Go, fans, go!

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François Desjardins
Édition du jeudi 01 mai 2008

Mots clés : Hunter Canada, Canadien de Montréal, Entreprise, Sport, Montréal, Québec (province)

En avril, 200 000 drapeaux du Canadien ont été commandés à Hunter Canada

Ça sent la coupe? Le Canadien peut compter sur des partisans enthousiastes.

Photo: Jacques Nadeau

Comme dans la plupart des vieux bâtiments industriels, la fenestration est gigantesque, le plancher de bois franc chante, l'escalier affiche des signes de vieillesse. Chaque étage est un assemblage particulier. Un designer de mode, un importateur de meubles, une boîte de communications, etc. On arrive au cinquième étage. Rien sur la porte. Tout juste derrière, cependant, se cache le quartier général du rectangle bleu-blanc-rouge qui a pris la ville d'assaut: le drapeau du Canadien.

Depuis ses bureaux dans le sud-ouest de Montréal, le long du canal de Lachine, l'équipe des ventes de Hunter Canada, qui vend des produits sous licence pour plusieurs sports professionnels, a organisé une offensive sans merci auprès des détaillants. Au cours du mois d'avril, l'entreprise dit avoir reçu des commandes pour environ 200 000 drapeaux d'automobiles. Répétons le chiffre, pour ceux qui seraient sceptiques: 200 000.

«Je n'ai jamais vu ça», dit la vice-présidente aux ventes, Anita Chandan. Quand les Flames de Calgary se sont rendus en finale, en 2004, l'entreprise a vendu 85 000 drapeaux entre avril et juin. Quand Edmonton a fait la même chose en 2006, le niveau des ventes a plafonné autour de 1700.

Mais chez Hunter, où l'équipe des ventes est exclusivement composée de femmes, le travail consiste d'abord et avant tout à affronter les pulsions soudaines des partisans montréalais. Ça sent la coupe ou ça ne sent rien. Bref, les défaites de samedi et de lundi ont refroidi l'ardeur des fans, et des détaillants. «Ces jours-ci, c'est calme», dit Mme Chandan, selon laquelle 80 % des ventes en avril proviennent des drapeaux. L'entreprise vend aussi des porte-clés, des tasses, des dés pour rétroviseur, etc.

Si l'équipe gagne, toutefois, la surcharge de travail est immédiate. Mieux vaut avoir les nerfs solides. «Nos journées se terminent à minuit, 1h du matin», dit Anita Chandan. Alors, vous ratez donc tous les matchs? Dans une petite pièce adjacente, il y a un téléviseur, dit-elle. Les soirs de match, il est allumé. «On ne le regarde pas, mais on l'entend.»

Devant l'insistance de certains gérants de magasin, les employés ont dû retirer l'affiche de leur porte. «Les gens se présentaient au bureau sans même avoir placé une commande. Or il nous fallait être beaucoup plus organisés que ça. Même des travailleurs de l'édifice venaient faire un tour pour avoir un drapeau... »

Lorsque la défensive cafouille, que l'attaque déçoit et que l'équipe finit par s'incliner, c'est tout le contraire. Sur les lignes ouvertes, c'est la catastrophe: on a frappé un mur, Price ne peut pas tout faire tout seul, un tel doit se concentrer, l'autre dort, etc. Soudainement, les détaillants hésitent. Ils ne veulent pas s'encombrer de centaines de drapeaux d'une équipe dont les joueurs semblent vouloir troquer le bâton de hockey pour le bâton de golf. «Si le Canadien perd un match, le lendemain, ici, le téléphone ne sonne pas», laisse tomber Mme Chandan.

Fabriqués aux États-Unis

L'entreprise est une filiale de Hunter MFG, située à Lexington, dans le Kentucky. C'est dans cet État du Midwest que sont fabriqués les drapeaux, lesquels sortent d'une usine qui tourne à plein régime depuis des semaines.

Sur une base quotidienne, la production régulière de l'usine est de 5000 drapeaux. Or la demande des détaillants montréalais a rapidement explosé entre 8000 et 9000 drapeaux par jour... Pour répondre à la demande, les patrons du Kentucky ont porté la cadence à 12 000.

Montréal est un univers particulier. À Ottawa, dont les Sénateurs ont accédé l'an dernier à la finale de la coupe Stanley pour la première fois depuis leur renaissance en 1992, la réaction des fans n'a pas été la même, selon Mme Chandan. «À Ottawa l'an dernier, on a commencé à voir les drapeaux sur les voitures seulement autour de la troisième ronde! Ç'a pris beaucoup de temps. Montréal, c'était tout de suite.»

Comment expliquer l'engouement soudain pour les drapeaux? Deux raisons, avance-t-elle. Au moment d'accéder aux séries, l'équipe jouait beaucoup mieux que l'an dernier. En plus, l'équipe des ventes de Hunter a demandé que les produits destinés au marché montréalais soient entreposés au rez-de-chaussée, et non à Toronto. «Les détaillants pouvaient donc les recevoir par livraison, mais ils pouvaient aussi venir les chercher sur place, ce qui facilite les choses.»

Hunter Canada croit avoir vendu de 80 à 90 % des drapeaux qui flottent sur les voitures et camions de la ville, dit-elle. L'autre fournisseur pour le marché montréalais est Future Product Sales, basé à Hamilton, en Ontario. Le patron de l'entreprise ontarienne a refusé de donner une entrevue, se disant trop occupé.

La différence entre les deux entreprises, dit Mme Chandan, c'est que Hunter fait fabriquer ses produits en Amérique du Nord alors que l'autre fonctionne avec des sous-traitants en Chine. Un modèle d'affaires basé sur une relation outremer implique beaucoup plus de planification. Et de risques.

«Nous n'avions pas prévu la demande précise qu'il y aurait pour les drapeaux, dit Mme Chandan. Moi, je peux fabriquer jusqu'à 12 000 drapeaux aux États-Unis, et on en reçoit chaque jour. Si je passais des commandes en Chine, ça prendrait trois ou quatre semaines... »

Au fil du temps, des drapeaux contrefaits ont même fait leur apparition sur le marché. «On a vu des camions à l'angle de Jean-Talon et Décarie, et à Laval, qui vendaient des drapeaux. Ce sont des faux. On a appelé la LNH et la police, et c'est fini.»


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