Dans la tête
Mots clés : Canadien de Montréal, Martin Biron, Hockey, Sport, Canada (Pays), Québec (province)

Photo: Jacques Nadeau
Reconnaissons qu'il faut un certain sans-gêne pour procéder ainsi, surtout avec un gars de 20 ans. Voilà d'ailleurs un constat qui semble avoir chuté sur les partisans de Canadien au cours des derniers jours. Avant, c'était Jesus Price et qu'est-ce qu'il est gros le Carey et par ici la bonne coupe et toutes ces choses, puis est survenu un renversement de la vapeur*. Maintenant, il a 20 ans. Selon des sources, Carey Price n'a jamais été âgé de plus de 20 ans, mais bon, on en est désormais persuadé, il n'a que 20 ans. Ce «n' que» est essentiel pour comprendre la délicatesse de la situation. Vous souvient-il d'avoir eu 20 ans? C'était certes le bon temps, mais imaginez si des milliers de gens avaient collé des drapeaux de vous sur leur char et attendu que vous leur procuriez un bonheur intense dans l'exercice de votre emploi d'été, auriez-vous su vous montrer à la hauteur? Je ne veux pas répondre à votre place, mais j'ai ma petite idée à ce sujet.
(* Si jamais il vous arrive de renverser de la vapeur, ne partez pas en peur comme les fans de Canadien. C'est relativement peu salissant, et cela peut même entraîner un réchauffement de l'atmosphère.)
Donc, ils sont entrés dans sa tête, et comme une tête de 20 ans -- Carey Price a 20 ans, notez-le pour vos archives -- est déjà, même si on n'y trouve personne, encline à l'ébouriffure, voilà ce que ça donne. Difficile de montrer ce que vous avez dans le ventre quand un Umberger vous envahit le ciboulot.
Voyons par ailleurs ce qui se passe de l'autre côté. Canadien éprouve déjà de la difficulté à manoeuvrer en zone neutre, notamment mais non exclusivement à cause de la trappe. Et quand il arrive dans le territoire adverse, il tient son bâton trop serré, il lance d'angles trop aigus, et lorsqu'il tire d'angles obtus, il le fait de loin et télégraphie son geste. En effet, bien que sport rapide par excellence, le hockey sur glace professionnel n'a pas encore intégré les communications postmodernes dans son vocabulaire. On télégraphie un geste, on envoie les deux points par la poste, les arbitres disposent d'un archaïque réseau avec fil pour parler aux juges vidéo, alors qu'au fond, il serait plus logique de dire que le gardien ayant reçu instantanément l'avertissement qu'un boulet s'en venait, le défenseur a texte-messagé son lancer. «Courrieller une feinte» pourrait aussi être accepté.
Des problèmes d'organisation, en somme, qui n'empêchent toutefois pas Canadien de dominer outrageusement l'ensemble du jeu. Mais le vrai problème, c'est que même quand tout fonctionne et qu'on obtient une bonne chance de marquer, Martin Biron se trouve inévitablement dans le chemin.
On en attendait un, l'autre est arrivé. Avant le début de la série, révélaient les analyses scientifiques, Carey Price devait mettre Martin Biron, éternel réserviste jusqu'à la présente saison -- ce qui montre que si l'éternité est longue, surtout vers la fin, elle a bel et bien une fin, et tout ce qu'on vous a raconté à l'église quand vous étiez petits n'était que billevesées et calembredaines --, dans sa poche de derrière. Il était normal de penser ainsi, à la condition d'oublier une donnée fondamentale: Biron a 30 ans. Cela lui confère un avantage immense rapport à l'accessibilité à la tête. Plus encore: Biron aura 31 ans avant que Price n'en ait 21. La veille, en fait. Car vous ne le saviez pas parce que vous ne consultez pas assez les tableaux statistiques, mais Martin Biron est né le 15 août 1977 et Carey Price le 16 août 1987. Avec toutes ces histoires de trucs avec pas de lendemain, je pense qu'on a ici une occurrence de la plus haute perplexité.
Oui, Biron est toujours dans le chemin, parce qu'il est bien placé, parce qu'il regorge de confiance, mais surtout parce que, attention on entre ici dans une région obscure, je nourris l'intime conviction que Biron est entré dans la tête de Canadien.
Pas sûr? Examinons les faits. Match numéro 4 de la série, Guy Carbonneau remplace Price par Jaroslav Halak. Or, si on a bien suivi le magistral exposé qui précède, on sait que le Philadelphie occupe la tête de Carey Price. Price est tranquillement assis au banc. Normalement, le Philadelphie devrait passer toute la rencontre à se la couler douce, à regarder aller Canadien depuis le bord de la patinoire. Mais comme toujours, on se retrouve à 2-0 Flyers en troisième période, Canadien est fru, et le Philadelphie gagne la joute. Ce n'est pas un hasard, non messieurs dames. Même à 2-2, c'est parce qu'il avait Biron dans sa tête que Steve Bégin a écopé d'une punition cruciale.
(Les plus anciens se souviendront à cet égard de la vieille toune de Garolou qui commençait par les mots «Quand Biron rentra... ». Visionnaire.)
Résultat: contre toute attente, le Philadelphie mène 3-1 dans la série et Canadien surplombe le précipice. Il lui reste une chance, mais il doit gagner trois matchs de suite, sinon il faudra répondre à la dure question: qu'est-ce que ça donne de finir en tête si c'est pour se la faire entrer dedans? En attendant, comme disait le poète des ondes, la ville est knockée.
Vos réactions
Le Dion du stade... - par Mathieu Blain
Le samedi 03 mai 2008 19:00
Plus d'argent à faire... - par michel rheault
Le samedi 03 mai 2008 14:00
Tiré par les cheveux mais vrai - par Jean Le May
Le samedi 03 mai 2008 10:00
Pulitzer - par François Boulianne
Le samedi 03 mai 2008 09:00
intéressant - par richard desrochers (roumbec2@videotron.ca)
Le samedi 03 mai 2008 06:00

