L'école pour les nuls
Mots clés : prix, Metropolis bleu, Daniel Pennac, Livre, France (pays), Québec (province)
L'écrivain français Daniel Pennac reçoit le prix littéraire Metropolis bleu

Photo: Pedro Ruiz
«Oui, c'est le propre des cancres, ils se racontent en boucle l'histoire de leur cancrerie: je suis nul, je n'y arriverai jamais, même pas la peine d'essayer, c'est foutu d'avance, je vous l'avais bien dit, l'école n'est pas faite pour moi... écrit-il. L'école leur paraît un club très fermé dont ils s'interdisent l'entrée. Avec l'aide de quelques professeurs, parfois.» En fait, Pennac a connu de telles difficultés scolaires étant enfant qu'encore aujourd'hui, sa mère, qui a 102 ans, marquée par ses échecs, se demande toujours s'il s'en sortira un jour...
Le premier sauveur de Pennac, un professeur de français, dépistant un conteur à travers les mensonges que le cancre utilise pour masquer sa faillite, l'a carrément exempté de dissertation pour lui demander d'écrire un roman, au rythme d'un chapitre par trimestre. Malgré les problèmes d'orthographe du jeune Pennac, de son vrai nom Pennacchioni, le professeur lui demande de rendre une copie sans faute «pour élever le niveau de la critique». On promettait donc de parler littérature. À quinze ans, le Pennac romancier était né, qui signera plus tard la série des Malaussène, dont on pourra voir le titre Malaussène au théâtre à la Grande Bibliothèque le 4 mai prochain. Les autres sauveurs du jeune Pennac étaient professeurs de mathématiques, d'histoire et de philosophie.
Daniel Pennac le reconnaît carrément en entrevue: il s'est énormément ennuyé à l'école comme élève. Pourtant, il a adoré y enseigner. Il croit que le sauvetage des cancres est pour leurs professeurs, histoire de leur redonner leur honneur, de les replacer dans la réalité, en rejetant leurs réponses absurdes, cette fuite dans le non-sens qui empêche le dialogue. Mais pour ce faire, il faut d'abord et avant tout les aider à surmonter leur peur de l'échec, qui est associée à une image négative d'eux-mêmes, en décelant leurs forces, leurs talents cachés. Bref, en prenant le temps, la peine de les connaître.
«C'était un livre sur l'origine de la douleur de ne pas comprendre qui affecte les élèves en échec scolaire. Le premier de ces élèves en échec scolaire, c'était moi. Je me suis au fond utilisé comme objet d'analyse, au moins en introduction. J'ai attendu de ne plus être professeur pour réfléchir. Je pense qu'il n'était pas pédagogiquement heureux de soulever un problème personnel de cet ordre devant mes propres élèves. Les professeurs ne sont pas là pour parler d'eux. C'est le fond de ma pensée en matière de pédagogie. Je me suis toujours interdit de parler de moi devant mes élèves [...]», dit-il
C'est sans doute cette extrême attention à l'autre, dans ses revers, dans ses faiblesses, mais aussi dans ses forces, qui fait de Pennac le formidable conteur qu'il est. Une attention aux élèves, mais aussi à leurs mères, qui téléphonent au maître avec des sanglots dans la voix, affolées qu'elles sont des piètres résultats de leurs enfants. «Si vous êtes mon élève et que vous êtes en détresse, le personnage important c'est vous, ce n'est pas moi. Et cette détresse, c'est la peur de ne pas comprendre, la peur de l'image de soi ne comprenant pas, comme un enfant qui ne comprend rien. Ma priorité a toujours été de guérir les enfants et les adolescents de cette peur, de façon à ce qu'ensuite ce que j'avais à leur transmettre puisse passer», dit celui qui a toujours enseigné à des élèves en situation d'échec scolaire.
Par ailleurs, dit-il, lorsqu'on enseigne à un enfant, il faut lui faire vivre des choses dans le moment présent, indépendamment de son avenir, qui pourrait ne pas être du tout le gâchis que l'on pressent à ce moment-là.
«Un enfant, dit-il, vit en gros, jusqu'à la prépuberté, dans une sorte d'état d'éternité, à l'intérieur duquel il est tout à fait vain de lui dire: si tu ne travailles pas, l'année prochaine tu auras des problèmes.»
Mais il n'y a pas que l'enseignement et quelques professeurs géniaux qui ont fait du petit Pennac le sexagénaire reconnu qu'il est devenu aujourd'hui. Il y a aussi les livres, ces compagnons merveilleux qui lui ont d'ailleurs inspiré un autre livre fabuleux, Comme un roman, dans lequel il fait l'apologie d'une lecture libérée de toute contrainte. «Le verbe lire ne supporte pas l'impératif. Aversion qu'il partage avec quelques autres: le verbe aimer... le verbe "rêver"... », écrivait-il alors. Le verbe aimer, quant lui, peut aussi se conjuguer avec enseigner, dans l'univers de Pennac: le verbe aimer et le mot amour, même s'ils demeurent imprononçables dans une école, tabous qu'ils sont dans le langage courant des professeurs et de leurs élèves.
Arriver à aimer l'école, donc, et surtout à s'aimer à travers elle. Et peut-être, ensuite, la faire aimer aux autres, en aimant les autres.
Vos réactions
tout à fait inspirant. - par Genevieve St-Maurice
Le jeudi 01 mai 2008 10:00
Il n'est jamais trop tard - par Nicolas Deville (devillen@cgmatane.qc.ca)
Le jeudi 01 mai 2008 07:00

