Hors de l'OPEP, point de salut pour la production

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AFP
Édition du samedi 03 et du dimanche 04 mai 2008

Mots clés : OPEP, pétrole, Énergie, Économie, France (pays)

Les installations pétrolières de Nefteyugansk, en Russie. La Russie produit actuellement environ 9,5 mbj de brut et dispute à l'Arabie saoudite la place de premier producteur mondial d'or noir. La croissance future de sa production reste toutefois une grande inconnue.

Photo: Agence Reuters

Paris -- Les pays producteurs de pétrole hors OPEP, comme la Russie et les États-Unis, ne sont pas en mesure d'accroître leur offre suffisamment pour faire baisser les prix du brut, à cause d'une forte demande interne, d'investissements trop faibles et de gisements qui s'épuisent.

À court terme, «aucun pays non-OPEP [Organisation des pays exportateurs de pétrole] n'est en mesure de produire plus. Ils vendent tout le pétrole qu'ils peuvent», souligne Francis Perrin, directeur de la rédaction de la revue Pétrole et Gaz arabes. À l'inverse, l'OPEP dispose d'une réserve de production d'environ deux millions de barils par jour (mbj), essentiellement aux mains de l'Arabie saoudite, même si le cartel refuse pour l'instant de pomper plus.

À plus long terme, les pays hors OPEP, qui représentent 60 % de l'offre mondiale, ne semblent pas non plus en mesure d'augmenter significativement leur offre pour répondre à la croissance de la demande mondiale. «Nous anticipions jusqu'à peu une hausse de la production hors OPEP mais tout le monde revoit en baisse ses prévisions à cause de déceptions cette année au Mexique, en Russie et au Brésil», explique Mike Wittner, de la Société Générale.

«On table sur une production stable sur 2011-12», poursuit David Fyfe, de l'Agence internationale de l'énergie, qui représente les intérêts énergétiques des pays industrialisés. «Il y a quelques sources d'augmentation de l'offre à long terme, comme au Kazakhstan, au Brésil, ou au Canada, mais elles peinent à compenser le déclin de gisements» britanniques et norvégiens en mer du Nord, souligne M. Perrin.

Aux États-Unis aussi, «le développement des gisements offshore dans le golfe du Mexique ne suffit pas à compenser le déclin d'autres gisements plus anciens», ajoute-t-il.

Certains pays pâtissent d'un manque d'investissement, comme le Mexique, où la compagnie nationale Pemex verse la totalité de ses bénéfices à l'État, ce qui la prive de moyens de prospection. D'autres champs à fort potentiel souffrent de conditions d'exploitation difficiles, comme celui de Kashagan au Kazakhstan (grande profondeur, forte teneur en soufre, etc.). Plus grosse découverte pétrolière au monde depuis la fin des années 1960, Kashagan devrait produire à terme près de 1,5 mbj, mais son exploitation ne cesse d'être reportée et ne démarrera pas avant fin 2011.

Le Canada, avec ses sables bitumineux, constitue la plus importante réserve prouvée d'or noir de la planète derrière l'Arabie saoudite, mais l'exploitation de ce pétrole extra-lourd pose des problèmes techniques qui tardent à être résolus.

Des inconnues

De nombreuses zones restent encore sous-explorées, comme en Afrique, mais, si les cours élevés du brut ont gonflé les caisses des compagnies pétrolières, les coûts ont doublé en quatre ans, freinant la recherche de nouveaux gisements.

La Russie, qui produit actuellement environ 9,5 mbj de brut et dispute à l'Arabie saoudite la place de premier producteur mondial d'or noir, reste «un immense point interrogation», note M. Perrin. «Nous prévoyons une croissance de la production en Russie, mais faible, et loin des taux à deux chiffres du début de la décennie», remarque M. Witter. «Les investissements sont insuffisants et ce n'est pas le pays le plus attractif pour les sociétés étrangères», remarque M. Perrin, précisant qu'il «y a énormément de zones inexplorées, surtout en Sibérie orientale, mais ce territoire est gigantesque et difficile à exploiter».

Pour Jean-Marie Chevalier, professeur à l'université Dauphine, «notre dépendance vis-à-vis de l'OPEP va donc encore augmenter».


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