Affaire Bruno Fortier: la version de Gagnon-Tremblay évolue encore
Mots clés : Monique Gagnon-Tremblay, Bruno Fortier, insubordination, Commission d'enquête, Québec (province)
Le premier Charest témoigne aujourd'hui

Photo: Clément Allard
Ainsi, il a tenté de montrer que ce ne sont pas des problèmes purement administratifs, comme l'affirme la ministre depuis le début, qui auraient conduit à son rappel. Selon lui, les autorités du ministère avaient même approuvé 17 des 19 points de la réorganisation radicale de la délégation qu'il comptait faire. Deux points restaient en suspens: une hausse de la «norme de logement» à New York et une promotion d'un membre du personnel. Ce dossier, a-t-il expliqué avec insistance, avait été géré par lui «de façon collégiale et professionnelle». Et il comptait faire faire des économies au ministère. C'est plutôt une plainte de harcèlement psychologique qui lui a fait perdre son emploi.
Le sous-ministre Alain Cloutier a confirmé, hier, que ce ne sont pas une, mais au moins deux plaintes pour harcèlement psychologique qui ont été déposées contre M. Fortier. Lors de son entrevue-choc et exclusive avec notre collègue Kathleen Lévesque (Le Devoir du 4 avril), M. Fortier avait d'ailleurs parlé de plus d'une «plainte». Mais hier, à plusieurs reprises, il parla d'une seule plainte.
En fait, l'une d'entre elles serait devenue «caduque, en raison du départ de M. Fortier», comme l'a révélé le sous-ministre Cloutier, en fin de journée hier. La plaignante aurait abandonné les procédures puisqu'elle considérait, avec ce départ, avoir «obtenu satisfaction».
Au reste, une ancienne attachée commerciale, Mira Clément, congédiée en 2004 par M. Fortier, a assisté à une partie des audiences hier. Elle souhaitait pouvoir déposer «un constat devant la commission», mais attendait de pouvoir être assermentée pour le faire. Ce que les libéraux ont refusé hier en fin de journée. Mme Clément disait pouvoir présenter des «faits» utiles à la commission. Devant les médias, elle a parlé «des employés de la délégation qui, eux, n'ont pas de voix, parce qu'ils ne sont pas syndiqués, d'une part, et parce que, également, il y a une grande peur, finalement. Il y en a parmi eux qui m'ont encouragée à être ici aujourd'hui», a-t-elle déclaré.
Trois erreurs
Visiblement excédée par cette affaire, la ministre Gagnon-Tremblay a soutenu avoir toujours «dit la vérité» lorsqu'elle en a traité depuis la mi-mars. Elle a maintenu hier que «ce n'est pas la plainte de [harcèlement psychologique] qui a conduit» au congédiement de M. Fortier, mais bien une suite de trois erreurs de sa part.
D'abord, M. Fortier a échafaudé un plan de restructuration de la délégation «sans l'aide du ministère». Ensuite, M. Fortier a déclaré qu'il avait l'autorité voulue pour changer le fonctionnement de la délégation et se serait même montré impatient de voir ses desseins mis en pratique. Or, a soutenu la ministre, «il n'y a aucun délégué général qui a plein pouvoir de faire quoi que ce soit dans nos délégations. Une fois que le délégué général est nommé, il relève du sous-ministre». Par la suite, en janvier, le ministère est mis au courant qu'une plainte a été déposée par une employée contre M. Fortier. Le ministère dit alors à ce dernier de laisser de côté son plan de restructuration et lui ordonne de ne faire aucun geste à l'encontre de la personne qui a porté la plainte. Mais «malgré tout, encore une fois, il n'écoute pas», a lancé la ministre qui a multiplié les qualificatifs à l'endroit de M. Fortier, notamment celui d'«entêté». À la première occasion, M. Fortier «fait transmettre à la personne visée [la plaignante] une note disant que ses charges administratives sont modifiées. Troisième erreur, insubordination», a conclu Mme Gagnon-Tremblay. Cette dernière a dit que M. Fortier avait eu de bonnes évaluations comme directeur des services économiques. «Vous comprendrez que, personnellement, j'aurais tellement souhaité que ça fonctionne», a-t-elle dit.
Loyer non payé
Par ailleurs, M. Fortier a admis hier que, malgré une prime de quelque 6300 $ par mois pour le logement, le ministère a dû acquitter son loyer pendant quatre mois. M. Fortier a confirmé que le propriétaire de l'appartement où il logeait s'est plaint à deux reprises du non-paiement de loyer. «Sa date était le 1er du mois, et le bâilleur était très sévère. Il m'imposait des amendes de 250 $, passé le 1er du mois», s'est défendu M. Fortier.
Originaire de Sherbrooke, M. Fortier est un ami d'enfance de Jean Charest. L'ancien délégué a d'ailleurs confirmé hier avoir passé la soirée électorale du 26 mars 2007 en compagnie «de la famille du premier ministre et de ses conseillers».
Il est aussi un proche de la ministre Monique Gagnon-Tremblay. Il a affirmé hier avoir connu la ministre dès 1978. Par la suite, il a travaillé de façon bénévole pour Mme Gagnon-Tremblay (députée de Saint-François en Estrie) lors d'une campagne électorale.
Parce qu'il est minoritaire en chambre, le parti ministériel a été contraint par les deux groupes d'opposition de tenir ces audiences devant la commission de l'Administration publique. Les travaux se poursuivent aujourd'hui avec la comparution du premier ministre Jean Charest, de l'ancien délégué général à New York, Michel Robitaille, du conseiller à la délégation de New York, André Prince, et de la directrice des ressources humaines au MRI, Josée Cerone.
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