Revue de presse - La loi des uns et des autres
Mots clés : Parti conservateur, Justice, Gouvernement, Canada (Pays)
La perquisition au quartier général du Parti conservateur a fait mal. La tentative du PC de manipuler les médias, le cirque qui s'est ensuivi et la divulgation complète des allégations d'Élections Canada ont mis le parti sur la défensive toute la semaine. Il s'est retrouvé bien seul. Tous les médias conviennent que les tribunaux décideront de la légalité du système dit du «in and out» utilisé par les conservateurs pour accroître leurs dépenses publicitaires, mais qu'en est-il de l'éthique du geste?
En Saskatchewan, où on est encore traumatisé par un énorme scandale politique survenu sous le règne de Grant Devine, on ne rit pas. Chroniqueur au Star-Phoenix, de Saskatoon, Randy Burton trouve que les conservateurs «font de leur mieux pour paraître coupables».
En tentant de dévoiler le mandat à seulement quelques journalistes pour ensuite s'enfuir par une sortie de secours, les dirigeants conservateurs ont renforcé l'impression qu'ils avaient quelque chose à cacher et donné plus de poids aux allégations, renchérit le Globe and Mail. Avant la publication du mandat, les conservateurs ont tenté de confondre les Canadiens, mais si les allégations se confirment, ceux qui ont cru les promesses d'intégrité du parti y penseront à deux fois avant de l'appuyer de nouveau. Le Globe ne remet pas en question le résultat des dernières élections mais «la légitimité des raisons mises en avant par les conservateurs pour séduire les électeurs».
Pour ou contre
La plupart des médias craignent que cette affaire n'ait un effet «corrosif», comme le dit James Travers, du Toronto Star, sur ce qui reste de confiance populaire dans le système politique. «Ce qui rend la limitation des dommages plus difficile, c'est que de plus en plus de Canadiens croient maintenant comprendre les conservateurs [...] suffisamment du moins pour leur refuser le bénéfice du doute», écrit-il. Le Telegram, de St. John's, se demande avec un cruel cynisme s'il est possible de trouver un politicien pour qui tricher n'est pas une seconde nature.
Mais les conservateurs ont leurs rares alliés. Collaborateur au National Post, David Frum affirme que la bureaucratie a affiché «sa profonde hostilité idéologique à l'égard du droit à la liberté d'expression». Il rappelle qu'un candidat doit généralement sa victoire à la popularité de son chef et de son parti et qu'il est donc normal qu'il veuille en faire la promotion. «Ce que les adversaires du gouvernement Harper tentent de présenter comme une conspiration est en fait un comportement rationnel: mettre des fonds locaux là où ils auront le plus de retombées pour le candidat.» Frum passe sous silence le fait que ces fonds soi-disant locaux sont venus du parti pour y retourner aussitôt et que les décisions au sujet de la publicité n'ont jamais été prises localement. Mais peu importe les faits, Frum estime qu'Élections Canada n'a pas à se mêler de ce qui est de la publicité locale ou nationale. La solution, selon lui, serait d'amender la loi pour ne pas limiter la liberté d'expression.
L'équipe éditoriale du National Post fait une nuance. Les règles invoquées par Élections Canada ont beau être stupides et même «antidémocratiques» -- elles devraient être éliminées, croit-il --, elles doivent être respectées tant qu'elles sont en vigueur. «Si les conservateurs les ont sciemment violées, ils doivent en subir les conséquences.» Le Post, lui, ne croit pas qu'une «limite sévère sur ce que les politiciens amassent et dépensent pour se faire élire élimine l'influence de l'argent lors des élections ou permet aux partis et aux candidats de se battre à armes égales». Selon lui, la meilleure manière de rendre les élections justes et transparentes est de rendre publics les noms des contributeurs et le montant qu'ils ont versé. «Toute restriction plus grande que celle-là est non seulement une insulte à la capacité des électeurs de se faire une idée, mais une limite à la liberté d'expression des candidats.»
Polygamie
Pendant que les autorités texanes tentent de démêler les liens familiaux de centaines d'enfants et d'adultes évacués du sanctuaire d'une église mormone polygame, celles de la Colombie-Britannique, où vit une secte similaire, n'arrivent pas à se décider. Depuis des années, le gouvernement se fait dire par ses juristes que ce serait porté atteinte à la liberté de religion que de s'attaquer à la polygamie pratiquée pour des raisons religieuses. Deux rapports récents lui ont conseillé de demander l'avis des tribunaux. Le Globe and Mail rappelle que les tribunaux préfèrent trancher des cas concrets. «Un procès sur la polygamie [...] pourrait fournir, au public comme à la magistrature, un portrait solide de la pratique de la polygamie et de ses liens ou non avec la liberté de conscience et de religion, la justice fondamentale, le droit de bénéficier sans discrimination et en toute égalité de la protection de la loi et ainsi de suite.» Le Globe n'est pas fermé à un renvoi mais estime que le meilleur choix reste une vraie poursuite en vertu du Code criminel.
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A l`aide car nous avons un CV à inventer! - par Pierre-S Lefebvre
Le samedi 26 avril 2008 09:00

