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L'Amélanchier

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michel chayer
Envoyé Le samedi 26 avril 2008 17:00



Pierre Vallières, Francis Simard, les frères Rose, ils avaient tous été élevés à Coteau-Rouge, i.e. Ville Jacques-Cartier ; Vallières, à un jet de pierre de la clinique du bon docteur Jacques Ferron.

Les gens de Ville Jacques-Cartier se souviennent du Dr Ferron, non pas de l'auteur, mais plutôt de la générosité du médecin. Parmi les anciens de Coteau-Rouge, ceux de l'époque où l'argent primait sur les soins, encore aujourd'hui parlent-ils du Dr Ferron avec affection, et certains sont bien étonnés lorsqu'ils apprennent que Jacques Ferron était aussi un écrivain...

Et, contrairement à ce qu'ânonnent les indépendantistes de droite - Patrice Bourgeois (journal Le Québécois) en tête-, l'idéologue du FLQ ce ne fut pas le funeste Raymond Villeneuve, mais plutôt ce même Pierre Vallière.

Ville Jacques-Cartier :

« (..) L'autobus se remplit peu à peu de voyageurs et s'engagea sur le pont. J'ouvris mes yeux bien grands pour contempler le fleuve, les bateaux, l'île Sainte-Hélène. Puis l'autobus atteignit l'autre rive. Mon père et moi n'étions jamais allés de ce côté du fleuve. Nous étions complètement dépaysés. L'autobus continua tout droit sur la rue Sainte-Hélène, puis vira à gauche sur le chemin Coteau-Rouge. Ce chemin était une vraie route de campagne. Étroit, zigzaguant, cahoteux il traversait d'immenses champs où apparaissaient, ici et là, quelques cabanes de bois ou de "tôle". Pendant une assez longue distance, nous n'aperçûmes que des champs déserts. Puis nous vîmes une ferme, avec une basse-cour et quelques vaches au bord du chemin. Enfin, l'autobus s'engagea dans une espèce de village et un gros nuage de poussière qui avait un goût de terre sèche, de pierre émiettée, de sécheresse, nous pénétra par le nez, les oreilles, les yeux et la bouche. Le conducteur, se retournant vers mon père, cria:"On arrive!" L'autobus vira à gauche et s'engagea sur la rue Briggs. Le nuage de poussière cachait les maisons et faisait disparaître la rue derrière nous à mesure que nous avancions.- Saint-Thomas!

Nous nous levâmes. L'autobus s'arrêta, le conducteur nous souhaita bonne chance, comme un ami vous serre la main et vous encourage, alors qu'il trouve insensée l'aventure que vous vous apprêtez à vivre. Nous descendîmes de l'autobus, maladroitement; nous étions nerveux comme des voyageurs qui pénètrent dans un pays incertain.

Était-ce possible que la liberté se trouvât dans ce petit village aux rues de terre, aux petites maisons délabrées et dispersées, se trouvât dans ce coin perdu, rempli de poussière et d'enfants sales? » -Pierre Vallières., - Nègres blancs d'Amérique -., Montréal : Parti Pris, 1968, 402 pages.

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