Concordia - Les enseignants doivent être aussi des chercheurs

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Alexandre Shields
Édition du samedi 26 et du dimanche 27 avril 2008

Mots clés : chercheurs, Université, Montréal, Québec (province)

Dans un univers où la concurrence se fait pleinement sentir entre les universités, les institutions de haut savoir doivent impérativement rivaliser d'audace et de savoir-faire si elles espèrent tirer leur épingle du jeu. L'université Concordia l'a compris et mise de plus en plus sur la recherche pour se démarquer. Un virage qui semble porter fruit.

La volonté d'accorder une place enviable à la recherche au sein de l'université Concordia est relativement récente, souligne Louise Dandurand, vice-rectrice à la recherche et aux études supérieures depuis 2006. C'est d'ailleurs véritablement avec son arrivée que l'institution a pris un virage marqué vers une intensification de ses activités de recherche.

«Jusqu'à récemment, l'université ne s'était pas donné d'outils cohérents pour encourager la recherche, rappelle-t-elle. C'est ce que j'ai fait depuis mon entrée en fonction. J'ai travaillé à mettre en place une panoplie de programmes d'encouragement et d'aide à la recherche.» En fait, se réjouit Mme Dandurand, «avec l'évolution de l'université a émergé une intensité de recherche tout à fait nouvelle. Il s'en faisait déjà il y a quelques années, mais il n'y avait pas une aussi grande volonté institutionnelle de l'appuyer, de la structurer, de l'encourager et de la mettre en valeur».

Les efforts qui ont été faits depuis ont stimulé les universitaires, ajoute-t-elle. «On sent une véritable mobilisation de la communauté des chercheurs. Elle est palpable. Le fait d'avoir crée un vice-rectorat [en 2006] a d'ailleurs permis d'envoyer un signal très clair et positif quant au fait que Concordia en faisait une priorité.» Qui plus est, l'institution cherche constamment des façons de mieux arrimer ses forces académiques à la recherche, mais aussi d'intégrer le plus efficacement possible les étudiants aux infrastructures de recherche.

Louise Dandurand souligne en outre que Concordia a pu bénéficier d'un contexte favorable. «Nous sommes dans une situation assez enviable, dans la mesure où nous avons connu un renouvellement spectaculaire de notre corps professoral, explique la vice-rectrice à la recherche. Et les nouveaux professeurs qui entrent sont tous formés à la recherche. Ils sont des chercheurs. Il y a de cela 25 ans, on engageait des enseignants qui parfois faisaient de la recherche, mais c'était surtout vrai dans les facultés de médecine.» Désormais, estime-t-elle, il est au contraire très commun de voir des enseignants qui envisagent de consacrer une part importante de leur carrière à la recherche.

Recherche tous azimuts

Tous ces éléments font en sorte que Concordia a su développer en peu de temps plusieurs projets de recherche, et ce, dans des domaines très diversifiés. Les exemples sont légion, puisqu'on y recense 68 chaires de recherche, dont 21 sont des chaires de recherche du Canada. Entre autres, explique Mme Dandurand, la faculté des beaux-arts, «une des plus réputées au Canada», travaille activement dans le domaine du développement des arts médiatiques. En génie, plusieurs projets se portent sur le développement aérospatial, les matériaux composites ou la microélectronique, notamment biomédicale. L'université est même un «chef de file» en ce qui a trait à la recherche sur le bâtiment, précise Mme Dandurand.

Comme Concordia n'a pas de faculté de médecine, on a choisi de mener la recherche en génomique en traitant de «génomique environnementale». «C'est un créneau tout à fait particulier que nous occupons et nous l'occupons très bien, souligne-t-elle. Notre groupe de chercheurs a notamment piloté un exercice de recherche en génomique. À la suite de cet exercice, la génomique environnementale a été retenue par Génome Canada pour un de ses prochains programmes de financement.»

Un groupe de recherche est à pied d'oeuvre dans le domaine de la biologie neurocomportementale. «Ce groupe de recherche a reçu en 2007 une reconnaissance du Fonds de recherche en santé du Québec. À ma connaissance, il est un des deux seuls à avoir été reconnu dans une université sans faculté de médecine. C'est un pôle d'expertise qui est vraiment unique à Concordia.»

L'université Concordia dirige également le volet québécois d'une recherche nationale lancée par le Groupe de travail sur la santé des familles rurales de l'Université de Calgary. La recherche examinera les effets des maladies à prions sur la santé et le bien-être des éleveurs et fermiers du Canada. Et c'est sans compter la panoplie de travaux menés en psychologie, en éducation, en histoire ou encore dans la très active faculté de gestion.

Dynamisme certain

Cette grande diversité est la preuve, selon Louise Dandurand, que «la recherche ne se limite absolument pas à la médecine. Elle est dynamique et elle se dynamise de plus en plus. Dans le domaine des beaux-arts, par exemple, on ne parle plus seulement de personnes qui suivent des cours de peinture ou de musique. On parle de l'exploitation de la création artistique dans des domaines aussi dynamiques et divers que les textiles intelligents, la recherche sur l'animation 3D ou sur la cinématographie.»

Reste que les difficultés financières des universités rattrapent bien souvent les bonnes intentions. «La situation économique des universités est très difficile. Le sous-financement de 400 millions est une réalité. Nous sommes véritablement sous tension économique», constate la vice-rectrice à la recherche. Le secteur privé est alors le bienvenu, surtout quand vient le temps de développer de nouveaux espaces.

D'autant plus que, dans le cas de Concordia, les inscriptions ont connu une progression importante au cours des dernières années. «Pour la bonification des espaces, nous sommes condamnés à nous tourner vers le privé, admet-elle, même si le gouvernement du Québec fait sa part.» Lors de la prochaine campagne de financement, qui doit être lancée sous peu, on mettra d'ailleurs beaucoup d'emphase sur la recherche.

Par ailleurs, comme les possibilités semblent illimitées en recherche, Louise Dandurand est convaincue que les universités devront de plus en plus travailler de concert pour développer leurs projets. «L'avenir passe par une intensification des liens entre les disciplines, les facultés et les universités. On est privilégié au Québec, parce qu'on a trois fonds de recherche, un dans le domaine des sciences sociales et humaines, un dans le domaine des sciences naturelles et du génie, et un dans le domaine de la santé. Tous trois encouragent les synergies entre les disciplines et les institutions. L'organisation, la structuration et la vitalité de la recherche passent donc par cette intensification des liens. L'époque est révolue où une université dit "ça, c'est ma chasse gardée et je développe dans ma cour". On le sent et on le voit.»


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