Pour prouver jusqu'à quel point le mouvement étudiant des années 1960 fut le fer de lance de la société hyperindividualiste et hypercapitaliste d'aujourd'hui, il faut se référer au documentaire des années 1980 réalisé par Daniel Cohn-Bendit intitulé "Nous avons tant aimé la révolution" (1986). Dans ce documentaire, "Dany le rouge" interview le grand stratège du mouvement hippie américain des années 1960 Jerry Ruben. Ayant été un des leaders du mouvement hippie les plus redoutés par Washington à l'époque, il n'a pas hésité à raser sa barbe dans les années 1970 pour revêtir un complet cravate et vanter sa carte American Express. Le discours qu'il livrait à Cohn-Bendit est estomaquant : on ne pouvait s'imaginer qu'un homme aussi radical que lui ait pu si rapidement se convertir aux valeurs du capitalisme dont il ne cesse de faire l'éloge pendant l'entrevue. Il nous livre un discours de fanatique sur les bienfaits de la réussite, de la performance et de l'argent qui passerait aujourd'hui pour caricatural. Malheureusement, c'est qui faut retenir aujourd'hui de cette soi-disant révolution, c'est que la majorité des acteurs du mouvement étudiant ne se sont nullement culpabilisés de l'absence du contenu de leur message. De la sorte, on ne doit pas s'étonner que le fameux slogan de Mai 68 "Soyons réaliste, exigeons l'impossible" soit devenu le mot d'ordre du néolibéralisme.