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Le Nous, recette pour un quotidien qui pue
Parce que si on résume, en terme de revenu personnel disponible, le Québec s'est fait rattraper par la Sasktchewan, le Manitoba, la Nouvelle Écosse, et Terre-Neuve; a un peu rattrapé sur l'Ontario, mais c'est parce que l'Ontario ne va pas très bien; est en train de se faire rattrapper par le Nouveau-Brunswick, ça devrait être une affaire réglée d'ici deux-trois ans, et eux y z'ont pas de pétrole non plus.
Et la seule province plus pauvre que le Québec bientôt, ça sera donc l'Ile du Prince-Édouard. Quand je suis arrivé au Canada, il y'a bien longtemps, le Québec était la deuxième province la plus riche, une pépinière d'idées et de projets. Et, ces cinq dernières années, elle est passée du cinquième au huitième rang: ca regarde pas bien.
51% des Québécois appuient la position de Dumont sur l'immigration: un climat général qui se détériore, avec des indicateurs relatifs à une crise économique, une société qui n'arrive pas à se projeter dans le futur, une crise de valeurs, une crise de l'Etat, des problèmes de brassage de populations qui sont causes de frictions entre les communautés.
Mais j'imagine que ça serait impoli de demander à Mme Marois de s'inquiéter de ces détails, mieux vaut faire fructifier le fond de commerce des entrepreneurs identitaires : universitaires, journalistes, intellectuels, propagandistes, ceux qui, dans une situation de crise, disent : «Voilà, nous avons des problèmes sérieux, mais si on commençait par se débarrasser de ces gens-là, cela irait beaucoup mieux.»
Exacerber l'antagonisme entre cet Autre à stigmatiser et ce Nous à construire. Une polarisation qui est la base des «professionnels de l'esprit», souvent très puissants pour se faire entendre parce qu'ils jouent sur les émotions. Un processus qui enveloppe le corps social, qui dit de quoi on doit parler, comment on doit le faire. Les instruments du pouvoir donnent le ton de ce qui est à l'ordre du jour. Dans le même temps, le critère d'identité est mis en avant. Concrètement, dans les conversations quotidiennes, on va dire : «Toi, tu es juif ? Tu es serbe ou croate, tutsi ou hutu ? Tu es fédéraliste?»
Ce ne sont pas seulement les discours, c'est ce quotidien là qui pue au nez.
