Mécanique et sans surprise

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Martin Bilodeau
Édition du samedi 26 et du dimanche 27 avril 2008

Mots clés : Hugh Jackman, Ewan McGregor, Tromperie, Cinéma, États-Unis (pays)

Dans un monde inimaginable où le contenant serait plus important que le contenu (humez l'ironie, s'il vous plaît), Deception, premier long métrage de Marcel Langenegger, cinéaste suisse issu de la pub, aurait droit à tous les égards: très belle photo de Dante Spinotti (L.A. Confidential), partition inspirée de Ramin Djawadi (Ask the Dust), climat insolite forgé avec soin, distribution de rêve (Ewan McGregor, Hugh Jackman, Michelle Williams) éclipsée, le temps d'une scène puissante, par l'ultrachic Charlotte Rampling.

Mais de quelle utilité sont tous ces atouts devant le scénario à ce point conventionnel et déjà vu de Mark Bomback (Live Free or Die Hard)? Comment, du reste, expliquer l'existence de cette énième variation sur les thèmes de l'amitié trahie, du guet-apens sexuel et de l'arroseur arrosé, dont les plus récentes (Sleuth, Derailed) n'étaient guère plus mémorables?

McGregor campe ici le bon bougre de service, vérificateur comptable de grandes firmes tombé dans les filets d'un as de l'arnaque (Jackman). Comment diable et pourquoi lui? Seul son coiffeur le sait. Toujours est-il qu'en quelques scènes, les deux hommes deviennent les meilleurs amis du monde, le comptable solitaire et timoré enviant au second, qui se fait passer pour un avocat prospère, sa confiance et ses conquêtes féminines. Coup de veine: leurs téléphones cellulaires, échangés «par mégarde», ouvrent au premier la porte de l'univers du second, notamment à son réseau nocturne de prostitution haut de gamme. Mais attention, l'interdit coûte cher et la facture du pauvre comptable sera salée: kidnapping de la gentille pute (Michelle Williams) dont il s'est épris, chantage visant à lui faire détourner des fonds en guise de rançon, et puis la police (Lisa Gay Hamilton, trop rare) qui s'en mêle. Môman!

Je vous en ai déjà trop dit, c'est dire combien l'affaire est mécanique et sans surprise. Cela dit, la familiarité que le film inspire ne joue pas entièrement contre lui, et sa qualité plastique supérieure à la moyenne nous love dans une bulle de confort. En outre, pour quiconque s'intéresse aux non-dits psycho-sexuels (les Anglos en raffolent), le film s'avère plutôt amusant, Langenegger ayant manifestement choisi d'exploiter le sous-texte homo-érotique qui éclaire cette rencontre au sommet entre l'acteur qui joue Obi-Wan Kenobi dans Star Wars et celui qui campe Wolverine dans X-Men. Leur rencontre initiale tient à ce point du flirt qu'on finit par se demander ce que les femmes, abondantes et fort jolies, viennent faire là-dedans -- sinon, peut-être, séparer les deux mâles par un matelas psychologique? How flattering.

Collaborateur du Devoir

***

Deception (Tromperie)
De Marcel Langenegger. Avec Ewan McGregor, Hugh Jackman, Michelle Williams, Lisa Gay Hamilton, Charlotte Rampling, Maggie Q. Scénario: Mark Bomback. Image: Dante Spinotti. Montage: Christian Wagner. Musique: Ramin Djawadi. États-Unis, 2007, 108 min.


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