Opinion

Lettres - Obéissez sans entrave

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Martin Jalbert, Co-responsable du dossier «Nous sommes héritiers de 1968» de la revue sociale et politique À bâbord!. Le 28 avril 2008. Réaction à l'article «Que reste-t-il de l'esprit 1968?», paru dans l'édition des 26 et 27 avril derniers du Devoir.

Édition du jeudi 01 mai 2008

Mots clés : Mai 68, injustice, inégalité, Canada (Pays)

Pauvre Hannah Arendt! Une fois de plus citée par ceux qui piétinent de clichés et de sarcasmes les efforts des gens qui, aujourd'hui ou hier, refusent de se résigner à l'ordre des choses et à un monde toujours marqué par les inégalités et les injustices.

Voici qu'on se sert d'elle pour réduire Mai 68 -- le plus important mouvement de masse de la seconde moitié du XXe siècle -- à une «histoire de cul» et à une rébellion d'«enfants-rois» contre l'autorité: «Pour la philosophe Hannah Arendt, l'autorité permet d'obtenir l'obéissance "sans recourir à la contrainte par la force".» Il y a deux manières de ne rien entendre aux révoltes collectives d'hier: ne pas se donner la peine d'aller voir en quoi elles ont consisté ou les accuser de tous les torts de la société contemporaine. L'article de Stéphane Baillargeon fait les deux, froissant sur son passage ce qui du passé pourrait encore inspirer ceux qui restent indignés par la violence des puissants, par l'exploitation et les dominations. Tout porte à penser que ce sont d'abord de telles voix médiatiques qui permettent d'obtenir l'obéissance «sans recourir à la contrainte par la force».


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