Portrait - À pieds joints dans la coop
Mots clés : Beauce, entrepreneurship, L'Étincelle, Économie, Québec (province), Canada (Pays)

Photo: Agence France-Presse
Les tests de M. Boutin ont été concluants. Son enfant en a parlé à l'école. Le projet a pris forme et les écoliers ont eux-mêmes fait des démarches, raconte l'enseignante Johanne Morin, qui a été témoin et collaboratrice de cette aventure depuis le début. La nouvelle annonçant qu'un prix Nobel avait été décerné à l'inventeur du micro-crédit a inspiré à créer une micro-entreprise sous forme d'une coopérative, la première dans une école primaire au Québec. Le modèle était déjà appliqué dans plusieurs écoles de niveau secondaire. Ces coopératives ne sont toutefois pas enregistrées aux termes de la loi des coopératives. Ce sont en fait des projets éducatifs, qui respectent néanmoins les pratiques de toute bonne coopérative avec un conseil d'administration élu par les membres.
À Sainte-Marguerite, les 85 élèves, de la maternelle à la sixième année, sont tous membres de la coopérative et participent d'une manière ou de l'autre aux activités de l'entreprise. Les plus vieux, ceux des cinquième et sixième années, s'occupent des finances, de la vente, de la facturation, de la comptabilité et de la direction. Les plus jeunes, y compris ceux de la maternelle coupent les tubulures en petits morceaux et les glissent dans une corde (de balle de foin) pour en faire des cordes à danser.
Les premières cordes ont été évidemment fabriquées pour les besoins de la communauté. Puis la nouvelle s'est répandue dans les villages voisins, dans toute la région et même au-delà, grâce au site Internet de cette coop qui a pour nom Écolocorde. L'an passé, il y a eu une commande de 100 cordes des écoles privées. Les membres d'Écolocorde ont aussi contribué à l'aide humanitaire, en envoyant des cordes à danser au Guatemala et au Nicaragua. Ils en ont également donné en France et en Suisse, grâce à des relations d'amitié. En faisant état ce rayonnement international lors d'une présentation vidéo aux récentes assemblées générales du Mouvement Desjardins, l'actuel président d'Écolocorde, Mathieu Colpron, âgé de 12 ans, terminait son exposé par cette exclamation: «Si ça continue comme ça, tout le monde va nous connaître!». Cela lui a valu une ovation de 2000 personnes.
2200 cordes et 5000 $ en caisse
Jusqu'à maintenant, la petite coopérative a produit 2200 cordes à danser. Sa plus récente commande de 300 cordes lui est venue de l'Association régionale des sports de Chaudière-Appalaches. La commande a été remplie en deux semaines, mais il faut dire que les parents ont donné un coup de main aux enfants, dans des activités extrascolaires. Normalement, les activités de la coop ont lieu le lundi midi, et elle offre maintenant d'autres produits, comme des porte-clés et des anneaux de serviette.
Chaque corde est vendue au prix de 3 $, mais il a fallu évidemment de l'argent pour lancer cette coopérative. Les enfants sont allés à la Caisse Desjardins du centre de la Nouvelle-Beauce, qui a une succursale à Sainte-Marguerite et ont pu obtenir en 2006 un prêt de 1000 $. Devant le succès de l'entreprise, qui demeure essentiellement une expérience éducative, la caisse a décidé de transformer le prêt en un don. La coop a d'autres partenaires, donc CGAir Système, le Centre des bâtisseurs, Cartomech et Plastique Mircon, qui contribuent d'une manière ou de l'autre comme fournisseurs, par exemple les moules dans lesquels on coule les poignées de la corde à danser, qui sont aussi en plastique. Bien sûr, les quatre titulaires enseignantes, et quatre autres professeurs spécialisés, dont M. Boutin, qui viennent donner certains cours à l'école participent pleinement à ce projet rassembleur.
À ce jour, Écolocorde a accumulé des bénéfices de 5000 $. L'argent revient à ses membres et est redistribué sous forme d'activités de groupe, en allant au cinéma ou visiter des musées. Il n'est toutefois pas question de se lancer dans de folles dépenses. Lorsqu'il a été question d'avoir une machine à laver pour nettoyer les tubulures, Mme Morin a suggéré qu'on en achète une neuve. Les enfants ont dit non et ont préféré une machine d'occasion, dans un geste de protection de l'environnement. «Ils sont très conscients de l'environnement. Ils nous poussent et nous dépassent», avoue-t-elle.
Pour sa part, le président Mathieu Colpron est un communicateur naturel, qui parle bien et avec assurance. En quoi consiste son travail? «Je m'occupe de la compagnie, je vois si tout fonctionne, je participe aux réunions du conseil d'administration tous les deux mois», dit-il. Il croit que, grâce à Internet, la coop va prendre de l'expansion. Celle-ci a déjà attiré l'attention des médias et à ce jour, Écolocorde a reçu plusieurs distinctions, dont l'un des 13 prix Phénix de l'environnement 2007, remis par le ministre Raymond Bachand lui-même. Il y a eu également le prix de l'entrepreneuriat régional dans le volet jeunesse. «On vise maintenant des concours canadiens», souligne Mme Morin.
Quel est l'avenir de cette coop? Chaque année, il faut décider de continuer ou pas. Jusqu'à maintenant, les enfants voient cela comme une belle expérience, surtout un jeu pour les plus jeunes. Et pour les plus vieux aux deux dernières années du cours primaire? «C'est fascinant de les voir prendre des responsabilités qu'on n'imagine pas possibles pour des élèves de cet âge. Ils se rendent compte qu'ils sont dans la cour des grands», constate Mme Morin.
Écolocorde n'a toutefois pas été le premier exploit de cette école. En 2005, une bourrasque de 109 km/h avait balayé la cour de l'école au moment de la récréation. De retour en classe, un élève demanda ce qu'on pouvait faire avec un vent pareil. La question a déclenché une recherche qui a conduit jusqu'aux étudiants de Cap-Chat où il y avait déjà une éolienne. L'école L'Étincelle qui avait déjà sa radio étudiante décidait d'alimenter cette radio avec de l'énergie éolienne. On a trouvé l'équipement au Lac-Saint-Jean, on l'a acheté pour 12 000 $. La caisse Desjardins y a mis 6000 $, la municipalité et la commission scolaire chacun 3000 $. Radio Étincelle fonctionne désormais avec cette source d'énergie et diffuse une demi-heure par jour. Le contenu est assuré par les élèves qui parlent d'environnement, présentent des bulletins de météo, font jouer de la musique, etc.
Vos réactions
Entrepreneurship - par Denyse Lamothe
Le lundi 05 mai 2008 11:00
Bravo ! - par Sandra Dubé Blanchet
Le lundi 05 mai 2008 06:00

