Le pouvoir d'achat des travailleurs a augmenté de 53$ en 25 ans
Mots clés : pouvoir d'achat, Économie, Québec (province), Canada (Pays)
Un petit dollar par semaine: c'est là toute l'augmentation réelle du pouvoir d'achat que le travailleur moyen canadien à temps plein a pu obtenir en 25 ans au Canada. Une stagnation qui cache aussi de fortes inégalités qui rendent les riches plus riches et les pauvres plus pauvres au pays.
Traduits en dollars de 2005, les travailleurs canadiens (qui représentent essentiellement la classe moyenne) gagnaient 41 348 $ il y a 25 ans. Aujourd'hui, la somme s'élève à 41 401 $. Une différence de 53 $ qui représente à peine de quoi faire un plein d'essence.
Dans la province, le travailleur de cette catégorie gagnait pour sa part 39 938 $ en 1980, contre 37 722 $ en 2005. Cette somme classe le Québec au quatrième rang dans le tableau des gains médians.
À l'échelle nationale, l'apparente stabilité des gains médians traduit mal la situation réelle de plusieurs Canadiens. Car les 20 % de travailleurs qui composent le quintile supérieur des revenus d'emploi ont vu leurs gains augmenter de 16,4 % en 25 ans. Il y a ainsi 6,5 % des travailleurs à temps plein qui gagnent aujourd'hui plus de 100 000 $ par année. C'est le double de la proportion de 1980. À l'inverse, le quintile qui ferme la marche des revenus d'emploi a subi une baisse de 20 %.
«C'est un chiffre important, même énorme, quand on parle d'un pouvoir d'achat diminué de 20 %, note l'économiste Nicolas Marceau, professeur à l'UQAM. C'est impossible de nier que les inégalités augmentent au pays.»
Tout comme il faut conclure que le Québécois «moyen», celui qui se trouve exactement au milieu de la distribution des revenus, s'est appauvri depuis 25 ans, ajoute René Morisette, économiste senior à Statistique Canada. Mais l'analyste relève une particularité dans la situation québécoise.
Statistique Canada a en effet observé qu'en ce qui concerne les revenus médians (salaire, prestations, placements, etc.) avant impôt des familles de deux personnes et plus, le Québec vit une situation inversée de la moyenne nationale.
Entre 1980 et 2005, ces familles ont noté une augmentation de leurs revenus de l'ordre de 7,5 %, pour atteindre 59 700 $. La quintile le plus haut a des revenus de 125 000 $ (une augmentation de 13 %), et le quintile le plus bas engrange 23 800 $ (+ 23 %).
Dans cette même catégorie des revenus des familles, la moyenne nationale indique quant à elle que les mieux nantis ont eu une bonification de 23 % de leurs revenus, contre 15 % pour les moins bien nantis (médian de 11,1 %).
«Cela tend à démontrer que la croissance des inégalités a été moindre au Québec qu'ailleurs au Canada en ce qui concerne le revenu familial», estime M. Morisette.
Sauf qu'il ne faut pas se leurrer: si les revenus des familles augmentent, c'est simplement parce que les femmes sont plus présentes sur le marché du travail. «L'individu ne gagne pas plus qu'en 1980. Les salaires des travailleurs ont peu changé au fil des ans. Mais la présence des femmes fait en sorte qu'il y a maintenant davantage de couples avec deux gagne-pain. Ils ont de meilleurs revenus mais doivent faire des sacrifices dans leurs loisirs.»
Mouvements
Plusieurs facteurs expliquent cette stagnation relative des gains des travailleurs, indique René Morisette. «On ne sait pas exactement pourquoi les gains sont stables, mais il y a quatre facteurs qui entrent en ligne de compte.»
Il cite l'introduction de l'informatique, qui a augmenté la demande de travailleurs qualifiés (salaires élevés) tout en diminuant celle des travailleurs non qualifiés (salaires bas); l'augmentation de la concurrence entre les entreprises, qui sont incitées à réduire les coûts de production et les salaires des employés; l'augmentation des échanges dans le commerce international; et finalement, la baisse du taux de syndicalisation, alors que les syndicats assurent des salaires au moins 10 % plus élevés selon M. Morisette.
«Ces changements ont tous fait augmenter ou baisser les salaires depuis 25 ans, dit-il. Mais comme plusieurs sont survenus à peu près au même moment, on n'arrive pas à déterminer lequel fut le plus important. Par exemple, le commerce international a pu stimuler la création de bons emplois, mais les échanges ont fini par faire baisser les salaires.»
Impôts
Les données dévoilées hier permettent aussi de connaître pour la première fois dans le cadre d'un recensement le revenu après impôt des familles, ce qui donne un plus juste reflet de leur pouvoir de dépenser. Statistique Canada a calculé que 11,4 % de la population totale a un faible revenu une fois l'impôt payé. Quelque 900 000 enfants vivent ainsi dans la pauvreté.
Aussi, l'ensemble des familles économiques ont touché un revenu médian de 57 178 $ après impôt.
On remarque de cette manière que le passage de l'impôt rétablit un peu le déséquilibre entre les quintiles des extrêmes. Avant impôt, les plus riches ont en moyenne 5,9 fois les gains des moins riches. Après impôt, le ratio est ramené à 4,8 fois.
«En apparence, le système fiscal joue son rôle de Robin des Bois, évalue Nicolas Marceau. Mais ça, c'est seulement si on tient compte de l'impôt traditionnel. Il y a toutes sortes d'autres impôts qu'on paie, la TPS, la TVQ, l'impôt foncier, où il n'y a à peu près aucune gradation. Au final, quand on regarde le portrait global, le système fiscal canadien n'est pas particulièrement redistribuant.»
Autrement, la montagne de statistiques rendues publiques hier indique aussi qu'il existe toujours un écart de 15 % entre le salaire des jeunes femmes de 25 à 29 ans et leurs collègues masculins du même âge; que l'écart entre les revenus d'emploi des immigrants récents et des Canadiens de naissance ne cesse de croître; que les mères de famille monoparentale touchaient 36 700 $ en 2005, soit le plus bas revenu médian de tous les grands types de familles économiques.
Statistique Canada produira un dernier rapport d'analyse du recensement dans un mois. Plus court, il concernera la question du logement, à peine effleurée dans le document d'hier.
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