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Les nouveaux visages de l'arbre
La deuxième voie cherche moins à proposer un modèle urbain idéal, qu'à saisir plutôt la ville comme un objet naturel. A tout le moins, il est possible de saisir les phénomènes et processus naturels qui se déroulent dans la ville (Hough, 1984). Le terme d'écosystème urbain n'est pas fortuit, puisqu'il désigne la circulation et l'échange de matière, les flux physiques et leurs impacts sociaux, comme leurs effets sur la santé ou les comportements. On cherche alors à mesurer et à quantifier les flux, en insistant sur les inputs en termes de ressources et les outputs en termes de produits et de déchets.L'image qui s'en dégage pour l'écosystème urbain est celle d'une machine consommatrice, transformatrice, productrice, jetant et brûlant de la matière. La pierre angulaire de l'édifice écosystémiste est le bilan énergétique qui mesure les interactions entre les éléments naturels et artificiels, en termes de partage des bénéfices qui résultent de l'exploitation des ressources et de la transformation des milieux. On veut comprendre la ville verte, ou l'écocité, en évaluant la présence du vert en termes de potentiels et de capacité productive, afin de répondre tant à l'autosuffisance tant recherchée par les tenants du développement durable qu'à sa capacité d'agir sur le bilan écologique. Finalement, on habille les vielles méthodes d'évaluation, d'une vulgate économiste et productiviste(coûts - bénéfices) pour rassurer les sceptiques quant à ses compatibilités idéologiques aux valeurs marchandes de l'économie libérale. En suivant cette logique, le vert, l'arbre, la communauté végétale, réduits à des éléments de l'écosystème, sont évalués à la lumière du concept du capital-environnement, c'est-à-dire de leur productivité.
La région naturelle : l'éternel retour?
On en appelle à la région naturelle, ou la biorégion comme dernière instance justificatrice et évaluative. . La ville n'est pertinente qu'en tant qu'elle participe ainsi à un grand ensemble naturel dans lequel se déroulent, par exemple, les cycles de l'eau ou de la succession végétale. Aménager les villes signifie reconnaître et prendre acte de leur dépendance à l'égard des ressources à l'échelle des bassins versants ou des grandes unités physiographiques, dans la nouvelle logique d'un maintien des potentiels et d'un respect de la biodiversité. De là, la structure de gestion du territoire proposée repose sur le concept de planification écosystémique, en d'autres termes l'unité d'intervention n'est plus la ville ou l'agglomération urbaine, mais bien l'unité physiographique ou naturelle (Tomalty et aI., 1994).
Un deuxième point apparaît important. C'est la volonté de restaurer Ou de concevoir des paysages dits écologiques (Hough, Stansbury and Michalski Limited, 1990). Concrètement, il s'agit de rétablir la succession écologique, aider à la conservation à la restauration du patrimoine arboré (espèces, communautés, écosystèmes), de façon à réengager les processus naturels. De là, même en pleine ville, l'objectif est d'arriver à un stade proche de la vie sauvage (urban wildlife). Plus encore, on accorde une importance nouvelle à une nature a proprement urbaine, celle de la friche (urban wilderness). Bois, milieux humides, littoraux, marais, prairies apparaissent comme des entités d'intervention qui viennent en quelque sorte structurer la forme urbaine et le modèle de gestion politique.
