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Les nouveaux visages de l'arbre

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Johnson Davenport
Envoyé Le dimanche 04 mai 2008 13:00



L'écologie urbaine est née à Chicago entre les deux guerres. L'arbre,le végétal,le vert allaient devenir le nouveau signe d'une table rase,l'équivalent d'un paradigme d'une nouvelle révolution copernicienne qui allait renverser les vielles valeurs consacrée de la société industrielle: mettre les gens en case, prioriser les aires de travail selon la logique étroitement productiviste de l'économie marchande, puis des autoroutes pour s'y rendre et des zones de loisirs à côté. Deux voies s'ouvrent vers la compréhension de la ville écologique. La première se targue d'une approche globale, dirions-nous holistique, présentée souvent comme la théorie de l'écocité (Ecocity, In Canfield et aI., 1990). Elle propose d'introduire l'agriculture et la foresterie en ville, de conserver les écosystèmes naturels et de reverdir les sites minéralisés. C'était tout compte fait l'articulation d'un rituel de retour à la nature (Jordan, 1990). Cette représentation utopique se prolonge dans l'intention de parvenir à un niveau d'autosuffisance en matière d'énergie et de production alimentaire. Le thème de l'agriculture urbaine, repris par les tenants du développement durable, est justement avancé comme un moyen de parvenir à l'autosuffisance (Mitlin et Satterhwaite, 1994). Cette idée de la ville n'est pas sans surprendre, car on y imagine les citadins cultiver le sol pour répondre à leurs besoins, produire leur propre énergie et aménager des forêts; pour finalement s'enfoncer dans une sorte d'anti-urbanisme.Régression de l'homo sapiens aux stades primitives ou éternel retour du même? Dans tous les cas la conclusion est de voir la ville comme une sorte de "cancer gaïen ", pour reprendre l'expression de David Suzuki, ce héros médiatique de l'écologie au Canada anglais (cité In Royal Commission of the Future of the Toronto Waterfront, 1991, p. xix).
La deuxième voie cherche moins à proposer un modèle urbain idéal, qu'à saisir plutôt la ville comme un objet naturel. A tout le moins, il est possible de saisir les phénomènes et processus naturels qui se déroulent dans la ville (Hough, 1984). Le terme d'écosystème urbain n'est pas fortuit, puisqu'il désigne la circulation et l'échange de matière, les flux physiques et leurs impacts sociaux, comme leurs effets sur la santé ou les comportements. On cherche alors à mesurer et à quantifier les flux, en insistant sur les inputs en termes de ressources et les outputs en termes de produits et de déchets.L'image qui s'en dégage pour l'écosystème urbain est celle d'une machine consommatrice, transformatrice, productrice, jetant et brûlant de la matière. La pierre angulaire de l'édifice écosystémiste est le bilan énergétique qui mesure les interactions entre les éléments naturels et artificiels, en termes de partage des bénéfices qui résultent de l'exploitation des ressources et de la transformation des milieux. On veut comprendre la ville verte, ou l'écocité, en évaluant la présence du vert en termes de potentiels et de capacité productive, afin de répondre tant à l'autosuffisance tant recherchée par les tenants du développement durable qu'à sa capacité d'agir sur le bilan écologique. Finalement, on habille les vielles méthodes d'évaluation, d'une vulgate économiste et productiviste(coûts - bénéfices) pour rassurer les sceptiques quant à ses compatibilités idéologiques aux valeurs marchandes de l'économie libérale. En suivant cette logique, le vert, l'arbre, la communauté végétale, réduits à des éléments de l'écosystème, sont évalués à la lumière du concept du capital-environnement, c'est-à-dire de leur productivité.
La région naturelle : l'éternel retour?
On en appelle à la région naturelle, ou la biorégion comme dernière instance justificatrice et évaluative. . La ville n'est pertinente qu'en tant qu'elle participe ainsi à un grand ensemble naturel dans lequel se déroulent, par exemple, les cycles de l'eau ou de la succession végétale. Aménager les villes signifie reconnaître et prendre acte de leur dépendance à l'égard des ressources à l'échelle des bassins versants ou des grandes unités physiographiques, dans la nouvelle logique d'un maintien des potentiels et d'un respect de la biodiversité. De là, la structure de gestion du territoire proposée repose sur le concept de planification écosystémique, en d'autres termes l'unité d'intervention n'est plus la ville ou l'agglomération urbaine, mais bien l'unité physiographique ou naturelle (Tomalty et aI., 1994).
Un deuxième point apparaît important. C'est la volonté de restaurer Ou de concevoir des paysages dits écologiques (Hough, Stansbury and Michalski Limited, 1990). Concrètement, il s'agit de rétablir la succession écologique, aider à la conservation à la restauration du patrimoine arboré (espèces, communautés, écosystèmes), de façon à réengager les processus naturels. De là, même en pleine ville, l'objectif est d'arriver à un stade proche de la vie sauvage (urban wildlife). Plus encore, on accorde une importance nouvelle à une nature a proprement urbaine, celle de la friche (urban wilderness). Bois, milieux humides, littoraux, marais, prairies apparaissent comme des entités d'intervention qui viennent en quelque sorte structurer la forme urbaine et le modèle de gestion politique.

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