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Gabriel RACLE
Envoyé Le mardi 29 avril 2008 09:00



Il faudrait apporter beaucoup de nuances à l'article de Serge Truffaut, qui présente une vision noire de la situation européenne et contient quelques inexactitudes. Que le projet d'Union méditerranéenne du président Sarkozy ait évolué, c'est évident. Que l'Allemagne s'y soit opposée, c'est une certitude. N'étant pas directement concernée, puisque ne se trouvant pas sur les bords de la Méditerranée, la réaction de l'Allemagne est compréhensible. La chancelière allemande, Angela Merkel, n'a pas apprécié de voir se créer une organisation qui craignant-elle, créerait une superposition des mécanismes de coopération existant déjà avec le processus de Barcelone et une coopération à deux vitesses, impliquant seulement certains États de l'UE dans certains cas et l'UE dans son ensemble dans d'autres cas. Le projet n'est pas abandonné pour autant et subsisterait sou le nom d'Union pour la Méditerranée. Quel en sera le contenu?

Nous le saurons peut-être bientôt. En effet, le président français Nicolas Sarkozy et les chefs de gouvernement italien Romano Prodi et espagnol José Luis Zapatero ont lancé ensemble le 20 décembre 2007 un « Appel de Rome pour l'Union de la Méditerranée », qu'ils entendent concrétiser lors d'une conférence le 13 juillet prochain à Paris. MM. Sarkozy, Prodi et Zapatero ont adopté ce texte lors d'une réunion tripartite tenue dans la capitale italienne et lors d'une conférence de presse commune ils ont tenu à placer cette vision d'une union politique apportant « la paix et le développement » entre les deux rives de la Méditerranée dans l'esprit ayant présidé au Traité de Rome de 1957 qui a donné naissance à l'Union Européenne.

« Convaincus du fait que la Méditerranée, creuset de culture et de civilisation, doit reprendre son rôle de zone de paix, de prospérité, de tolérance », MM. Sarkozy, Prodi et Zapatero indiquent dans ce texte s'être réunis à Rome « pour réfléchir ensemble aux lignes directrices du projet d'Union pour la Méditerranée ». L'union « aura pour vocation de réunir Europe et Afrique autour des pays riverains de la Méditerranée et d'instituer un partenariat sur un pied d'égalité entre les pays du pourtour méditerranéen ». Elle sera « le coeur et le moteur de la coopération en Méditerranée et pour la Méditerranée » et visera à « rendre plus claires et visibles les actions que les différentes institutions développent en faveur de la Méditerranée ».

Ils indiquent s'être mis d'accord pour « inviter les chefs d'État et de Gouvernement des pays riverains de la Méditerranée à se réunir avec les pays de l'UE le 14 juillet à Paris pour définir leur vision commune et ce sommet sera précédé d'une réunion des pays riverains le 13 juillet ». La France assurera la présidence semestrielle de l'Union européenne à partir du 1er juillet 2008. Des travaux préparatoires seront entamés au cours des prochains mois par la France, l'Espagne et l'Italie en étroite consultation avec les pays appelés à participer à l'Union. Cette nouvelle Union ne vise pas à se substituer aux procédures de coopération et de dialogue qui existent déjà en Méditerranée, mais à les compléter, leur donner une impulsion supplémentaire.

Voilà qui contredis quelque peu les propos de S. Truffaut, lorsque, parlant des dirigeants italiens et espagnoles, il écrit : « Leur réaction est d'ailleurs très révélatrice de leur agacement: les responsables espagnols et italiens ont évoqué la création d'une Union latine au sein de l'UE. » Certes, on ignore pour l'instant quelle position prendra à ce sujet Sergio Berlusconi, le nouveau président du Conseil italien. Mais on le verra lors de la réunion qui se tiendra à Paris le 14 juillet.

Quant à l'Union latine, elle existe depuis longtemps. C'est une organisation internationale fondée en 1954 par la Convention de Madrid pour mettre en valeur et diffuser l'héritage culturel et les identités du monde latin. Présente sur quatre continents, elle regroupe 37 États membres et a accordé le statut d'observateur à 3 autres États. L'Union Latine développe des projets multilatéraux concernant tous les États membres. Pour accomplir sa mission elle s'est dotée d'un réseau de représentations dans une vingtaine de pays.

Enfin, il faut mentionner que l'approbation du nouveau traité consacrant l'union européenne, le Traité de Lisbonne. A ce jour, douze pays sur 27 ont ratifié le texte : la Hongrie, la Slovénie, Malte, la Roumanie, la France, la Bulgarie, la Pologne, l'Autriche, la Slovaquie, le Portugal, le Danemark et l'Allemagne.

Il faut comprendre ce que peut signifier pour 27 pays qui ont une histoire, une culture, une origine différentes, ponctuées de conflits, de guerre, de luttes, de concurrences, se mettre d'accord. C'est un immense travail qui ne peut que prendre des années et des années. Nous n'arrivons même pas au Canada, à mettre d'accord des provinces que des conflits guerriers n'ont pourtant jamais opposés, sur des questions constitutionnelles beaucoup moins complexes que celles qui confrontent les pays européens.

Lorsque S. Truffaut conclut son article en disant : « En un mot, l'Union européenne est devenue une auberge espagnole », il ne fait pas dans la dentelle et son texte manque de nuances. Manifestement, il oublie complètement d'où partent les pays européens et le chemin qu'ils ont déjà parcouru.

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