Institut de recherches cliniques de Montréal - Prévenir, ce serait guérir les maladies cardiovasculaires

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Brigitte Saint-Pierre
Édition du samedi 26 et du dimanche 27 avril 2008

Mots clés : santé, Université, ÉDUcœur, Montréal, Québec (province)

Le projet ÉDUcoeur vise à développer un modèle d'intervention efficace

Les patients participant au projet ÉDUcœur sont âgés de 35 à 70 ans et ils présentent un ou des facteurs de risque reliés aux maladies cardiovasculaires.

Photo: Agence Reuters

Les maladies cardiovasculaires sont responsables de près du tiers des décès au Canada. L'Institut de recherches cliniques de Montréal effectue une étude sur la prévention de ces maladies.

Une réduction de la pression sanguine, une baisse des taux de cholestérol, une augmentation de l'activité physique, un contrôle du glucose sanguin chez les diabétiques, une perte de poids chez les obèses et l'abandon du tabagisme: tels sont les objectifs à poursuivre pour prévenir les maladies cardiaques. Le Dr Pierre Larochelle, la psychologue de la santé Lysanne Goyer et le Dr Robert Dufour pilotent une étude à l'Institut de recherches cliniques de Montréal (IRCM) sur la réduction des facteurs de risque de maladies cardiaques, en collaboration avec le Dr Jacques de Champlain, des infirmières, des nutritionnistes, un kinésiologue et une psychologue.

Le projet de recherche est né en 2002 et l'étude a commencé l'année suivante. L'objectif est de «développer un modèle d'intervention efficace et rentable qui permettra de maintenir l'adoption des comportements de santé à long terme et qui réduira les facteurs de risque».

Les patients participant au projet, nommé ÉDUcoeur, sont âgés de 35 à 70 ans. Ils présentent un ou des facteurs de risque reliés aux maladies cardiovasculaires, comme le tabagisme, un taux de cholestérol élevé, l'hypertension, le diabète, une histoire familiale de maladie cardiaque ou l'obésité.

«Habituellement, on fait de la prévention secondaire, c'est-à-dire auprès de personnes qui ont déjà fait un infarctus ou un accident vasculaire cardiaque ou cérébral. Nous, on voit surtout des gens qui n'en ont pas fait, mais qui ont des facteurs de risque», explique le Dr Larochelle, directeur de la recherche clinique à l'IRCM. «On essaie de déterminer quel genre d'intervention on peut faire pour empêcher ces gens-là de développer une maladie cardiaque, plutôt que d'avoir à les traiter plus tard.»

Programme

Des rencontres individuelles avec les patients sont prévues, tous les trois mois ou plus souvent au besoin. C'est l'occasion d'évaluer leur alimentation, leur condition physique et leurs facteurs de risque psychosociaux, comme le stress, la dépression, l'anxiété ou l'isolement social. Ces rencontres permettent également de leur donner de l'information nutritionnelle, de les référer au besoin à une clinique antitabac, d'élaborer et de leur fournir un programme d'exercice physique individualisé, de leur prescrire et d'ajuster leurs médicaments et d'évaluer l'observance du programme. Des objectifs spécifiques de tension artérielle, de lipides, de contrôle glycémique, de poids, de tour de taille, de diète, de niveau d'activité physique et de qualité de vie sont fixés pour chaque participant.

Durant 12 semaines, les patients prennent également part à des ateliers hebdomadaires de trois heures sur différents sujets reliés à la prévention des maladies cardiovasculaires, comme l'alimentation, l'activité physique et la gestion du stress. «C'est très pratique. On les amène faire l'épicerie avec nous. On les amène au centre sportif de l'Université de Montréal. On les amène faire des marches sur le mont Royal, etc.», mentionne le Dr Larochelle.

Les patients sont réévalués six mois après, puis deux ans plus tard. «La question qu'on pose, c'est au-delà de tout ce qu'on fait, est-ce qu'au bout de deux ans, il en reste quelque chose?» Les résultats préliminaires sont encourageants. «Après six mois, les gens qui ont participé au programme de 12 semaines ont perdu du poids, leur tour de taille a diminué, ils font plus d'exercice physique et ils s'alimentent mieux. Cela se maintient après deux ans», dit le Dr Larochelle, qui précise qu'il faudra comparer ces résultats à ceux des groupes de patients n'ayant pas pris part au programme.

Un économiste de la santé évaluera par ailleurs les coûts de l'intervention ainsi que les économies pouvant être faites grâce aux activités de prévention. L'étude se terminera l'an prochain.

Deuxième phase

Les responsables d'ÉDUcoeur ont commencé à tester une version modifiée du programme dans des groupes de médecine de famille (GMF). Ils en ont ciblé sept, dans des milieux différents. «On y implante un mode d'intervention beaucoup moins lourd», explique le Dr Larochelle. C'est alors une infirmière ou une nutritionniste qui effectue l'intervention auprès des patients. Les responsables d'ÉDUcoeur leur mentionnent les façons de procéder, en se basant sur les résultats préliminaires qu'ils ont obtenus. «On va aussi suivre ces patients pendant six mois, pour voir si une intervention faite par une infirmière dans un GMF sur des points ciblés va aussi donner des bénéfices, pour établir si on peut transposer ce programme-là dans des GMF. C'est évident que le système ne donnera pas accès facilement à une kinésiologue, une nutritionniste, une infirmière et un médecin à un grand nombre de patients. On est bien réaliste. C'est très dispendieux», mentionne le Dr Larochelle. L'objectif est plutôt de déterminer si le programme fonctionne et comment l'adapter pour un plus large public.

Les responsables du programme ÉDUcoeur ont aussi produit des documents sur la prévention des maladies cardiovasculaires. Ils ont notamment préparé des réponses à des questions pratiques, par exemple sur les exercices physiques que l'on peut faire à la maison quand il pleut, sur ceux que l'on peut pratiquer lorsqu'on a mal aux genoux, et sur les plats à privilégier quand on est toujours sur la route et qu'on doit manger au restaurant fréquemment.

Autres recherches cliniques

L'IRCM mène plusieurs autres recherches cliniques, notamment sur le cholestérol, le diabète et l'hypertension artérielle. Le directeur de la recherche clinique indique que le recrutement de chercheurs cliniciens, principalement de médecins, n'est pas facile. La pénurie actuelle de médecins pourrait expliquer en partie cette situation.

Le Dr Larochelle affirme que l'IRCM souhaite continuer à mener des recherches notamment sur le cholestérol, le diabète et l'hypertension artérielle. «On veut aussi recruter des chercheurs en maladies immunologiques et en maladies inflammatoires», dit-il.

«On met l'accent sur le type de recherches que l'on peut faire en clinique externe», en complémentarité avec ce qui se fait dans les hôpitaux universitaires, explique le directeur de la recherche clinique à l'IRCM.

Collaboratrice du Devoir


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prévenir, c'est guérir - par paul HERRMANN
Le dimanche 27 avril 2008 14:00

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