Contrer les allergies - Le taux de productivité des travailleurs allergiques non traités chute de 26 %
Mots clés : allergies alimentaires, immunothérapie, santé, Québec (province)
L'immunothérapie ne convient toujours pas aux allergies alimentaires

Photo: Agence France-Presse
Le tout premier traitement est simple et n'est pas médical. Il s'agit de l'évitement. Une personne allergique aux chats évitera d'aller chez des personnes possédant un chat. Idem pour les rhinites saisonnières: le pique-nique à l'extérieur lors des périodes de pollinisation est à éviter.
Quant aux allergies alimentaires, il faut éviter tout contact avec l'aliment en question. Mais ici la chose se complique. «La transformation des aliments a fait en sorte que les producteurs ont rajouté des substances aux aliments, comme des arachides, des noix et des graines de sésame, explique le docteur Michel Petit, ce qui fait qu'il est parfois difficile d'éviter un aliment allergène.» De plus, il suffit souvent d'une infime trace de l'aliment allergène pour provoquer une réaction allergique, allant parfois même jusqu'au choc anaphylactique. Ce dernier se traite par l'injection d'adrénaline, ou épinéphrine. Des seringues d'adrénaline auto-injectable sont disponibles sur le marché et les personnes susceptibles de subir un choc anaphylactique doivent les avoir sur elles en tout temps.
Les traitements possibles
Dans le cas des allergies alimentaires, il n'existe actuellement pas de traitement autre que l'évitement. Par contre, ce n'est pas le cas en ce qui concerne les allergies respiratoires. «Dans le cas des allergies aux acariens et aux moisissures causées par l'humidité, un meilleur contrôle environnemental de la maison suffit souvent à éliminer les allergènes. On doit aussi mettre de côté l'usage de produits polluants ou irritants.»
Pour ce qui est des allergies respiratoires, plusieurs traitements sont disponibles et donnent de bons résultats. Le premier traitement est la prise de médicaments antihistaminiques. Plusieurs de ces antihistaminiques, comme Cleartin, pour ne nommer que celui-ci, sont en vente libre dans les pharmacies. «Les antihistaminiques soulagent parce qu'ils diminuent les symptômes de l'allergie. Mais ils ne s'attaquent pas à la cause de l'allergie.» Ils conviennent surtout aux personnes dont les allergies ne provoquent pas de symptômes très prononcés. «On peut aussi s'en servir de façon préventive, et par exemple en prendre avant d'aller chez une personne qui possède un chat si on est allergique aux chats.»
Un second traitement plus efficace est l'anti-inflammatoire, très souvent un corticostéroïde. «Ce sont des anti-inflammatoires à action locale que l'on inhale grâce à un vaporisateur nasal. Ces médicaments sont plus efficaces que les antihistaminiques car ils s'attaquent directement à la réaction inflammatoire. Mais ce sont des médicaments sous ordonnance et il faut donc consulter un médecin avant de les obtenir.»
L'immunothérapie
Certaines allergies, notamment les allergies au pollen, peuvent être traitées par immunothérapie. L'immunothérapie consiste à injecter à la personne souffrant d'une allergie de petites doses de l'allergène en cause. On augmente progressivement la dose et, avec le temps, l'organisme se désensibilise et ne réagit plus ou réagit moins à la présence de l'allergène. «Dans le cas d'une allergie au pollen, en particulier celui des graminées et de l'herbe à poux, le taux de succès est de 75 %.»
Pour le moment, l'immunothérapie ne convient pas aux allergies alimentaires. Par contre, les personnes allergiques aux piqûres de guêpe et d'abeille peuvent profiter de ce traitement. «Ces traitements d'immunothérapie pour les piqûres de guêpe sont disponibles dans les cliniques d'allergie des centres hospitaliers et le taux de succès est de 97 %. Par contre, comme il reste 3 % et que le choc anaphylactique pourrait se produire, les personnes qui suivent ces traitements doivent tout de même garder sur elles en tout temps leur seringue d'adrénaline.»
Il existe aussi des cas de désensibilisation spontanée. C'est le cas des enfants allergiques aux oeufs et au lait. «En donnant à ces jeunes enfants une diète d'évitement, on s'est aperçu que certains enfants, avec le temps, étaient devenus insensibles à ces deux allergènes.»
À venir
Cela veut-il dire qu'un jour l'immunothérapie pourrait être efficace contre les allergies alimentaires? «La recherche dans le domaine des allergies alimentaires à ce sujet est encore très embryonnaire. Mais rien n'indique que cela ne sera pas possible un jour. La science médicale avance à grands pas. On n'a qu'à comparer les médicaments pour contrôler l'hypertension dont on disposait il y a 30 ans avec l'arsenal d'aujourd'hui.»
La recherche en immunothérapie porte surtout sur la façon d'administrer le traitement. «Ce n'est pas encore sur le marché, mais on pourra bientôt administrer un traitement d'immunothérapie de manière sublinguale plutôt que par injections. Ce sera évidemment moins invasif.»
Les allergies ont des conséquences négatives pas seulement pour les personnes qui en souffrent, puisque l'entourage est aussi affecté, comme le milieu de travail. «Des études ont démontré que le taux de productivité des travailleurs allergiques non traités chute de 26 %. Ce n'est pas l'absentéisme qui est en cause ici. Les personnes se présentent au travail, mais elles sont là sans être là. Les symptômes les empêchent de bien se concentrer, et comme les allergiques ont souvent un sommeil plus difficile, ils se présentent au travail moins en forme.»
Les allergies commencent donc à préoccuper les grandes entreprises, qui y voient là une autre source de perte de productivité. Surtout que des études américaines indiquent que, chez certaines entreprises, le taux d'allergiques est très élevé, allant de 22 % chez les employés d'une entreprise comme Bank One jusqu'à 37 % chez les employés de Dow Chemical. «Ces grandes entreprises aux États-Unis sont partie prenante de l'assurance santé de leurs employés, et la santé en milieu de travail devient pour elles une priorité.» Selon le docteur Petit, il s'agit là d'un courant qui prend de l'ampleur et qui mènera peut-être à un meilleur dépistage et un meilleur traitement des allergies.
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Collaborateur du Devoir
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