La Chine et l'Inde: des rivaux de taille

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Claude Chiasson
Édition du samedi 26 et du dimanche 27 avril 2008

Mots clés : ALENA, Alimentation, Économie, Inde (pays), Chine (République populaire) (Pays)

Fort intéressant, l'article du Devoir du 15 avril intitulé «Famine et inflation». Il se trouve que je connais bien la rue Drolet, ses restaurants, ses bistros, et que des amis y habitent.

Une chose qui revient souvent de nos jours, c'est l'émergence de l'Inde comme grande puissance économique, selon les médias. Or il n'y a rien de plus éloigné de la réalité. Un seul fait, mais de taille, suffira: saviez-vous qu'il y a quelque 487 millions d'Indiens qui n'ont pas accès à l'électricité? Vous avez bien lu: 487 millions d'habitants de l'Inde sont privés d'un service aussi essentiel que l'électricité. Combien de fois ce fait important a-t-il été rapporté par les médias? Zéro.

Son concurrent, la Chine, compte seulement huit millions de personnes privées de cette fée l'électricité, ce qui fait moins de 1 % de la population chinoise. L'Égypte a 1,5 million d'habitants dans cette situation, soit environ 1,5 % de sa population.

Or comment peut-on avoir l'ambition de devenir une puissance économique si 44 % de la population indienne n'est pas branchée sur cette source d'énergie? On a beau chercher du bois et des broussailles pour faire cuire son repas, que peut-on faire sans électricité, à moins de vivre à l'âge de pierre ou presque? Les médias parlent souvent de l'Inde comme d'un pays à haute technologie, mais comment cela se peut-il vu cette situation désastreuse? Peut-on se brancher sur Internet sans électricité? Mystère.

L'Inde comme grande puissance est une fraude intellectuelle. Si on est le deuxième pays du monde par sa population, c'est sûr que le PNB sera important en taille, mais est-ce suffisant pour prétendre au club des pays modernes et puissants? Les faits démontrent que le PNB indien s'élève à 2700 $ par habitant, un chiffre très bas même en tenant compte de la parité du pouvoir d'achat. Le pauvre Irakien, lui, qui est plongé dans une guerre interminable, récolte plus que l'Indien, soit 3600 $ par habitant. La Chine pèse 5300 $ par habitant, tandis que l'Égypte, un pays pauvre selon les normes du monde arabe, récolte 5400 $ par habitant. Le Canadien obtient en moyenne 38 200 $. Notre partenaire de l'ALENA, le Mexique, un pays qui n'est pourtant pas réputé riche, récolte 12 500 $ par personne.

Tous ces chiffres sont tirés de CIA, The World Factbook de 2007 (www.cia.gov/library/publications/the-world-factbook/rankorder/2004rank.html).

Si les chiffres de CIA, The World Factbook ne font pas autorité, faisons un tour du côté des Nations unies. Voici les classements de la Chine, de l'Inde et de l'Égypte.

- Rang selon le HDI (Human Development Index) d'après le rapport des Nations unies publié en 2007 avec les données de 2005-06: Chine 81e, Égypte 112e, Inde 128e (sur 177 pays et territoires classés).

- Espérance de vie à la naissance: Chine 72,5 ans, Égypte 70,7 ans, Inde 63,7 ans.

- Alphabétisation des adultes: Chine 90,9 %, Égypte 71,4 %, Inde 61,0 %.

Pourquoi cette chape de silence sur le retard flagrant de l'Inde? À mon avis, il faut chercher du côté de la politique et de l'idéologie néoconservatrice régnante en Amérique du Nord. C'est l'Inde comme contrepoids à la Chine. L'Inde notre «amie», la Chine notre prochaine ennemie.

Qu'en pensez-vous?

Salutations distinguées,

Charles Farah, B. Eng, MBA, Ottawa

Intéressants, tous les chiffres que vous donnez. Et effectivement, pour l'Inde comme pour la Chine et la plupart des pays émergents, leur richesse mesurée par le produit national brut (PNB) par habitant n'est pas très élevée lorsque comparée à celle des pays industrialisés. Cela dit, l'impact de la croissance globale des pays comme la Chine et l'Inde sur la demande des matières premières n'en est pas moins très important. Car avec un bassin de plus de deux milliards de personnes, toute augmentation du niveau de vie de ces habitants se traduit par une hausse significative de la demande pour les denrées de base et pour toute la panoplie des métaux industriels.

Tenez. Prenez l'exemple de l'automobile. Le plus important conglomérat indien, le Groupe Tata, projette d'introduire prochainement une petite voiture pour le peuple. Évidemment, pour que le projet puisse être un succès, la voiture doit être offerte à un prix adapté au faible niveau de richesse des habitants. Tata Motor, la filiale de l'automobile du Groupe Tata, a donc conçu la voiture de sorte que ses coûts de construction soient suffisamment faibles pour l'offrir aux acheteurs potentiels à un prix minimum de 2500 $US l'unité. Bien sûr, vu par le bout de la lorgnette des Nord-Américains, une voiture à un prix aussi faible ne vaut peut-être pas grand-chose. Mais, pour les Indiens, cette voiture représente la liberté pour se déplacer. Or, en dépit de son faible prix, si l'aventure s'avère un succès, la petite voiture pourrait vite être produite à coups de plusieurs millions d'exemplaires par année. Même si son prix correspond à une fraction du prix d'une petite voiture comparable en Amérique du Nord, les quantités requises en énergie, en acier, en plastique, en aluminium et autre matériau pour la construire ne seront pas de beaucoup inférieures à celles requises pour les petites automobiles américaines. Conséquence: une simple amélioration du niveau de vie des Indiens se traduit par une hausse énorme de la demande en volume pour les matières premières.

Avec des taux de croissance annuelle entre 7 % et 11 % du PIB, la Chine et l'Inde sont en mesure d'améliorer sensiblement leur niveau de vie au cours des prochaines décennies même si ces deux pays partent de très loin. La Chine est tellement avancée à ce chapitre que le gros de sa future croissance ne repose plus sur ses exportations mais sur le développement de son économie interne. Et, avec des réserves monétaires de près de 1500 milliards $US, son gouvernement a toute la latitude voulue pour fouetter la demande interne en plafonnant le prix du pétrole, en abolissant les droits à l'importation sur les matériaux de base, etc. Autrement dit, les Chinois sont désormais en mesure de nous disputer le partage des ressources naturelles à travers le monde.

Bien que moins avancée dans son développement, l'Inde deviendra d'ici peu un joueur important. Il ne faut pas oublier que l'Asie contribue déjà à presque 50 % de la croissance économique mondiale.

Les pays industriels ne sont plus seuls à se partager les richesses de la planète. Les pays émergents sont désormais de la partie. Or, en admettant que les richesses naturelles soient en quantité limitée, il faut s'attendre à payer de plus en plus cher pour celles-ci. Et cela a déjà commencé.

Même que cette croissance tous azimuts des pays émergents pose déjà de sérieux défis en matière d'approvisionnement. À moins d'un ressac économique sans précédent (ce qui ne peut pas être exclu), préparons-nous, les baby-boomers, à payer très cher pour maintenir notre niveau de vie actuel.

***

cchiasson@proplacement.qc.ca

Classe Internet: www.proplacement.qc.ca


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Le prix de la bouffe - par Simon Pinard (amaretto51@hotmail.com)
Le samedi 26 avril 2008 21:00

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