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Détournement de richesse immoral

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Pierre Germain
Envoyé Le vendredi 02 mai 2008 10:00



Le recensement 2006 de Statistique Canada constate ce que tout le monde savait déjà : les riches s'enrichissent tandis que les pauvres s'appauvrissent. Cette constatation navrante n'est pas unique au Canada; elle se confirme en général à travers le monde. En fait, l'indiscutable mondialisation résulte en l'alignement de la pauvreté sur celle des plus pauvres de la planète, alors que ceux déjà largement nantis voient leur richesse croître vers le niveau de celle des plus riches.

Par ailleurs, la façon dont sont présentés les chiffres du recensement 2006 est trompeuse. On peut en effet y lire que les gains annuels médians des Canadiens travaillant à temps plein, en dollars constants de 2005, n'ont augmenté que de 53 $ en 25 ans (soit de 1980 à 2005). Jusqu'ici, cela semble ennuyeux mais pas catastrophique, car si on n'a pas vraiment avancé, on n'a pas reculé non plus. Or, au Canada, le PIB est en général plus élevé que l'inflation. Par exemple, de 1998 à 2007, le PIB annuel moyen a été de 2,6 % alors que l'inflation était de 2,3 %. Donc, au net, il se crée de la richesse. Pas beaucoup, vous me direz : seulement 0,3 % par année. Mais 0,3 % par année, composé sur 25 ans, ça fait tout de même une augmentation totale de 7,8 %.

Mais si la richesse ainsi créée n'a profité ni à la classe moyenne, qui fait du sur-place, ni aux classes gagnant le moins, qui reculnt, à qui a-t-elle bien pu profiter? Eh oui, il n'y a qu'une réponse possible : en pratique, la richesse créée n'a profité qu'à ceux qui gagnaient déjà le plus. Donc, non seulement les moins bien nantis gagnent moins, en plus la richesse créée ne profite qu'aux plus riches!

À ce compte là, pas étonnant que les lucides - qui sont parmi les mieux nantis - veulent voir la classe moyenne travailler plus d'heures et augmenter sa productivité : les lucides seront les seuls à profiter d'un tel gain de productivité. Et pas étonnant non plus que la classe moyenne refuse de travailler plus pour les mêmes gains en bout de ligne.

Il n'est certes point besoin de faire une telle argumentation économique pour voir qu'il se passe des choses immorales. Les hauts dirigeants d'entreprise qui, eux, ont vu leurs gains réels décupler ces dernières années, souvent n'augmentent le salaire annuel de leurs employés qu'en deçà du coût de la vie. En passant, cet état de fait prévaut au gouvernement du Québec, lequel contribue ainsi au clivage des classes.

Mais à quoi d'autre peut-on s'attendre face à nos gouvernements qui ont abdiqué leurs pouvoirs en faveur des puissances économiques transnationales et du néo-libéralisme?

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