L'approche québécoise inspire le Louvre

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Patrick Caux
Édition du jeudi 01 mai 2008

Mots clés : Musée, Musée national des beaux-arts du Québec, Le Louvre à Québec, France (pays), Québec (province)

Dès le 5 juin, le Musée national des beaux-arts du Québec recevra l'exposition Le Louvre à Québec, les arts et la vie

Le marbre Daphnis et Chloé, salon de 1827, de Cortot, sera du voyage à Québec.

À près d'un mois de son inauguration, l'événement s'annonce déjà comme un des temps forts des fêtes du 400e. Au moment de la mise en caisse des oeuvres, les principaux conservateurs du musée parisien s'entendent pour qualifier cette collaboration France-Québec de vent de fraîcheur soufflant sur leurs traditions.

Paris -- Cette semaine, lors du passage du Devoir au Louvre, on venait tout juste d'amorcer le ballet complexe et précis du transport des oeuvres en vue de leur exposition au MNBAQ. Fruit d'un travail de longue haleine amorcé en 2003, la collaboration avec l'institution française permettra à 274 pièces des collections du Louvre d'être présentées à Québec cet été.

Comme le déclarait au Devoir Henri Loyrette, président-directeur du musée du Louvre, «cette grande exposition est guidée avant toute chose par l'amitié. L'amitié de la France pour le Québec, l'amitié du Louvre pour le MNBAQ et, finalement, l'amitié qui me lie à mon confrère John R. Porter [directeur général du MNBAQ].» En termes clairs, du million et demi de dollars que coûtera l'opération -- transport, publicité, administration, etc. --, pas un sou ne sera versé au musée français. Cette pratique n'est pas unique, mais elle se fait de plus en plus rare au moment où l'institution parisienne est fortement encouragée par l'État à diversifier ses sources de revenus.

Si l'événement est majeur pour le MNBAQ -- on s'attend d'ailleurs à un des plus grands succès du Musée du Québec depuis la rétrospective consacrée à Rodin --, il n'est en rien exceptionnel pour l'un des plus grands musées de la planète. En effet, chaque année, une quinzaine d'expositions quittent le Louvre pour circuler à travers le monde.

La principale particularité de l'exposition conçue pour Québec réside plutôt dans le fait que, pour une rare fois dans l'histoire du Louvre -- la seconde, pour être précis --, les 274 pièces présentées proviendront de l'ensemble des huit départements du musée. Ainsi, vases grecs, couvercle de sarcophage égyptien, calligraphie perse, statues de marbre et tableau de Delacroix se côtoieront dans une même exposition.

Pour rendre le tout cohérent, le MNBAQ a choisi de tracer un parcours -- à travers les civilisations, le temps et l'espace -- suivant le thème «Les arts et la vie». «Toutes les facettes d'une vie humaine, de la naissance à la mort et au-delà, sont représentées dans les collections du Louvre. C'est donc dans cette optique que nous avons accepté avec enthousiasme le thème suggéré par l'équipe de Québec. Nous avons ainsi le sentiment que cette exposition permettra aux visiteurs de ressentir véritablement l'expérience du Louvre», soulignait Henri Loyrette.

«À l'amorce du processus, certains de nos conservateurs étaient un peu inquiets de travailler dans cette approche thématique», rappelait pour sa part Geneviève Bresc-Bertiau, conservateur général du musée, chargée de piloter le projet pour le Louvre. «Nous voulions éviter de présenter une simple juxtaposition de périodes, de matériaux et de techniques. Mais contrairement aux craintes, cette approche transversale construite autour d'un thème nous a permis de faire dialoguer les oeuvres entre elles, de les présenter sous un tout autre éclairage.»

La tradition québécoise

À en croire les conservateurs de chacun des huit départements du Louvre, la collaboration avec l'équipe du MNBAQ aura favorisé une importante remise en question des façons de faire de l'institution. «Depuis des années, nous sommes attentifs aux avancées de l'approche muséologique québécoise, qui développe les contenus par thèmes, selon une lecture transversale, résumait Bresc-Bautier. Le travail avec l'équipe de Québec, principalement avec Line Ouellet [directrice des expositions au MNBAQ], nous a permis de rompre véritablement avec l'héritage classique, voire académique, du Louvre. Nous avons pu nous éloigner de cette approche scientifique classifiant les oeuvres par période et de manière chronologique.»

Même son de cloche chez Agnès Benoît, conservateur en chef du département des antiquités orientales: «Au départ, ce n'était pas gagné. Mais la proposition du MNBAQ nous a forcés à nous dilater l'imagination. Intellectuellement, cette collaboration a été très satisfaisante. Elle nous a obligés à sortir de notre tradition tout en restant dans un cadre scientifique. Les méthodes du MNBAQ nous ont forcés à réfléchir sur nos disciplines respectives et nous ont donné des idées concrètes pour des projets ultérieurs.»

Pour Marc Étienne, conservateur au département des antiquités égyptiennes, cette approche thématique ayant fait le succès sur la scène internationale des institutions muséales québécoises n'était pas tout à fait inconnue. «De notre côté, cette façon de faire est au coeur même de nos traditions. Dès la création du département en 1826 par Champollion, le fondateur de la discipline avait insisté sur l'importance de partager la science et de la perpétuer. Il avait donc élaboré un parcours thématique -- toujours présent aujourd'hui -- pour permettre aux visiteurs de comprendre plus aisément les enjeux du monde égyptien.»

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Collaborateur du Devoir

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Patrick Caux a été reçu à Paris à l'invitation du MNBAQ


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