Dur coup pour nos minières en Équateur

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Claude Chiasson
Édition du mardi 29 avril 2008

Mots clés : compagnies minières, Économie, Canada (Pays), Équateur (pays)

La nouvelle est tombée le jeudi 17 avril. Et elle a eu l'effet d'une bombe parmi certaines petites compagnies minières canadiennes.

Comme vous le savez, les pays émergents manifestent le fervent désir de mieux contrôler leurs ressources naturelles pour en récolter pleinement les fruits. L'ère de l'exploitation pure et dure de leur richesse par les capitalistes étrangers est donc bel et bien révolue.

Cette volonté politique combinée aux règles sur l'environnement de plus en plus strictes font qu'il devient de plus en plus laborieux d'exploiter des nouvelles mines. Or, avec un PIB qui croît toujours à plus de 10 % l'an (rythme maintenu au premier trimestre 2008 en dépit du fort ralentissement de l'activité économique aux États-Unis), la Chine a soif, très soif de matières premières. L'Inde aussi. Les prix des matières premières, même après avoir triplé dans bien des cas depuis cinq ans, continuent d'atteindre de nouveaux sommets. Des hausses de prix qui rendent encore plus alléchant pour les pays émergents le pactole que sont leurs ressources naturelles.

Résultat: on nationalise ses richesses. Hugo Chávez, le président du Venezuela, est celui qui a certainement lancé le mouvement. D'abord en nationalisant tout le territoire du fleuve Orénoque qui est l'équivalent de nos sables bitumineux en Alberta. Pour ce faire, la compagnie pétrolière gouvernementale Petroleos de Venezuela s'accaparera une participation de 60 % dans les quatre plus importants projets d'exploitation de cette région, projets appartenant jusque-là aux grandes firmes pétrolières Exxon Mobil, Petroleum Plc., StatOil, Total et ConocoPhillips.

Après le pétrole, ce sera au tour des cimenteries d'être la cible de la nationalisation. C'est ce qu'a annoncé Hugo Chávez il y a deux semaines. Son gouvernement entame sur-le-champ les démarches pour reprendre le contrôle de la fabrication de ciment, visant ainsi les activités de Ciment Lafarge, de Cemex et de la firme suisse Holcim.

Le mouvement lancé par Hugo Chávez risque maintenant de s'étendre à d'autres parties de l'Amérique du Sud. On a pu le constater il y a deux semaines avec l'annonce-choc du président de l'Équateur d'imposer un moratoire de six mois sur toute l'exploration minière menée dans son pays. Le président Raphaël Correa n'a jamais caché son intention de marcher dans les traces de son homologue vénézuélien. Au terme du moratoire, de nouvelles règles régiront le secteur minier, et certains projets tomberont probablement en tout ou en partie sous la coupe du gouvernement. Selon le ton utilisé dans le texte du moratoire, Correa semble vouloir opter pour la ligne dure en menaçant de s'approprier les projets sans aucune autre compensation.

La nouvelle a durement secoué les assises de certaines petites compagnies minières canadiennes. En tête de liste se trouve Aurelian Resources qui est certainement la compagnie ayant fait la plus importante découverte d'or des dernières années. La compagnie a en effet identifié le filon de Fruta Del Norte en Équateur dont les réserves estimées s'élèvent maintenant à 13 millions d'onces d'or et à 26 millions d'onces d'argent. À la suite de la nouvelle, le cours de l'action d'Aurelian s'est littéralement effondré passant en deux jours d'un peu plus de 8 $ à près de 4 $.

Corriente Resources est une autre firme canadienne touchée de plein fouet par le moratoire. L'entreprise mène des travaux d'exploration indiquant un important gisement de cuivre dans la même région qu'Aurelian Resources. Le cours de son action a fléchi de plus de 1,50 $ pour terminer la semaine dernière à 3,62 $.

Heureusement, ce ne sont pas toutes nos compagnies minières qui sont touchées par ce durcissement des règles de contrôle de certains pays émergents. Yamana Gold, un producteur d'or dont la production annuelle franchira en 2008 la barre du million d'onces d'or, est active au Brésil, en Argentine et au Chili où les gouvernements sont beaucoup plus conciliants envers les compagnies étrangères. Idem pour Kinross Gold dont les projets sont aux États-Unis, Chili, Brésil et en Russie (ici, le gouvernement est moins conciliant).

Enfin, Barrick Gold, le plus important producteur d'or au monde dont l'action fait aussi partie de notre univers de placement, n'est aucunement présent en Équateur. Ses projets et mines se trouvent aux États-Unis, au Brésil, Chili, Pérou, Australie et en Afrique.

Il reste que cet événement survenu il y a deux semaines en Équateur illustre bien la difficulté de développer de nouvelles mines pour répondre à la demande croissante de par le monde pour les métaux industriels. Et il n'est pas dit que cette prise de conscience pour un meilleur contrôle de ses ressources ne s'étendra pas éventuellement à d'autres parties de l'Amérique du Sud. Voilà un autre facteur qui fera que les Occidentaux devront payer très cher pour maintenir leur actuel niveau de vie.

***

cchiasson@proplacement.qc.ca

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