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Cultiver notre jardin
Sinon, le voici, retouché:
Cultiver notre jardin
Madame Bombardier, je perçois dans vos propos un tantinet de dépression post-tour du monde. Comme Ulysse de retour d'un long voyage, quelle chance vous avez de mettre en perspective notre coin de pays qui, j'en conviens avec vous, vole parfois bien bas, comme au royaume de Pénélope aux prises avec des guéguerres de palais. Après les luttes, après les âpres constats de défaite, de déception, religieuse ou politique, ou les deux à la fois, après la perte de la foi et des référendums, pourquoi ne pas entrer dans l'ère de l'espérance, de la célébration. Nous avons tout plein de héros qui ne sont pas tous morts en croix ou montés aux barricades mais qui ont une abondance d'énergie à transmettre, une oeuvre, un art, une danse, une fresque, une science, un produit, une chanson, une série, une vie. Je pense à une Fabienne Larouche, inépuisable créatrice qui à sa fin de saison a réussi le coup de rendre hommage à nos soldats morts en Afghanistan en plein mariage de sa Virginie. Je pense aux Dany Turcotte qui nous font découvrir des côtés cachés de nos vedettes et, du coup, l'effervescence de gens créateurs et inventifs dans les Chesterville et Castleman du pays. Je pense aux Norman Brathwaite, aux Alain Lefebvre, aux René Simard qui, tout en mettant en valeur nos icônes de la scène, de la musique ou de l'écriture, on en a une pléthore, nous font aussi connaître la relève. Et pourquoi pas bien sûr prendre allègrement pour nos Canadiens. N'en déplaise aux Pauline Marois qui jugeraient le cri trop «habitant», même s'il n'y a plus grand «habitants francophones» dans la sainte flenelle, Go Habs, Go! À mes Sénateurs, j'ai aigrement dit «À la prochaine». Je pense aussi aux Jean Lemire qui auscultent les confins polaires pour documenter le réchauffement climatique, aux Julie Payette qui contemplent la même planète d'une navette-belvédère, et j'en éclipse. Ah oui, mon préféré, le Cirque du Soleil devenu la troupe phare internationale du spectacle, de la célébration par la musique, la danse et l'époustouflant art acrobatique, sur terre, dans les airs et les eaux. Je pense aussi aux Robert Lepage qui va faire de vieux silos une ode à notre histoire. Voyez en ces quelques raisons de célébrer une sorte de polénisation, d'ensemencement prometteurs . De la profession de foi, pourquoi ne pas passer maintenant à la célébration de l'espérance. Tout en reconnaissant bien que nos protestations ne serviront pas à régler le différend Chine-Tibet, pourquoi ne pas maintenant encourager nos jeunes à monter sur le podium. Et si au lieu de nous battre et de conquérir, sans pour autant cesser de le faire, notamment sur les marchés, nouveau Candide, nous nous occupions maintenant davantage, après avoir retrouvé notre Cunégonde, truelle en main, de cultiver notre jardin!
Pascal Barrette
Ottawa
