Laval - Nos patrimoines sous la loupe d'un institut
Mots clés : Institut du patrimoine culturel, Université, Laval (région), Québec (province)
La «Sainte Flanelle» est une richesse collective

«À l'époque, l'université Laval s'est rendu compte qu'il y avait au sein de notre établissement universitaire plusieurs professeurs qui donnaient des cours portant sur le patrimoine ou qui s'y intéressaient d'une manière ou d'une autre. Tous ces experts étaient dispersés dans plusieurs de nos facultés. Donc, c'est à partir de cette constatation qu'est née l'idée de mettre sur pied l'Institut du patrimoine culturel, histoire de fédérer sous un même toit toutes ces personnes», explique Laurier Turgeon, également professeur titulaire en histoire et en ethnologie à la faculté des lettres de l'université Laval.
En ce moment, l'IPAC, précise M. Turgeon, regroupe 15 professeurs-chercheurs, trois stagiaires au postdoctorat et 200 étudiants de 2e et 3e cycles. «L'établissement de notre institut était aussi une façon de répondre à une demande sociale parce qu'il y avait à l'époque -- et c'est toujours le cas d'ailleurs -- un intérêt croissant au sein de la population quant à notre patrimoine. Les gens veulent connaître davantage leur passé, leur histoire. Le patrimoine, c'est synonyme de sentiment d'appartenance.»
Plus encore, dit-il, la fondation de l'IPAC s'inscrit aussi dans la foulée du rapport du groupe-conseil sur la Politique du patrimoine culturel du Québec, présidé par Roland Arpin. Ce document, présenté au mois de novembre 2000 au gouvernement péquiste d'alors, a pour titre «Notre patrimoine, un présent du passé». On peut notamment y lire que «le patrimoine est une composante de la culture, mais une composante de grande importance».
L'immatériel
Justement, à l'échelle politique aussi, souligne le professeur Turgeon, le patrimoine, dans tous ses versants, y est de plus en plus reconnu comme richesse collective. «Je pense, par exemple, à la consultation publique qui a cours dans le cadre de la révision de la Loi sur les biens culturels. Et, vous savez, il y est proposé d'introduire le concept de patrimoine culturel immatériel parmi les autres patrimoines.»
Immatériel? «Oui, le patrimoine immatériel, c'est celui qui est assumé par le peuple, à savoir le vécu, le vivant, la chanson, la musique, la danse, la mémoire des lieux et des traditions orales, les rites, les fêtes et les festivals, vous voyez un peu...» Est-il pour autant éphémère? «Pas vraiment. C'est un patrimoine qui se transmet de génération en génération. Il connaît même une certaine stabilité, car il s'inscrit dans une continuité en évoluant en fonction de la mouvance de sa société respective. En cela, il évolue comme le patrimoine matériel, soit en tentant de maintenir les éléments du passé en y introduisant des éléments du présent. Quand je vous dis cela, je pense notamment au patrimoine bâti.»
Laurier Turgeon rappelle que la notion de patrimoine culturel immatériel est consacrée par l'UNESCO dans le cadre de sa Convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel, signée le 17 octobre 2003 «par plus d'une centaine de pays, mais pas par le Canada. Ce qui est assez curieux, alors que le Canada a signé pratiquement toutes les autres conventions de l'UNESCO». Le message est donc lancé au premier ministre Stephen Harper...
Amen!
Notre patrimoine bâti religieux fait aussi partie des priorités de l'IPAC sur le plan de la recherche. «La préservation de ce vaste patrimoine est un véritable enjeu de société. Et plus on fouille, plus on s'aperçoit que le Québec est riche en patrimoine protestant et juif également.»
Et l'acte de prier étant ce qu'il est, on aura vite compris que le patrimoine religieux est à la fois matériel et immatériel. «J'ajouterais à cela, poursuit le professeur, que, malheureusement, nos communautés religieuses sont vieillissantes. Les augustines ont une moyenne d'âge de 82 ans, c'est le même constat chez les ursulines. Ces communautés possèdent un riche patrimoine matériel et immatériel. D'ailleurs, nous avons commencé à conduire des enquêtes dans différentes communautés religieuses afin de recenser et d'enregistrer [format audio et visuel] ce patrimoine qui pourrait disparaître si on ne s'y attarde pas.»
Une religion appelée Tricolore
Et tant qu'à parler de religion, qui ne se souvient pas de cette fameuse phrase si souvent répétée dans le vieux Forum de Montréal: «Le but compté par le numéro 10, Guyyyyyyyyy...» vous connaissez la suite. Donc, est-ce que la Sainte Flanelle fait partie de notre patrimoine collectif? «Ah oui, c'est une tradition!», affirme le professeur Turgeon. Patrimoine matériel ou immatériel, nos Habs? «Ils sont à cheval entre les deux. C'est d'ailleurs le cas pour plusieurs patrimoines. En fait, l'immatériel doit s'appuyer parfois sur le matériel et vice-versa. Le Canadien de Montréal, c'est une valeur collective, c'est un vecteur d'identité qui provoque un fort sentiment d'appartenance. Vous êtes d'accord, n'est-ce pas?», demande-t-il au journaliste du Devoir. «Tout à fait d'accord avec vous, professeur.»
Tout juste après cet entretien, M. Turgeon partait à Paris où il a été invité par l'Assemblée nationale française à présenter l'Encyclopédie du patrimoine culturel de l'Amérique française, un récent ouvrage qu'il a codirigé et mis en ligne dans le site Internet de l'IPAC.
Collaborateur du Devoir
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