Nos voisins les Américains
Mots clés : CRTC, ALENA, information, Primaire, Communication, Canada (Pays), États-Unis (pays)
Les trois partis représentés à l'Assemblée nationale ont récemment exigé la création d'un CRTC québécois. Au Canada anglais, il y a déjà longtemps que les points faibles de la politique canadienne en matière de radiodiffusion sont mis en évidence. Et il n'y a probablement que le mot «échec» qui puisse décrire les fruits de cette politique qui a grandement favorisé l'importation d'émissions américaines tout en étant incapable de favoriser la production de contenu canadien.
On doit reconnaître que les Canadiens sont un enjeu dans cette course. Selon un récent sondage, 15 % de nos compatriotes souhaiteraient même pouvoir voter à cette élection, ce qui ne change rien au fait que leur intérêt pour la politique américaine soit condamné à demeurer au stade du pur divertissement.
Nonobstant la quantité de nouvelles américaines que les Canadiens consomment quotidiennement, nos médias ont accordé très peu d'attention la semaine dernière à une annonce pourtant significative du président Bush, soit la nomination du général David Petraeus -- commandant américain en Irak et père de la nouvelle stratégie du «sursaut» -- au titre de responsable de la guerre en Afghanistan. (La manchette du Globe and Mail nous informait qu'il serait dorénavant responsable de la région du «Proche-Orient».) Depuis que les libéraux et les conservateurs ont convenu d'une date limite pour notre mission dans ce pays, il me semble parfois que les Canadiens ont oublié cette guerre. Il est manifestement plus facile de critiquer la participation américaine en Irak que le rôle des États-Unis dans un pays où des Canadiens continuent de mourir.
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Discuter des défaillances de la société américaine a toujours donné aux Canadiens anglais des occasions de se sentir bons et gentils. À l'abri des conséquences directes des décisions américaines, cela nous donne le luxe d'adopter des positions nobles et désintéressées. Cela constitue également une menace à la souveraineté canadienne. C'est d'ailleurs ce souci qui, à l'époque, avait mené à la création de Radio-Canada/CBC.
La polémique autour de la fuite rapportant une conversation entre nos diplomates et un conseiller de Barack Obama illustre la véritable nature du problème. Malgré sa position à propos de l'ALENA, les sondages indiquent que la plupart des Canadiens souhaitent une victoire de M. Obama.
Cela étant, cet incident est beaucoup moins grave que les remarques faites en 2000 par l'ancien ambassadeur Raymond Chrétien. À l'époque, ses remarques avaient été largement interprétées comme exprimant la préférence du Canada pour une victoire d'Al Gore à l'élection présidentielle. Cette fois-ci, des observateurs ont critiqué nos diplomates à Chicago pour avoir écrit un simple rapport. D'autres ont même dit qu'ils n'auraient même pas dû poser la question au conseiller de M. Obama. En réalité, nos diplomates ont fait leur travail, et ils l'ont fait plutôt bien. Beaucoup de rapports diplomatiques remâchent les rapports de la presse locale. Pas celui de notre consulat à Chicago, qui a fait preuve d'une recherche originale.
Pour tout dire, il me faudrait mentionner que le consul général, Georges Rioux, a été membre de mon équipe alors que j'étais affecté à Tel-Aviv comme ambassadeur du Canada. Inconnu des Canadiens, il est parvenu à organiser une réunion avec Yasser Arafat à Tunis au cours des années qui avaient précédé l'accord de paix d'Oslo, faisant alors exactement ce que les diplomates canadiens devraient faire aujourd'hui avec le Hamas. Personnellement, je suis devenu un admirateur de M. Rioux le jour où notre véhicule a accidentellement frappé un adolescent à bicyclette à Gaza. Il avait alors réussi à calmer la foule avant qu'un ou l'autre d'entre nous n'ait eu à en subir les foudres.
Heureusement pour le Canada, même si le premier ministre Stephen Harper a accédé aux demandes de l'opposition visant à étudier la fuite du fameux rapport émanant de son consulat, il n'a pas été trop timide pour affirmer les intérêts du Canada lors de son sommet avec les présidents du Mexique et des États-Unis. À part le fait que le Canada se comporte maintenant comme une superpuissance énergétique, M. Harper a pu compter sur le fait que les deux candidats démocrates embrassent une position sur le commerce qui a été critiquée par une grande variété d'éditorialistes. Même si les Américains élisent un démocrate, ce qui ne semble plus aller de soi maintenant, force est de comprendre que peu de choses changeront dans nos rapports avec eux.
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Norman Spector est chroniqueur politique au Globe and Mail.
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nspector@globeandmail.ca
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