Cette approche axée sur l'intervention pratique comporte de grands avantages. Mais peut-on vraiment la qualifier de philosophique ? Au sens large oui. C'est ce que souligne l'étymologie du terme : amour de la sagesse. Dans ce sens large donc, tous ces projets axés sur l'éthique pratique sont une façon très intéressante de faire de la philosophie. Mais j'espère qu'on aura auparavant réellement fait ses classes, appris au moins les grandes idées développées depuis vingt-cinq siècles de réflexion théorique autant dans le domaine de l'éthique que dans celui de la cosmologie ou de la métaphysique. Ce qui me rassure dans cette nouvelle orientation, c'est l'accent sur la multidisciplinarité. Autrement dit, la philosophie n'a plus besoin de se cantonner dans la contemplation des idées. Elle a même l'obligation de faire appel à différentes sciences pour mieux connaître cet animal qu'Aristote disait raisonnable. Si sa réflexion peut conduire à une action mieux intégrée humainement, tant mieux. Ou même, comme le suggère Pierre Vallée, «intervenir en amont du problème.»
Il ne faudrait quand même pas que la philosophie universitaire s'en tienne à cette approche proactive. Ce serait réducteur. Le courant plus contemplatif devrait aussi pouvoir se développer dans une même université. Autrement le terme de philosophie serait abusif. Celui de sciences sociales serait plus juste.