Tibet - Le geste d'ouverture de Pékin suscite doute et colère en Chine

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Reuters
Édition du lundi 28 avril 2008

Mots clés : dalaï-lama, Tibet, Jeux olympiques, Gouvernement, Chine (République populaire) (Pays)

De nombreux étudiants chinois se sont rassemblés hier pour souligner le passage de la torche olympique à Séoul. Des manifestants se regroupent maintenant régulièrement pour contrer les rassemblements contre la Chine.

Photo: Agence Reuters

Pé kin -- Le geste d'ouverture de Pékin vers le dalaï-lama apparaissait bien fragile hier à la lecture d'un éditorial de la presse officielle dénonçant la «clique du dalaï-lama» et célébrant les «héros» qui défendent la Chine des défenseurs de la cause tibétaine.

La Chine a annoncé vendredi qu'elle était prête à rencontrer des représentants du chef spirituel en exil des Tibétains, qu'elle accuse d'orchestrer des troubles en vue de saboter les Jeux olympiques de Pékin.

«La clique du dalaï-lama maîtrise depuis toujours les joutes verbales, et les idées qu'elle lance donnent le vertige», a écrit hier le Quotidien du Peuple, organe de presse officiel du Parti communiste chinois, avant d'ajouter: «Les questions de souveraineté ne sont pas soumises à débat, et les entreprises de division de la Chine échoueront à coup sûr.»

Le journal rend hommage aux manifestants chinois qui se regroupent désormais régulièrement sur le parcours de la flamme olympique pour contrer les rassemblements critiques contre la Chine. «Face à l'indépendance du Tibet, le gouvernement et le peuple chinois, et les Chinois de l'étranger, ont affiché une unité sans précédent [...]. Ceux qui adhèrent à l'unité nationale sont des héros de la nation et ceux qui divisent la nation sont des criminels face à l'histoire.»

Ruse

Un membre influent du parlement tibétain en exil a estimé hier que l'offre de dialogue des autorités chinoises relevait de la ruse et a affirmé qu'il n'y avait eu encore «aucun contact officiel». «Cette annonce ne vise qu'à détourner les pressions et fournit de fausses garanties aux dirigeants occidentaux», a dit Khedroob Thondup, neveu du dalaï-lama, joint par téléphone en Inde.

Le parlement tibétain en exil se revendique comme le représentant des aspirations véritables de la région.

Samedi, le dalaï-lama avait réagi avec prudence au dialogue proposé la veille par Pékin. «Cela dépend du type de discussions. Si ce sont des discussions sérieuses, c'est très souhaitable. S'il s'agit d'un simple face-à-face, cela n'a pas grande signification», a dit le chef spirituel en exil des Tibétains à Reuters Télévision.

Depuis 2002, six cycles de discussions ont été engagés entre la Chine et des émissaires du dalaï-lama, mais n'ont produit aucun résultat tangible. Le geste d'ouverture est parallèlement accueilli avec amertume par certains blogueurs chinois. «Quiconque négocie avec le "DL" est un traître qui vend notre pays», déclare l'un d'eux sur le site Tianya.

Un autre, sur le site bokee.com, estime que ce geste a «douché la passion patriotique». «Où est la crédibilité du gouvernement quand il fait volte-face de cette manière?»

Un ancien conseiller de haut rang du gouvernement, Wu Jiaxiang, estime cependant que le président Hu Jintao est suffisamment sûr de son autorité pour ne pas craindre les critiques émanant des franges nationalistes. «Le gouvernement est convaincu que la colère de l'opinion restera concentrée sur les manifestants pour l'indépendance du Tibet», dit-il. «Le dialogue pourrait ne déboucher sur rien de substantiel, mais le fait de dialoguer pourrait déjà panser quelques-unes des blessures de ces dernières semaines.»


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