Fonds éthiques - L'investissement socialement responsable est devenu une valeur admise
Mots clés : Éthique, investissement, environnement, Québec (province)
«Dans chaque secteur, nous recherchons les leaders en matière d'environnement»
Il y a de nombreuses façons d'investir ses épargnes en prévision de sa retraite. On peut évidemment rechercher le rendement optimal en fonction des risques qu'on est prêt à assumer, sans trop se soucier à quoi servira son argent. On peut aussi tenir compte d'autres critères, dont ceux qui utiliseront ses économies. L'une des approches qui se répand de plus en plus consiste à faire des placements dans des fonds socialement responsables. C'est même une façon de contribuer à «changer le monde», rapporte Hélène Gagné, directrice de la commercialisation pour les Fonds Desjardins.Pourtant, il ne faut pas remonter loin dans le temps pour découvrir que des fonds socialement responsables faisaient sourciller. Hélène Gagné rapporte que, lorsque le Mouvement Desjardins a créé son premier fonds en environnement, en 1990, «il nous a fallu convaincre notre gestionnaire de portefeuille que c'était une bonne idée!»
Aujourd'hui, elle constate que les professionnels du placement se montrent de plus en plus intéressés. Elle cite même une étude réalisée en 2005 qui rapporte que les deux tiers des gestionnaires canadiens estiment que ce n'est qu'une question de temps avant qu'ils incorporent des facteurs socialement responsables dans leurs analyses financières. «Il y a donc vraiment un courant de fond», constate-t-elle avec satisfaction.
Toutefois, s'agit-il pour autant d'investissements dont la rentabilité se compare à celle d'autres fonds?
Un processus éthique, puis économique
Parmi la soixantaine de fonds d'investissements proposés par Desjardins se trouvent deux fonds socialement responsables: le Fonds Desjardins Environnement et le Fonds Desjardins Éthique Équilibré canadien.
«On peut qualifier ces fonds de socialement responsables parce qu'ils ont une démarche spécifique différente des fonds réguliers, explique la directrice de la commercialisation pour les Fonds Desjardins. C'est-à-dire que les entreprises qui constituent ces fonds sont sélectionnées parce qu'elles respectent des critères précis de responsabilité sociale avant d'être retenues parce qu'elles représentent de bons investissements.»
En effet, le choix des entreprises intégrées à ces fonds est un processus à deux volets. Dans un premier temps, un groupe d'experts indépendants de Desjardins analyse une série d'entreprises en fonction de critères éthiques. Ce n'est que par la suite que le gestionnaire de portefeuille de Desjardins détermine les titres qui constituent le fonds socialement responsable.
«Comme son nom l'indique, le Fonds Desjardins Environnement prend en compte la dimension environnementale des entreprises qui le constituent, dit Hélène Gagné. Depuis son lancement, nous avons fait appel à un groupe externe formé de spécialistes en environnement et présidé par le biologiste bien connu Claude Villeneure. Ceux-ci scrutent des entreprises pour déterminer si elles sont aptes à faire partie de notre fonds environnemental; l'entreprise gère-t-elle de façon responsable la dimension environnementale de ses activités? Une fois qu'on a créé une banque d'entreprises répondant aux critères environnementaux, là seulement, nos gestionnaires de portefeuille procèdent à la sélection...»
Des exclus, comme il se doit
Elle souligne que, dès le départ, trois secteurs d'activité sont exclus: les entreprises du tabac, de l'armement et du nucléaire. «On ne les analyse même pas puisqu'on ne les accepterait tout simplement pas», tranche-t-elle (une pratique courante pour les fonds socialement responsables). Pour le reste, le Fonds Desjardins Environnement investit dans l'ensemble de l'économie canadienne: biens de consommation, secteur manufacturier, énergie, etc. «Dans chaque secteur, nous recherchons les leaders en matière d'environnement.»
La même philosophie s'applique au Fonds Desjardins Éthique Équilibré canadien. Ce fonds considère trois grands volets de critères: l'environnement, les droits de la personne et le respect des groupes constituant l'entreprise (dont les travailleurs).
«Il s'agit d'un fonds de fonds, souligne Mme Gagné, c'est-à-dire qu'il est constitué de parts de fonds créés par la société Ethical Funds, le leader dans le domaine des fonds socialement responsables au Canada. C'est d'ailleurs Ethical Funds qui a lancé le premier fonds de cette nature au Canada (en 1986). En décembre dernier, le Mouvement Desjardins s'est associé aux Credit Unions du Canada pour se procurer 50 % des parts d'Ethical Funds.»
Quand responsabilité rime avec rentabilité
La principale différence entre ces deux fonds -- hormis leurs critères de responsabilité sociale légèrement différents -- repose essentiellement sur la nature des titres qui les composent. «Le Fonds Desjardins Environnement est un fonds d'actions canadiennes -- un fonds de croissance -- alors que le Fonds Éthique Équilibré est un mélange de fonds de croissance et de titres à revenus fixes, ce qui en fait un fonds moins risqué», explique la directrice de la commercialisation pour les Fonds Desjardins.
«En fait, vous pourriez avoir un seul fonds dans votre portefeuille, quand il s'agit d'un fonds équilibré, alors qu'avec un fonds d'actions, pour avoir un portefeuille équilibré, vous devriez avoir d'autres fonds pour équilibrer vos risques.»
Comme le Fonds Desjardins Éthique Équilibré a un niveau de risque moins élevé que le Fonds Environnement, il a de ce fait un potentiel de rendement un peu moins élevé. Mais, dans les deux cas, il s'agit de placements intéressants, d'après les données publiées par le Mouvement Desjardins.
Ainsi, le Fonds Environnement a rapporté 17,8 % au cours de la dernière année et une moyenne de 6,93 % au cours des dix dernières années. Quant au Fonds Éthique Équilibré, les données indiquent des rendements de -- hélas -- -4,2 % au cours de la dernière année, mais de +4,6 % pour les trois dernières années.
Hélène Gagné souligne en outre que le Fonds Environnement s'est mérité récemment un Lipper Award pour son rendement de trois ans. «C'est donc véritablement un fonds qui se démarque par rapport à l'ensemble des fonds, dit-elle fièrement. C'est une très bonne affaire à tous les niveaux! Et nous en sommes très très heureux...»
Collaborateur du Devoir
Vos réactions
Vous avez bien dit... - par Michel Thibault
Le vendredi 02 mai 2008 14:00

