États-Unis - La CIA fait fi du droit international

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Reuters
Édition du lundi 28 avril 2008

Mots clés : Torture, Justice, CIA, Gouvernement, Terrorisme, États-Unis (pays)

Des méthodes d'interrogation interdites peuvent être justifiées s'il s'agit de prévenir des attaques terroristes

Le Capitole où siège le Congrès américain.

Photo: Agence Reuters

New York -- De récentes lettres adressées au Congrès par le département de la Justice stipulent que les agents américains chargés de prévenir des attaques terroristes peuvent légalement recourir à des méthodes d'interrogatoire interdites par le droit international, rapportaient hier le New York Times et le Washington Post.

L'été dernier, le président George Bush avait publié un décret affirmant que la CIA respecterait les conventions internationales sur le traitement des détenus. Ces lettres indiquent toutefois que le gouvernement fédéral soutient que ces limites peuvent être outrepassées dans certains cas.

Ainsi, une lettre du département de la Justice en date du 5 mars fait valoir que l'administration Bush n'a pas défini quelles méthodes d'interrogatoire pourraient par exemple constituer un «outrage à la dignité personnelle», qui est banni par les conventions de Genève, précise le New York Times.

«Le fait qu'une action soit entreprise pour prévenir une menace d'attaque terroriste, plutôt que la volonté d'humiliation ou d'abus, devrait être relevé par un observateur raisonnable pour mesurer le caractère outrageux de cette action», écrit Brian Benczkowski, un assistant de l'Attorney general, dans un courrier. «Certaines interdictions comme l'interdiction d'"atteindre à la dignité de la personne" invitent à considérer les circonstances entourant les actions» entreprises, écrit-il encore, selon le Washington Post.

Pour le professeur Scott L. Silliman de la Duke University, cette interprétation montre que l'administration Bush entend ainsi rendre acceptables des méthodes qui, autrement, serait considérées comme étant illégales sur le plan international. «Ce que disent [les gens du ministère de la Justice], c'est que si mon intention est de défendre les États-Unis plutôt que de vous humilier, alors je n'ai commis aucune offense», a-t-il expliqué au New York Times.

Vendredi, un membre de ce ministère avait toutefois rejeté cette interprétation en précisant que le but de l'interrogatoire n'était qu'un facteur parmi plusieurs autres pour en déterminer la teneur. «Je ne veux certainement pas dire qu'une bonne raison suffit pour humilier et dégrader un individu», avait-il confié au New York Times en demandant l'anonymat.

Les lettres ont été rendues publiques par les services du sénateur démocrate Ron Wyden, membre de la commission du Renseignement. Celle-ci avait été informée de manière confidentielle sur ces questions et Wyden avait demandé des informations supplémentaires, ce qui a donné lieu à ce courrier.

Le président George W. Bush a opposé son veto en mars à un texte qui interdirait de facto à la CIA de recourir à des méthodes d'interrogatoire dénoncées par leurs détracteurs comme de la torture, telle la simulation de noyade. Le Congrès, où les démocrates sont majoritaires, a adopté en février un texte de financement dont une disposition contraindrait les services de renseignement à se conformer au manuel des règles d'interrogatoire imposées aux militaires.

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Avec l'AFP


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