Fédération des travailleurs du Québec - Il faut contrôler notre avenir
Mots clés : FTQ, Michel Arsenault, Syndicalisme, Québec (province)
«Les deux grands dossiers de l'heure sont la santé et l'emploi»

Photo: Jacques Nadeau
Pour lui, les priorités sont d'ailleurs clairement définies. «Les deux grands dossiers de l'heure sont la santé et l'emploi», lance d'entrée de jeu la nouvelle tête dirigeante de la Fédération des travailleurs du Québec (FTQ). La santé, évidemment, sujet chaud s'il en est un. «Il faut plus que jamais défendre notre système de santé public, gratuit et universel, qui risque maintenant de glisser vers le secteur privé», affirme-t-il, faisant référence à la récente publication du rapport du groupe de travail dirigé par Claude Castonguay.
La santé en héritage
Ce n'est pourtant pas le domaine dans lequel cette centrale syndicale est la plus active. «La santé n'est pas nécessairement notre secteur le plus important, puisque 50 000 de nos 500 000 membres y travaillent, souligne M. Arsenault. Mais nous sommes préoccupés pour nos aînés et pour les générations qui vont nous suivre. Il faut laisser à nos enfants cet héritage qu'on a bâti depuis seulement une quarantaine d'années.»
Il rappelle d'ailleurs qu'avant la mise en place de ce système gratuit et universel, plusieurs familles se retrouvaient aux prises avec des dettes importantes, et ce pendant plusieurs années, lorsqu'un des leurs était malade. «Il ne faut surtout pas revenir à ça», ajoute-t-il. Déjà, soutient Michel Arsenault, le Québec fait beaucoup de place au secteur privé. Et il craint vraiment que Philippe Couillard, le ministre libéral de la Santé et des Services sociaux, continue dans cette voie.
Pourtant, poursuit le président de la FTQ, «le système public est le moins cher et plusieurs études l'ont déjà démontré». Il cite d'ailleurs l'exemple «à ne pas suivre» des États-Unis, un pays où la part du PIB consacrée à la santé est plus élevée qu'au Canada. Pourtant, plus de 60 millions d'Étasuniens n'ont pas d'assurances santé.
Et il est inutile, selon le dirigeant syndical, d'évoquer le spectre du vieillissement de la population pour tenter de justifier un recours accru au privé. «Il ne faut pas dramatiser l'impact du vieillissement de la population, croit-il. Il ne faut pas oublier que, parmi les gens qui prennent maintenant leur retraite ou qui la prendront dans les prochaines années, plusieurs ont de bonnes ressources financières, notamment grâce à leurs REER ou leurs fonds de pension. Ce sont donc des gens qui vont continuer de contribuer [financièrement] au système de santé. Ce n'est plus du tout la même situation qu'à l'époque où les gens prenaient leur retraite et n'avaient rien.»
Preuve que l'enjeu de la santé est primordial pour les centrales syndicales, le thème de la Journée internationale des travailleuses et des travailleurs cette année est «Ensemble pour la santé». La FTQ prendra d'ailleurs part à une grande marche le 3 mai, dont l'objectif est on ne peut plus clair: «Affirmer haut et fort notre attachement à notre système de santé.» Plusieurs syndicats et différents organismes seront présents.
La FTQ entend en outre aller à la rencontre des 125 députés des trois partis présents à l'Assemblée nationale afin de leur demander de préciser leur position par rapport à la privatisation de certains pans du système de santé.
Emplois menacés
Rappelant la fermeture récente de l'usine de sandales Crocs de la région de Québec -- où 350 personnes ont perdu leur emploi --, Michel Arsenault souligne qu'il y a aussi beaucoup de travail à faire pour protéger davantage les emplois sur le territoire québécois contre ce genre de «fermeture sauvage». «Dans les derniers mois, précise-t-il, on a perdu plus de 2000 emplois. Il faut faire quelque chose.»
Mais quoi? «Nos ententes de libre-échange sont un problème, explique celui qui a près de 35 ans d'expérience dans le syndicalisme. Le gouvernement fédéral pourrait par exemple, dans le secteur du textile, mettre en place des mesures de sauvegarde. Mais les conservateurs sont des gens dogmatiques qui croient que les forces du marché vont tout régler.»
Selon lui, les gouvernements se doivent d'être davantage «interventionnistes», sans quoi le mouvement de délocalisation se poursuivra. «Il faut conserver le contrôle des entreprises au Québec, et les investissements de la Caisse de dépôt et placement devraient aller dans ce sens-là. C'est ce qu'on fait au Fonds de solidarité de la FTQ. Et dans les prochaines semaines, on va chercher à trouver des moyens de mieux accompagner les entreprises québécoises afin que, si elles choisissent de vendre, elles le fassent ici, pour permettre de garder le contrôle entre les mains de Québécois.»
Malgré ses coups de gueule, Michel Arsenault, qui a été élu pour un mandat de trois ans, garde néanmoins confiance en l'avenir. Il estime d'ailleurs que les jeunes générations sont très sensibles à l'importance du mouvement syndical pour la défense des travailleurs, et ce, malgré les critiques souvent formulées à son endroit. «Être un dirigeants syndical, ce n'est pas être un chanteur populaire, laisse-t-il tomber. On n'est pas toujours les gens les plus populaires. Mais à la FTQ, on a effectué différents sondages chez les 18-25 ans et je suis très heureux de constater l'ampleur de la conscience sociale dans cette tranche d'âge.»
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