La dernière baisse de la Fed?
Mots clés : Réserve fédérale américaine, Économie, États-Unis (pays)

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«Les dernières informations indiquent que l'activité économique reste faible», a noté dans son communiqué le Comité de politique monétaire (FOMC) présidé par Ben Bernanke, citant entre autres facteurs le faible niveau des dépenses des ménages et des entreprises, ainsi que le manque de tonus du marché du travail. Malgré la baisse répétée du taux directeur et l'injection fréquente de nouvelles liquidités par la Fed à l'intention des institutions financières, le FOMC constate également que «les marchés financiers restent soumis à des tensions considérables et [que] le resserrement des conditions de crédit ainsi que l'aggravation de la contraction du marché immobilier risque de peser sur la croissance économique au cours des prochains trimestres».
La Fed a estimé néanmoins que les mesures qu'elle a prises depuis l'éclatement de la crise financière devraient à terme aider à promouvoir «une croissance modérée» et «atténuer les risques pour l'activité économique».
Récession ou pas?
L'annonce de la Fed est arrivée quelques heures seulement après le dévoilement des plus récentes statistiques sur l'état de l'économie américaine. On y a appris que la croissance pour le premier trimestre de l'année avait été de 0,6 % en rythme annualisé. C'était la plus faible croissance du produit intérieur brut (PIB) en trois mois depuis la fin de 2002, mais tout de même un taux légèrement supérieur au 0,5 % prédit par les analystes.
Ces chiffres sont très attendus par les économistes, qui estiment en majorité que l'économie américaine est déjà entrée en récession, mais dont la définition technique d'une récession suppose la succession de deux trimestres à croissance négative. Les agences officielles emploient cependant des définitions plus complexes du problème, tenant compte notamment des périodes prolongées de faible croissance.
En fait, n'eût été une forte reconstitution des stocks par les entreprises, la croissance économique américaine aurait basculé dans le rouge à - 0,2 %, a précisé hier le département du Commerce. Cette mauvaise nouvelle s'ajoute à l'annonce, plus tôt cette semaine, de l'accélération de la chute du prix des maisons ainsi que du moral des consommateurs. On doute aussi, de plus en plus, de l'efficacité réelle qu'auront les remises d'impôt de 145 milliards $US que le gouvernement fédéral a commencé à envoyer aux contribuables américains dans l'espoir de stimuler la consommation.
Divergences de vue sur l'inflation
Généralement unanimes dans leurs décisions, les dix membres du FOMC semblent avoir du mal à faire consensus sur la voie à suivre dans cette crise. Cela fait six fois consécutives qu'au moins un gouverneur vote contre la décision des autres. Hier, ce sont les présidents de la Fed de Dallas et de Philadelphie, Richard Fisher et Charles Plosser, qui ont voté contre la baisse des taux de 25 points. Charles Plosser s'était aussi opposé à la dernière baisse et Richard Fisher, aux deux dernières. Ils voulaient chaque fois garder les taux plus élevés afin d'éviter une montée de l'inflation.
Les autres membres du FOMC ont convenu, dans leur communiqué d'hier, que «les incertitudes restent élevées sur les perspectives d'inflation» et répété que la situation commandait qu'on «maintienne une surveillance attentive». Ils ont toutefois ajouté que les derniers indicateurs sur l'inflation de base (hors énergie et alimentation) se sont «légèrement améliorés» et qu'ils s'attendaient à ce que «l'inflation se modère au cours des prochains trimestres».
Attendre et voir
«La Fed nous signale son intention de rester sur la ligne de touche pour le moment», a expliqué Paul-André Pinsonnault, économiste à la Banque Nationale. «Elle va se donner le temps d'évaluer l'impact de ses dernières actions et des mesures fiscales [du gouvernement].» Il est fort possible, a-t-il dit, qu'elle juge nécessaire «de procéder à un autre modeste ajustement à la baisse» vers la fin de l'année.
Francis Généreux pense lui aussi que la Fed en a fini avec les baisses massives de taux d'intérêt et qu'elle s'est mise sur le mode de l'observation tout en se gardant prête à agir au besoin. «Comme les mauvaises nouvelles continueront de s'accumuler», a dit l'économiste senior au Mouvement Desjardins, «il n'est pas exclu que les taux directeurs diminuent de nouveau au cours des prochaines réunions. Il faudra cependant que la situation inflationniste permette ces mouvements».

