Des midis sur l'environnement - «La liberté de consommer, c'est aussi la liberté de ne pas le faire»
Mots clés : environnement, Michel Jébrak, Acfas, Science, Québec (province)
Une réflexion publique sur l'avenir de cette planète nommée Terre

Une situation, dit-il, qui continuera à nourrir des crises, «en particulier pour certaines substances stratégiques. La concentration des compagnies est également un problème. D'autant que leur approvisionnement [en énergie] sera de plus en plus difficile à combler en raison d'un manque de gisements découverts. Ce n'est pas qu'il n'y en a pas, c'est que l'on n'a pas investi assez pour en trouver...»
Exploiter ou développer?
Comment peut-on concilier l'exploitation des ressources minérales avec les principes directeurs du développement durable? «En responsabilisant non seulement les compagnies et les gouvernements, mais aussi les consommateurs. Beaucoup de travail reste à faire pour sensibiliser les personnes vivant dans les régions urbaines, qui composent plus de la moitié de la population mondiale. Ces personnes ont perdu leur lien avec la nature. Et qui sait qu'un Nord-Américain qui naît aujourd'hui consommera plus de 300 000 litres de pétrole, 20 tonnes de minerai de fer, 15 tonnes de sel ou encore 266 tonnes de charbon au cours de sa vie? Il faut être plus efficace et plus responsable», suggère M. Jébrak dans le cadre d'une entrevue conduite par courriel depuis la France, où il séjournait.
Ne trouvez-vous pas que la notion de développement durable est galvaudée par les temps qui courent, pour ne pas dire qu'on s'en sert à toutes les sauces, histoire de faire bonne mesure? «Oui. Certains diront que cette notion est un oxymoron. Cependant, les spécialistes du développement durable -- je pense aux travaux de Corinne Gendron [professeur-chercheur à l'UQAM] -- proposent une véritable définition de la notion de développement durable. Si seulement on prenait la peine de les écouter, on comprendrait mieux! Il y a toujours trois volets à cette notion, soit l'économique, l'écologique et l'aspect social. Et plusieurs tentent d'en oublier une grande partie», conclut-il.
Responsabilité citoyenne
Galvaudée, la notion de développement durable? «C'est bien sûr», confirme à son tour Claude Villeneuve, professeur à l'Université de Québec à Chicoutimi, qui entretiendra son auditoire sur la responsabilité personnelle au regard des changements climatiques. «Le développement durable est, dans les faits, une série d'intentions proposant de voir les choses dans une large perspective, d'être prudent et généreux et de porter la responsabilité de ses actes. Mais tous ces éléments existent depuis le début de la civilisation, depuis l'aube de l'humanité. Peu importe comment on l'appelle. Moi, vous savez, les chicanes sémantiques, à savoir si c'est du développement durable, viable, soutenable... whatever, je ris de ça.»
Ah bon? «Écoutez, on vit dans un monde où l'on perd beaucoup de temps à préciser quelque chose qui sera toujours flou. On ne peut pas penser le développement durable, on ne peut que juger de la durabilité du développement après coup.» En clair, dit-il, il faut revenir à l'essentiel, soit miser sur la responsabilité citoyenne envers son environnement immédiat.
«Il existe, poursuit M. Villeneuve, plusieurs pistes de solutions qui s'offrent aux humains pour réduire les facteurs qui provoquent les changements climatiques. Et puis, on ne peut pas toujours s'en remettre au système pour régler les problèmes; il nous faut, à titre individuel, être en mesure de se "policer" pour aboutir à des résultats concrets. Vous savez, on vit dans une société où les dépenses personnelles sont plus élevées que les revenus. Eh bien, la liberté de consommer, c'est aussi la liberté de ne pas le faire.»
Et le pétrole, dans tout cela?
Dans cette optique, on a en effet le loisir de ne pas (ou moins, soyons réalistes) consommer de pétrole. De toute manière, le pétrole n'en a pas pour très longtemps, c'est du moins ce que vous dira en long et en large Gaétan Lafrance, professeur honoraire à l'INRS, qui a d'ailleurs publié chez Multimondes un livre intitulé Vivre après le pétrole, mission impossible?
Cet ouvrage avance que, d'ici 15 à 20 ans, peut-être avant, l'humanité aura consommé la moitié des réserves ultimes de pétrole. À peine une décennie plus tard, le même sort attend le gaz naturel. La vie après le pétrole, poursuit-on, est difficilement imaginable, non pas tant à cause du manque d'options de rechange techniques, économiques et physiques, mais en raison de la rigidité des comportements sociaux et des structures organisationnelles. Plus encore, lit-on, la mollesse généralisée de la communauté internationale devant le principal problème à résoudre en ce XXIe siècle, soit gérer la décroissance des combustibles fossiles, fait peur.
Ainsi, M. Lafrance abordera notamment cette question dans l'optique de sa communication acfassienne intitulée «Une planète en quête d'alternatives énergétiques». «L'hypothèse que j'avance, dit-il, c'est que l'âge du pétrole sera suivi par celui de l'électricité. Je crois que chaque communauté dans le monde aura son propre modèle d'approvisionnement énergétique qui sera basé sur l'électron, et le modèle québécois sera considéré comme une référence.» M. Lafrance estime aussi que le défi mondial à l'échelle de la gouvernance, afin d'assurer un avenir durable pour la planète, «est de respecter le protocole de Kyoto». Voilà autant de thèmes qui seront abordés aux midis de l'Acfas le temps de casser la croûte... terrestre.
- Aux midis de l'Acfas, dès 12h15, seront étudiés les changements climatiques le 5 mai avec Claude Villeneuve, les options de rechange énergétiques le 6 mai avec Gaétan Lafrance, les ressources minérales le 7 mai avec Michel Jébrak. Aussi, Ghislain de Marsily, de l'université Pierre-et-Marie-Curie, interviendra le 8 mai sur les ressources en eau.
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Collaborateur du Devoir
Vos réactions
Quand vous en aurez assez marre, vous comprendrez !!! - par Fernand Trudel (trudel.f@videotron.ca)
Le dimanche 04 mai 2008 13:00
Responsabilité citoyenne, c'est bien, mais la responsabilité gouvernementale et scientifique? - par Tim Yeatman
Le samedi 03 mai 2008 08:00
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