Et puis euh - Apprendre à apprendre

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Jean Dion
Édition du jeudi 01 mai 2008

Mots clés : Jaroslav Halak, Canadien de Montréal, Hockey, Sport, Montréal

Avec toute cette agitation autour de Canadien, il faut se demander si on n'est pas collectivement en train de manquer quelque chose d'important. En fait, l'agitation est telle qu'au moment d'écrire ces lignes, l'identité du gardien de but partant dans le match d'hier soir demeure largement inconnue. Enfin, «hier soir», c'est une façon de parler qui dépend du point de vue placé dans le temps, ainsi que je vous l'ai déjà expliqué: une question d'antériorité de l'écriture par rapport à l'événement et de postériorité de la lecture, qui fait en sorte de créer un décalage fâcheux dans le commentaire et la réflexion. Donc, on ne sait pas si ce sera Carey Price, Jaroslav Halak, Yann Danis, Wayne Thomas, Rogatien Vachon ou Charlie Hodge. Ça pourrait même être Robert Champoux. Si vous n'avez pas souvenance de Robert Champoux, c'est que vous n'avez pas assez regardé de hockey des Golden Seals de la Californie quand ils faisaient un malheur (le leur) à la belle époque. Enfin, le suspense est total, littéralement palpable, proprement insoutenable.

Vous savez qui j'enverrais, moi? Jonathan Roy. Toutes, toutes les analyses d'experts convergent: si Canadien éprouve de la misère dans cette série face au Philadelphie, c'est un peu parce que Carey Price n'a pas délivré* la marchandise aux moments idoines, et beaucoup parce que personne n'ose aller jouer dans le trafic dans le secteur de Martin Biron. (En réalité, soyons logique, il n'y a pas de trafic justement parce que personne n'ose aller y jouer.) Or Jonathan Roy, lui, on a vu ce qu'il était capable de faire en zone adverse. En plus, vous souvient-il de la dernière fois que Canadien a délégué un jeune Roy fraîchement émoulu dans la proverbiale mêlée? Les résultats furent probants, mesdames messieurs, voilà le moins que l'on puisse dire: la Stanley, 23e d'une prestigieuse lignée.

(* Si vous m'autorisez le dévoilement d'une petite tranche de vie personnelle, je possède un numéro de téléphone domiciliaire s'approchant à s'y méprendre de celui d'un dépanneur de la métropole. Or vous savez comment sont les gens, un peu mélangés par la formidable rapidité des communications postmodernes. Il arrive donc épisodiquement que je sois le récipiendaire d'un mauvais numéro, enfin d'un appel destiné à d'autres fins que de m'interpeller sur un sujet d'actualité chaud ou de me demander si je n'aurais pas par hasard besoin de faire un don à caractère charitable. Donc, l'autre jour, je reçois un appel et une dame à l'autre bout du téléphone demande: «Est-ce que vous délivrez?» Vous connaissez un peu mon ressort journalistique d'enquête sur le terrain, je songe aussitôt: ça y est, on m'a confondu avec Claude Poirier et on veut que j'intervienne dans une prise d'otage. Je vous fais grâce des détails, mais ce n'était pas ça, et je retournai banalement regarder Virginie. On a la vie à mille milles à l'heure qu'on peut.)

Donc, disions-nous, manquer quelque chose d'important: en l'occurrence, le Pittsburgh. Le Pittsburgh, je vous prie de le noter, a gagné ses sept matchs disputés jusqu'à maintenant en séries 2008. Bon, évidemment, contre l'Ottawa, ce n'était pas un gros défi, l'Ottawa ayant décidé de capituler il y a deux mois pour des raisons difficiles à trouver mais peut-être liées à l'ambiance. C'est du moins ce qu'ils disaient à la télé avant même le début du détail: il n'y a pas une bonne ambiance dans l'entourage des Sénateurs, et chacun sait que l'ambiance influe sur le mental (et vice-versa) et que le mental est déterminant même quand on joue physique. Mais là, le Pittsburgh mène 3 à 0 contre le terrible New York Rangers, et ça commence à être plutôt sérieux. Assisterions-nous à la naissance d'une dynastie? C'est bien possible, et voici pourquoi.

Lors de la finale de 1983, le New York Islanders affrontait l'Edmonton. Le NYI avait remporté la Stanley les trois années précédentes, mais l'Edmonton était une force montante avec ses Gretzky et Messier et Kurri et Coffey et plusieurs les voyaient rafler le titre. Mais ce n'est pas ce qui est arrivé: NYI en 4 tout sec. Or, à l'issue du dernier match, des joueurs des Oilers s'adonnèrent à déambuler non loin du vestiaire des vainqueurs. Ils s'attendaient à entendre des échos de gros party et à assister à de l'aspersion de mousseux, mais il n'y avait rien de tout ça. Que du silence, des sacs de glace et de la sueur de victoire. Dès lors, les jeunes comprirent comment ça marchait: forts de leur expérience, les gars du NYI avaient payé le prix. Et gagné.

L'Edmonton comprit aussi qu'il lui fallait apprendre à gagner. Mais en voyant le vestiaire, il constata qu'il venait tout juste de franchir une étape importante, soit d'apprendre à perdre. C'est ce qu'un expert disait l'autre jour à la télé: avant d'apprendre à gagner, il est essentiel d'apprendre à perdre. Logique, non? J'ai d'ailleurs trouvé le comment du pourquoi. Chacun sait que c'est dans la défaite qu'on apprend: tirer des leçons et toutes ces choses. Or, comme on apprend en perdant et comme il faut apprendre à perdre, le processus équivaut à apprendre à apprendre. Voilà la rançon de la victoire, en quelque sorte, surtout si vous voulez la délivrer.

Avec Crosby et Malkin, le Pittsburgh a des allures de l'Edmonton de l'époque (qui devait, soit dit en passant, gagner quatre des cinq Stanley suivantes, dont la première en battant en finale le NYI en une forme symbolique de passage du flambeau de vieux bras meurtris à de jeunes jambes qui sauraient le tenir bien haut). Et le Pittsburgh, rappelons-le, entretenait de lourds espoirs pas plus tard que l'an passé quand il s'est présenté devant l'Ottawa au premier tour des séries et s'est fait sortir sans ménagement, l'Ottawa n'ayant alors pas encore décidé de capituler. Combien vous gagez que Crosby et les autres ont saisi à ce moment l'occasion d'apprendre à apprendre et qu'on en visionne actuellement tous les bienfaits? En tout cas, ils ne donnent pas l'air d'être trop trop arrêtables.

On ne sait pas si Canadien aura la résilience de se défaire de sa non-propension à engendrer du mouchage dans les alentours de Martin Biron ou si on aura une finale de l'Est toute pennsylvaine. Mais comme ne l'avait pas prévu ce bon vieux Charlie Darwin, les pingouins ont appris à avoir des ailes. Ça doit être ce qu'on appelle un dessein intelligent.

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jdion@ledevoir.com


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un peu d'histoire mineure - par Madeleine Maheux
Le jeudi 01 mai 2008 13:00

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