L'Union sans union

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Serge Truffaut
Édition du mardi 29 avril 2008

Mots clés : Angela Merkel, Union méditerranéenne, Nicolas Sarkozy, France (pays)

Conçue et mise en place par Nicolas Sarkozy, l'Union méditerranéenne (UM) ressemble de plus en plus à un... mouton à cinq pattes. Dévoilé après sa victoire à la présidentielle, son projet avait pour ambition l'émergence d'une organisation indépendante de l'Union européenne. Mais, voilà, la manière employée par le président français ainsi que son objectif ayant suscité l'ire de la chancelière Angela Merkel, celle-ci a brandi un certain nombre de menaces, notamment financières.

La réaction, par ailleurs compréhensible, de Merkel a eu l'effet d'une douche écossaise: le plan initial a été édulcoré. Mais ce qui frappe dans cette histoire, ce qui retient l'attention, c'est que l'UE déjà affaiblie par les péripéties du traité constitutionnel et un élargissement aussi rapide qu'ample de ses frontières est plus divisée aujourd'hui qu'elle ne l'était il y a un an. Pour faire court, soulignons que les égoïsmes nationaux ont pris le pas sur le sentiment communautaire. Reprenons.

Dans l'histoire de l'UE, jamais la confrontation entre l'Allemagne et la France n'a été aussi vive qu'actuellement. De Sarkozy, Merkel attendait qu'il accorde ses violons avec ceux de Berlin comme le faisaient ses prédécesseurs, à des degrés divers évidemment. En fait, les Allemands souhaitaient même qu'il dépense une partie de son énergie au renforcement du noyau dur de l'Europe pour soulager les handicaps politiques constatés au sein de certaines nations de l'ex-bloc soviétique.

On pense notamment à tout ce qui a trait à la politique de défense commune ainsi qu'aux affaires étrangères. Car, à la suite des ententes que la Pologne et la République tchèque ont signées avec Washington pour la construction d'un bouclier antimissile, la confection d'une défense européenne est devenue plus aléatoire ou incertaine. Ajoutons à cela que la Grande-Bretagne s'étant engagée aux côtés des États-Unis en Irak sans avoir consulté ses alliés européens, l'émergence d'une Europe politique a été rangée de facto au rayon des rêves perdus. À moins...

À moins que les dirigeants allemands et français s'appliquent à renverser la vapeur et prennent le leadership du camp ne voulant pas que l'UE soit transformée en une banale zone de libre-échange. En proposant une Union méditerranéenne, Sarkozy a heurté non seulement sa collègue, mais également ses homologues espagnol et italien. Ces derniers, en effet, n'ont guère apprécié l'activisme de Sarkozy sur ce front. En fait, ils ont vu dans son initiative une volonté de dirigisme à la française propre à saper les intérêts qui sont les leurs en Algérie, au Maroc et en Tunisie. Leur réaction est d'ailleurs très révélatrice de leur agacement: les responsables espagnols et italiens ont évoqué la création d'une Union latine au sein de l'UE. En un mot, l'Union européenne est devenue une auberge espagnole.


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