Dans les toilettes de Chez Jules

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Josée Blanchette
Édition du vendredi 02 mai 2008

Mots clés : Cas Roberge, Les Germaines, Chez Jules, Média, Internet, Québec (province)

La mini-révolution du très petit écran

Les comédiennes Anne Dorval (Diane) et Maude Guérin (Brigitte) partageant un moment d'intimité dans les toilettes de Chez Jules.

Photo: Jacques Nadeau

Brigitte: «Au fait, mon producteur cherche des auteurs, ça te tente pas? Me semble que tu serais bonne, tu sais toujours quoi répondre. Évidemment, au début, ton nom serait peut-être pas au générique, mais...

Diane, horrifiée: «Mon nom au générique! Il manquerait plus rien que ça! Tu sais ce que ça ferait à ma réputation dans le département s'il fallait qu'ils apprennent que je travaille pour la télévision? Ma carrière est finie.» - ChezJules.tv

«Nous vivons une ère de décentralisation des pouvoirs où chacun se prend à rêver de devenir lui aussi acteur du monde dans lequel il vit.» - Valentine, citée par Isabelle Juppé dans La Femme digitale

Bon, c'est décidé: j'abandonne le câble, la télé formatée par dix comités de relecture, et je m'abonne à la web-téloche, le petit écran qui ne prend jamais de vacances d'été et qui me suit partout, sans fil. Outre cette qualité et l'absence d'horaires, le Web donne dans le court. On échappe à l'ennui ou à tous ses dérivés qui font hic et bémol.

Un cyber-épisode de trois à cinq minutes, ça se prend cul sec comme un shooter. Et ça vous détend le nerf vague si vous êtes un tant soit peu fébrile, hypertendu, hystérique, irritable, névrosé ou survolté. Tout le monde se sera reconnu, c'est couru.

Je ne tiens pas particulièrement à me reconnaître lorsque je visionne Les Germaines (www.lesgermaines.tv), deux «450» absolument suaves qui échangent au téléphone des considérations philosophiques sur leur vie familiale et intime.

Je ne m'identifie pas nécessairement aux aventures cyniques et trentenaires du Cas Roberge (www.lecasroberbe.com), mais je sais reconnaître un texte qui décape, une tendance qui dérange, une voix qui pète plus haut que le trou, une patinoire qui luit sans Zamboni. Ça retrousse de partout, ça dérape dans les coins et ça ressemble à la vraie vie.

Lorsque les Germaines font leur numéro sur le cunnilingus (qui n'est pas une île grecque), lorsqu'elles hurlent «Je m'en câlisse!» ou lorsque Roberge s'exerce à dire «Fais-moi l'amooooooour» avec Marie Plourde et conclut un sketch par «Je suis un grainard» (traduction québécoise de «queutard»), on est à cent lieues de L'Auberge du chien noir ou de Providence à la télé d'État. La télé créative, celle des artisans lâchés lousses dans un parc canin au printemps, reprend ses droits d'auteur. Mais y a un os: pour l'instant, ce n'est pas payant.

Ce qu'on ne ferait pas au nom de la liberté, même risquer ses REER. L'absence de fonds, de deniers publics ou de placement de produits n'est pas un obstacle aux bas prix. Le Cas Roberge sortira au grand écran en août, porté par la vague de ses admirateurs qui n'ont pas hésité à fonder un club sur Facebook pour s'échanger les citations les plus salées de Roberge. La pudeur m'empêche de les retranscrire ici.

Dans les toilettes que ça se passe

D'ici la mi-juin (ou le mois d'août; le flou artistique règne!), une nouvelle recrue prendra sa place «en ligne»: Chez Jules (www.chezjules.tv). Né dans le cerveau prolifique de la scénariste et chroniqueuse du Journal de Montréal Geneviève Lefebvre -- alias Chroniques blondes dans la blogosphère --, Chez Jules est entièrement tourné dans la toilette des femmes du TNM, un haut lieu de conversations et d'échanges épicés. Plusieurs actrices connues, dont Maude Guérin, Anne Dorval, Janine Sutto ou Catherine de Léan, participent à cette expérience amorcée dans le cybercarnet Chroniques blondes.

Jessika Barker, 30 ans, comédienne dans Annie et ses hommes, n'en est pas à ses premières armes en matière de cyber-télé puisqu'elle a joué toute l'année dernière dans Le Cas Roberge. Dans Chez Jules, elle incarne le rôle d'une sommelière lesbienne donjuanesque. «Les diffuseurs sont frileux. Chez Jules leur ferait peur, pense-t-elle. Les femmes sont encore dans une représentation "petite fille parfaite" à la télé. Les textes de Geneviève nous sortent de ça. Ça fait du bien. On a toutes nos côtés trash, excessifs. Je ne sais pas pourquoi on ne les montre jamais. Les gars vont être contents de voir enfin ce qui se passe dans les toilettes des filles!»

Et tout y passe dans celles de Chez Jules. Ça parle drôle et dru; Janine Sutto (Mémé) y incarne une grand-mère déchaînée qui sirote son martini en écrivant son blogue en cachette. «Y a pas beaucoup de rôles pour les femmes de mon âge», dit celle qui n'a jamais visionné un seul épisode de cyber-télé en 87 ans. «J'aime l'écriture de Geneviève: c'est plein d'humour sans être caricatural. Et puis, avec ces sketchs de trois minutes, on est tout de suite en situation. J'adore ça!»

La liberté et le plaisir demeurent perceptibles sur le plateau de tournage; l'équipe est réduite et les textes ont la légèreté d'une impro bien ficelée. Ça sent le métier sans la lourdeur administrative. «L'idée est venue sur mon blogue», dit Chroniques blondes, une vraie blonde pétillante comme une bouteille de Napa rosé. «J'écrivais de petits sketchs entre filles sous forme de scénarios. Je me lâchais dans la fantaisie, l'exagération, le fantasque. Je prenais mon pied, finalement. En télé traditionnelle, la création souffre de trop de chefs, ce qui est normal parce que c'est de l'argent public. En web-télé, tu retrouves la liberté et le respect de l'instinct. Comme on n'a pas de subventions, on ne doit rien à personne, ce qui nous oblige à être branchés directement sur nos désirs.»

Et le choix du lieu de tournage s'est fait tout naturellement: «Il y a des endroits qui traversent toutes les époques et qui sont toujours porteurs au niveau de la dramatique: les bordels, les tavernes, les vestiaires... et les toilettes! Tous les endroits où on se cache pour faire quelque chose qui nous met en état de vulnérabilité! C'est là qu'on fait tomber les masques, qu'on se laisse aller», prétend l'auteure, qui cite George Cukor et The Women, Vénus beauté, Caramel ou Un film d'amour et d'anarchie de Lina Wertmüller comme références de lieux «intimes» en toile de fond.

Le médium n'est pas le message

Geneviève Lefebvre a regroupé ses connaissances, son amoureux, son agente et ses amis, des «gens d'envergure», comme elle le souligne, dans cette aventure où le risque financier va main dans la main avec le sentiment d'innover. «C'est pas amateur parce que c'est expérimental», laisse tomber la comédienne Anne Dorval, qui n'a jamais visionné de cyber-épisodes et répond à ses courriels deux fois par mois: «Les pitons me tapent sur les nerfs, ça m'agresse!»

Pour la scénariste et coproductrice, le support technique, le Web, n'est qu'un moyen: «C'est pas la web-télé que je regarde, ce sont des gens que j'aime et dont j'admire le talent. Ce sont les créateurs en état de liberté qui m'intéressent. Je regarde autant les Germaines que Benoît Roberge et j'apprécie par-dessus tout... leur différence! Comme instrument de diffusion, c'est exceptionnel.» Elle dit aimer aussi Funny or Die avec Will Ferrell et rêve de voir ce qu'un Marc Labrèche ou une Suzanne Champagne feraient sur le Web, de même que des documentaristes de la trempe d'Hugo Latulipe ou d'Anaïs Barbeau-Lavalette.

Et le passage du très petit écran au grand? «Je rêve d'un film coloré et joyeux comme un paquet de Smarties avec nos pétroleuses d'actrices! D'une comédie déjantée et full hormonale! D'un SPM en cinémascope! D'un western burlesque!»

Ne manquera que le popcorn pour s'éclater dans tous les sens. Sans compter le beurre et l'argent du beurre. Quant à baiser la crémière, l'imagination suffira.

***

Inscrit: mon nom sur le site chezjules.tv pour être avertie du moment de diffusion. D'après les textes, lus sur le blogue de Chroniques blondes, ça promet.

Aimé: La Femme digitale de la journaliste française Isabelle Juppé. Après un séjour au Québec, l'auteure nous explique sa fascination pour la révolution technologique et son chemin numérique perso. Des rencontres avec des femmes qui sont à l'origine de la révolution numérique nous en apprennent davantage sur les horizons possibles, tant artistiques qu'amoureux, du monde des affaires à celui du jeu. Les différences entre les sexes sont bien mises en évidence.

Reçu: Toilettes du monde, un bouquin de photos qui répertorie tous les «p'tits coins» du monde entier. Pour le Canada, une toilette qui permet deux débits différents, une pour le Wee Wee Flush et l'autre pour le Doo Doo Flush. Ethnologique à souhait. Et y a des coins où je ne m'attarderais pas pour faire des confidences.

Ajouté: un dictionnaire inusité et savoureux à ma collection: le Dictionnaire illustré du pet de Christian Deflandre. On dit que c'est un soupir qui se trompe de porte... L'ouvrage aurait pu être vulgaire, sot ou d'un humour douteux. Nenni. Les illustrations rétro passent de la Haute Antiquité à Rabelais jusqu'à Gainsbourg; il y en a pour tous les goûts, si on peut dire. L'auteur nous parle même d'une forme de duel pratiquée en France. «Escrimons en pétant, et que celui qui pétera le plus galamment et le plus joliment soit reconnu le vainqueur de l'autre.» À laisser traîner dans les toilettes avec ou sans Jules autour.

***

Joblog - Ni sauvage ni barbare

Le dernier documentaire de Roger Cantin (Matusalem, Simon les nuages, coscénariste de La Guerre des tuques) est une véritable rencontre, celle du chanteur innu Florent Vollant et du peintre berbère Yeschou, au Maroc. Chacun fait visiter à l'autre ses coutumes, ses racines, sa langue, son pays, son art. Le monde autochtone se recoupe à bien des égards, notamment sur le plan du nomadisme, de l'assimilation culturelle, de la complicité avec l'environnement. «J'origine d'hommes et de femmes libres. Sans liberté, je deviens fou», dit Vollant.

Il est frappant de voir qu'en une seule génération on ait migré de l'autosuffisance à la dépendance, de la langue innue au français, du nomadisme au sédentarisme. «On est passés de la raquette à l'Internet en une génération», commente encore le chanteur.

Je retiens également le rapport à l'argent dont il est question dans le film: «Il n'y avait pas d'argent dans le bois. Dans notre culture [innue], un homme n'est pas considéré riche par ce qu'il a mais par ce qu'il donne.» Sagesse millénaire en ces temps de disette mondiale.

Ni sauvage ni barbare poursuit une conversation d'un bout à l'autre du monde et nous fait entrevoir la fragilité des cultures minoritaires. La leur, la nôtre.

- À Canal D, dimanche à 19h.

www.chatelaine.com/joblo

***

cherejoblo@ledevoir.com


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Le principe de générosité - par Yves Lanthier (ylanthier@sympatico.ca)
Le vendredi 02 mai 2008 19:00

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