Le profil de l'excellence littéraire au CALQ - Qu'est-ce qu'un bon dossier de candidature?
Mots clés : littérature, Acfas, CALQ, Livre, Culture, Québec (province)
Plus de 50 % des candidats ont une formation universitaire en littérature

Photo: Jacques Grenier
Il semble que le Conseil des arts et lettres du Québec (CALQ) ait très bien collaboré à l'étude. «Ils m'ont ouvert leurs portes et j'ai pu me fondre dans l'équipe responsable de l'évaluation des candidats. J'ai pu regarder les dossiers, assister aux négociations, à la prise de décisions et poser des questions aux membres du jury. Toutefois, j'ai dû promettre de faire en sorte qu'aucun élément que je révélerai dans mes rapports de recherche ne permette d'identifier les candidats», précise Mme Misdrahi-Flores.
Des candidats reconnus et formés
L'étudiante au doctorat est donc maintenant en mesure de révéler quelques résultats préliminaires évocateurs. D'abord, est-ce qu'il faut être un écrivain bien établi pour recevoir l'appui du CALQ?
«En fait, un peu plus de 70 % des candidats avaient déjà reçu au moins une bourse du CALQ ou du Conseil des Arts du Canada. Ainsi, on peut déduire que plusieurs avaient déjà une certaine reconnaissance dans leur milieu», indique Marian Misdrahi-Flores.
La chercheuse s'est aussi intéressée à la formation des candidats. Rapidement, on se rend compte que la majorité est très scolarisée, particulièrement dans le domaine de la littérature.
«Ce sont 23 % des candidats qui ont complété un baccalauréat en littérature, alors que 33,5 % ont une maîtrise ou un doctorat dans le domaine. C'est donc plus de 50 % des candidats qui ont une formation universitaire en littérature», remarque Mme Misdrahi-Flores.
Parmi les autres candidats, la grande majorité a tout de même une formation universitaire dans des domaines connexes ou non. «Près de 22 % ont terminé des études universitaires de premier ou de deuxième cycle en journalisme, communication ou sciences sociales. De plus, 8 % ont une formation universitaire dans un autre domaine», ajoute l'étudiante au doctorat.
D'après la recherche réalisée, un peu moins de 10 % des candidats ont complété des études secondaires ou collégiales. «Et parmi ces 10 %, seulement 12,5 % ont finalement eu une bourse, alors que 18,5 % des gens qui ont une maîtrise ou un doctorat en littérature en ont bénéficié. Évidemment, lorsque les membres du jury prennent leurs décisions, ils ne regardent pas ces critères. Ils aiment ou ils n'aiment pas une oeuvre! Mais on peut quand même en déduire que la création n'est pas seulement une question d'inspiration, mais qu'il y a aussi souvent derrière une formation universitaire qui apporte quelque chose à l'auteur», croit Mme Misdrahi-Flores.
Les avantages de Montréal
Et maintenant, regardons le lieu de résidence des candidats. La concentration d'artistes dans la région métropolitaine semble très importante, d'après les chiffres de la chercheuse: près de 74 % des candidats habitent à Montréal, contre à peine plus de 26 % pour le reste du Québec. «Et parmi les candidats qui habitent à Montréal, plus de 22 % ont réussi à obtenir une bourse, contre à peine plus de 13 % des auteurs en région», indique Mme Misdrahi-Flores.
Évidemment, il reste encore beaucoup de travail à faire pour donner en détail les raisons qui expliquent ces résultats, mais, déjà, la chercheuse peut tracer quelques grandes lignes.
«À Montréal, c'est plus facile d'avoir de la diffusion et cela joue en faveur des candidats. De plus, comme il y a une concentration d'artistes, les possibilités de se créer un réseau sont meilleures et ces contacts semblent enrichir le créateur et améliorer sa visibilité, alors qu'en région l'écrivain est plus isolé. Enfin, il semble que les candidats montréalais soient plus exposés aux nouveautés littéraires par la grande présence de librairies, de bibliothèques et de médias, ce qui favorise également le candidat», explique-t-elle.
Comme les membres du jury sont eux-mêmes des écrivains, le danger de tomber dans le favoritisme est toutefois bien réel. «C'est certain qu'aucun système n'est parfait. Le CALQ n'est pas aux prises avec des problèmes d'ingérence politique, mais il est évident que la littérature québécoise est un petit milieu, alors tout le monde se connaît. Chaque membre du jury doit donc faire un grand effort d'objectivité», ajoute-t-elle.
Encore beaucoup de variables à déterminer
Marian Misdrahi-Flores doit encore travailler ses données récoltées pour en faire sortir d'autres tendances marquées. «Je dois analyser les résultats de mes entrevues avec les membres du jury et les notes que j'ai prises pendant le processus de sélection à propos des arguments donnés et des critiques soulevées pour chacun des candidats. J'espère finalement arriver à comprendre dans l'ensemble quels sont les critères qui font une bonne candidature et quels sont les traits et caractéristiques communs à tous les bons candidats.»
Toutefois, la chercheuse désire mettre un bémol lorsqu'il est question de bonnes candidatures. «Un très bon dossier de candidature ne signifie toutefois pas nécessairement que l'écrivain a reçu une bourse. D'ailleurs, le manque de fonds était un objet de frustration pour plusieurs membres du jury. Parce que, au CALQ, toutes les candidatures ne méritent pas une bourse, mais toutes celles qui en mériteraient n'y ont pas toujours droit, faute de fonds.»
L'an dernier, Mme Misdrahi-Flores avait présenté au congrès de l'Acfas les résultats d'une recherche du même genre qu'elle avait réalisée au CALQ, mais dans le monde des arts visuels.
- Marian Misdrahi-Flores présentera Le profil de l'excellence en lettres contemporaines: l'évaluation de la qualité littéraire au Conseil des arts et lettres du Québec (CALQ) le lundi 5 mai, en ouverture de «Littérature et institution» dans le cadre du colloque «Arts, littérature et société».
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Collaboratrice du Devoir
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