Ce Sud si cher à Michel Gassier

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Jean Aubry
Édition du vendredi 02 mai 2008

Mots clés : Michel Gassier, Alcool, France (pays)

Il a un peu la tête de Sarkozy, ce Michel Gassier, peut-être a-t-il aussi son caractère. Une chose est certaine: il aime le vin. Attablé cette semaine en sa compagnie et celle de son oenologue Philippe Cambie, consultant au domaine depuis 2006 et lui aussi doté d'une forte personnalité, j'avais déjà devant moi toute l'histoire du vin résumée par l'entremise du profil de ces messieurs. Dis-moi quel vin tu fais et je te dirai qui tu es. Le vin? Il assure, dans le sens qu'il a de l'assurance, les racines à la fois inspirées du souvenir de quelques générations de Gassier et bien ancrées dans les terroirs chauds des Costières de Nîmes.

«Le travail des sols est obligatoire», diront conjointement l'ingénieur agronome Gassier et son oenologue, qui oeuvre aussi du côté de Châteauneuf-du-Pape. «Nous n'avons pas le choix, sur ces sols chauds de l'appellation, de travailler avec cette perspective de faire plonger les racines en profondeur, car ici plus qu'ailleurs, il faut être performant en viticulture, sinon on ne peut pas faire de vin.» L'équation est complexe, car fraîcheur d'ensemble et maturité accomplie des tanins sans titre alcoolique excédentaire demeurent une priorité pour préserver tout l'éclat du fruité. Sans conteste, les cuvées dégustées livrent la marchandise.

Trois d'entre elles sont inscrites en produits réguliers au prix doux de 14,50 $. Le Château de Nages rosé 2007 (n° 427625, ***, 1) constitue, avec le Pétale de Rose de Régine Sumeire et le Domaine de Gournier de Maurice Barnouin, ma ration annuelle de rosé, toutes saisons confondues. Dominante de syrah (plus grenache) avec «infusion» lente à froid qui permet de clarifier le fruit et de personnaliser la cuvée. Aussi, le Château de Nages blanc 2006 (n° 427617, ***, 1), où grenache blanc et roussanne s'épousent et se frottent la pulpe fruitée avec un bonheur palpable, étonne pour sa part avec une expression aromatique tranchée, éloquente et persistante qui s'acoquine aussi avec un bon fromage Comté. Enfin, le Château de Nages rouge 2006 (n° 427609, ***, 1) permet au grenache noir (plus de la syrah) de révéler sa stature d'athlète, solide sur ses pieds, aux réflexes aiguisés, ce qui donne un vin performant sur le plan fruité et épicé. Bref, un trio polyvalent, vendu encore une fois à très bon prix avec, derrière, une volonté sincère de livrer le caractère des terroirs du Sud. Comment pourrait-il en être autrement avec le tandem Gassier-Combie à la barre?

À rechercher aussi: les cuvées dédiées à l'aïeul Joseph Torres. D'abord, le blanc 2004 (19,80 $, n° 895839), fermenté et élevé en barrique bourguignonne de 228 litres, à la dominante de roussanne qui confère des nuances de cire, de miel et de poire pochée sur une trame ronde, vivante et pleine (***, 2, ©). Ou encore la version rouge 2002 (19,95 $, n° 567115) aux airs de syrah ayant fréquenté les merlots sur les sols calcaires de Saint-Émilion. Touche animale et tanins stricts, frais, avec tenue et longueur. Meilleur à table sur un bon plat de viande mijotée (***, 1, ©).

À venir: Les Piliers 2005, Cabernet Sauvignon, Vin de pays du Gard (n° 10895215), Les Piliers 2006, Viognier, Vin de pays d'Oc (n° 10936785) et Lou Coucardié 2001 (n° 10678261), cuvée prestige de la maison, issue d'une sélection de parcelles de vieilles vignes où cohabitent mourvèdre, syrah et grenache. Une cuvée de belle ampleur, étoffée, racée, d'une allonge certaine (***1/2, 1). Si le 2002 est en tout point fabuleux compte tenu du millésime, il faudra attendre le 2006 (vivement!) pour apprécier la grandeur du mourvèdre, «travaillé» avec beaucoup de brio ici. (***1/2, 2, ©.)

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Je prends un peu d'avance sur la nouvelle édition du magazine Cellier de la SAQ, consacrée aux vins de la péninsule Ibérique. La Rioja? Elle touche toujours chez moi une corde sensible en raison de textures inimitables. En voici deux exemples, très classiques et complémentaires. Ce Baron de Ley Reserva 2002, Rioja (20,20 $, n° 868729), coloré et substantiel sans pour autant être massif, jouant la carte de flaveurs mûres et profondes, pleines et sensuelles, puissantes mais harmonieuses avec, au final, ce caractère boisé qui «marque» la cuvée en la personnalisant un peu plus. Belle affaire (***1/2, 1). Avec le Marqués de Murrieta Reserva 2003, Finca Ygay, Rioja (27,95 $, n° 10823166), le potentiel de rêve est élevé, et ce, à prix bien en deçà d'un bordeaux du même niveau, par exemple. Ici, les parfums envoûtants offrent cette impression de passito typique des meilleurs valpolicellas avec, en bouche, des tanins riches et fondus, un boisé épicé typique de la futaille américaine et une longueur qui ne manque pas de style et de panache. Une superbe bouteille à servir sur un sauté de veau forestier (****, 2, ©). À l'autre bout de la terre, en blanc, ce Cape Mentelle 2006 australien (25,20 $, n° 10209588), d'une parfaite clarté sur le plan des flaveurs, élevant avec finesse et beaucoup de cohésion les fruités aromatiques du sauvignon et du sémillon. Finale nette, cristalline, de belle longueur. Bar ou flétan aux agrumes (***1/2, 1). Enfin, succulent Chardonnay Clos du Bois 2005, Russian River Valley (25,05 $, n° 10697278), aux saveurs amples, texturées, profondes, judicieusement fermentées sous bois. Fruité épuré qui offre clarté, rigueur et style. On en redemande. (***1/2, 2, ©.)

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La vinterrogation de la semaine

«Je dois choisir un vin pour notre mariage et je ne sais pas quoi au juste. Notre repas principal sera composé de pintade aux poires et de magret de canard sauce canneberges. Que me proposeriez-vous autour de 15 $?» - Erin Fodor

Soyons rassembleur et pourquoi pas un soupçon exotique avec ce Lapaccio 2006, Primitivo Salento, de la maison Pasqua, au petit prix de 14,10 $ (code: n° 610204), un rouge plein et goûteux, chaud et corsé, dépaysant et sensuel, qui cherche seulement à tremper son doigt dans la sauce pour s'assurer du mariage parfait. Servez-le autour de 15 °C avant ou après les bulles.

Posez vos questions à www.jeanaubry.typepad.com/ledevoir.

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Les vins de la semaine

La belle affaire - Vila Regia 2005, Douro, Sogrape Vinhos, 9,95 $, n° 464388

Très belle affaire que ce rouge souple, frais et friand, au fruité attachant, bien net et léger en substance. Ajoutez un rien de personnalité et une vinification réglée au quart de tour pour que ce rouge authentique séduise, surtout sur les côtes levées grillées. 1.

Le pinot noir - Chorey les Beaune 2004, Catherine et Claude Maréchal, 27,90 $, n° 917617

Discuter avec le couple Maréchal est un plaisir, et boire le vin, un privilège que les vrais amateurs de pinot chérissent, car il est rare. Surtout, il est sain, de corps et d'esprit, avec cet éclat de fruit né d'un travail exigeant à la vigne comme au chai. À surveiller: le pommard, l'automne prochain. 2.

La primeur en blanc - Arneis 2006, Roero, Michele Chiarlo, Piémont, 19,15 $, n° 10857251

Le cépage arneis est ambivalent, car il joue sans cesse entre l'amplitude et la rondeur tout en suggérant le profil précis et effilé des cépages plus aromatiques, tels le sauvignon ou encore le riesling. Celui-ci est bien sec, floral, vivant et précis, comme si on croquait le fruité de l'intérieur. Top! 1.

La primeur en rouge - Château La Tour de Mons 2005, Margaux, 37,25 $, n° 10865403

Avec le Marquis de Mons 2005, Margaux (25,55 $, n° 491498, ***, 2), deux cuvées qui, si elles n'offrent pas le raffinement immédiat de l'appellation, offrent corps, textures et présence fruitée d'un beau potentiel de garde. Avec, bien sûr, plus d'étoffe et de profondeur pour le premier. 3.

Le vin plaisir - Brouilly 2006, Cave beaujolaise de Quincié, 17,10 $, n° 10838536

Encore une fois, et permettez que j'insiste, rien de tel qu'un gamay de cru pour ouvrir la saison estivale et la prolonger autour d'une polyvalence de plats simples à teneur allégée. Celui-ci est extra! Un gamay pur fruit d'excellente tenue, frais, souple et de belle longueur. 1.

***

Potentiel de vieillissement du vin 1: moins de cinq ans; 2: entre six et dix ans; 3: dix ans et plus. ©: le vin y gagne avec un séjour en carafe.

Jean Aubry est l'auteur du Guide Aubry 2008 - Les 100 meilleurs vins à moins de 25 $.

www.jeanaubry.typepad.com/ledevoir


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