Kelly Lamrock, ministre de l'Éducation du Nouveau-Brunswick, l'explication tient en partie au choix «dynamique» du Québec d'investir dans la petite enfance et d'encourager l'intervention précoce. Dans le Globe and Mail, le success story du Québec fut justifié d'une manière que bien peu chez nous ont hasardée: et si la fameuse réforme scolaire expliquait une partie de ce triomphe?

Au Québec, honni soit celui qui oserait formuler un tel rapport de cause à effet! Même si elle utilise à satiété le thème de la réussite des élèves pour soutenir nombre de ses revendications, la Centrale des syndicats du Québec (CSQ) a réagi avec... retenue au succès des Québécois. Son message? Que l'on arrête donc de «se péter les bretelles» pour se concentrer plutôt sur les tares et fléaux de l'école! Le syndicat d'enseignants a promptement étouffé le moindre lien -- «pernicieux» -- à établir entre cette réussite et la réforme. Et pourtant! Lorsque des épreuves internationales ont laissé croire dans le passé à un essoufflement des troupes, certains, dont la CSQ, n'ont pas hésité à placer la réforme au banc des accusés.

Même la ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne, n'a pas osé les cris et les vivats. Son attaché de presse a parlé de «signes encourageants» et a promis davantage lorsque tomberaient «les résultats d'une analyse plus approfondie». Là où le ministre de l'Éducation du Nouveau-Brunswick et le Globe and Mail ont tenté d'expliquer la performance de nos élèves, chez nous, c'est motus et bouche cousue.

Ce silence ministériel s'explique, et bien tristement. Il tient au fait que l'on ne possède aucune donnée fiable permettant de faire valoir, sans risque de se tromper, l'impact de la réforme sur les apprentissages des élèves québécois du primaire et du secondaire. À défaut de pouvoir démontrer ce lien inextricable, mieux vaut donc rester de marbre.

Cela est-il possible? Le ministère de l'Éducation vient à peine de produire le document qui annonce l'évaluation de la mise en oeuvre de la réforme au secondaire. En somme, un dispositif destiné à mesurer l'impact des changements sur les apprentissages des élèves, notamment en soumettant des groupes témoins «avant» et «après» à des évaluations.

Bien que cela relève de la plus pure logique et de l'essentiel en matière d'évaluation des réformes, le dispositif en question arrive trop tard. Pour les enfants du primaire qui expérimentent les changements depuis 1999, aucune mesure objective ne subsiste. Et vogue l'impressionnisme!

Bien sûr, chaque évaluation présentera toujours ses faiblesses, le PPCE comme les autres. Mais ces mesures de la réussite de nos élèves composent somme toute un portrait qui renvoie à autre chose qu'une sempiternelle maussaderie minant l'entrain des troupes. Recevons ces résultats pour ce qu'ils sont: un succès qui n'invite guère à se reposer sur ses lauriers mais plutôt à redoubler d'ardeur.

***

machouinard@ledevoir.com


Vos réactions


Gare à la surenchère! - par Benoît Leblanc
Le vendredi 09 janvier 2009 15:00

Merci au journal Le Devoir - par Georges Pagé (georges.page@videotron.ca)
Le vendredi 19 décembre 2008 16:00

Pourrions-nous nous permettre d'être fiers ! - par Claude Smith (claude-francoise@videotron.ca)
Le lundi 15 décembre 2008 09:00

La mauvaise foi de la CSQ - par Guy Archambault
Le lundi 05 mai 2008 05:00

Réagissez à ce texte


 

Réduire le texte Agrandir le texte Envoyer cet article Imprimer cet article Commenter cet article Fil RSS Droits de reproduction

Haut de la page

Vous avez le statut de visiteur
Identifiez-vous


Recherchez dans le site

Recherche rapide dans Le Devoir.com
  Publicité - Un produit ou un service ?